Le Brexit devrait avoir de fâcheuses conséquences sur l'agroalimentaire français, plus particulièrement pour les producteurs de vins et spiritueux.
L'assureur-crédit Euler Hermes anticipe une perte de 500 M€ de chiffre d'affaires au total pour l'agroalimentaire français dont 40 % pour les vins soit 200 M€. Le vote du 23 juin refroidit les espoirs des producteurs de vins et spiritueux qui pouvaient compter avec une croissance durable du marché de la Grande Bretagne. D'après une étude du cabinet britannique IWSR, commandée par Vinexpo en 2013, les ventes devaient continuer d'augmenter au moins jusqu'en 2018. Le deuxième client en valeur de la France après les Etats-Unis, confirmait ses projections en 2015 avec une croissance de 5,2 % sur un marché qui totalise 1,4 milliard d'euros de vins français, d'après la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), même si les volumes, avec 24 millions de caisses de 9 litres, ne cessent de baisser (-7,4 %), soulignant le positionnement premium des produits de l'Hexagone. La cinquième puissance mondiale depuis 2015, passée devant la France, devait devenir un des premiers marchés internationaux et faire oublier sa chute de 7,9 % de sa consommation de vins entre 2009 et 2013 suite à la crise de 2008. L'augmentation des droits d'accise qui s'en suivi qui atteignent 2,7 € pour une bouteille de vin tranquille, 2,64 € à 3,51 € pour les effervescents, n'a pas cassé la croissance. Au contraire, ces taxes auxquelles s'ajoutent 20 % de TVA, favorisaient les vins moyens et haut de gamme, là où la France excelle. Les produits de l'Hexagone restent jusqu'à aujourd'hui leaders en valeur (32,5 % de part de marché) bien que troisième en volume (15,5 % de PDM). Si 51 % des bouteilles tricolores s'écoulent dans les linéaires des quatre premières enseignes de la grande distribution, les vins français occupent la première place en restauration (12 % du marché) avec un prix moyen au détail de la bouteille de 26,6 €.
PRODUIT PRÉMIUM PROTÉGÉ
« Grâce à leur positionnement, nous ne pensons pas que nos vins seront fortement affectés, assure Arnaud Pignol, secrétaire général d'Inter-Rhône, l'interprofession de la Vallée du Rhône, première région viticole en volume présente en Grande Bretagne, talonnée par le Bordeaux et le Bourgogne, puis Languedoc et la Loire. Nos produits s'adressent à un segment de consommateurs peu affectés par la baisse de la livre sterling. Les bouteilles vendues en hard discount ont beaucoup plus à perdre. Sur le court terme, les contrats seront respectés. Dans l'avenir, le positionnement de la livre par rapport à l'euro et au dollar sera essentielle. Suivant les variations de taux de change de l'un ou de l'autre, les vins européens seront avantagés ou pénalisés face ceux du nouveau monde (Australie, Californie, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud, Chili, Argentine) ».
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À Bruxelles, Ignacio Sánchez Recarte, secrétaire général du Comité européen des entreprises de vins (CEEV), regrette le résultat du referendum et rappelle que 50 % des vins diffusés sur le marché britannique viennent de l'UE. « Quoi qu'il arrive, nous voulons construire avec nos collègues britanniques des relations durables dans le cadre d'un nouveau traité qui assurent de part et d'autre, la transparence et la sécurité juridique profitable aux deux parties ». La banque d'affaires Goldman Sachs prévoit une légère récession sur les 18 prochains mois qui devrait affecter le revenu des ménages.
Seuls gagnants de cette situation, les importateurs de whisky écossais qui bénéficieront de la baisse de la livre sterling comme Marie Brizard. Pernod Ricard, qui possède trois usines sur place de whisky et gin annonce que sa « stratégie de développement outre-Manche reste inchangée ». Pierre-Emmanuel Taittinger, le patron de la maison de champagne, ne « croit pas à une chute durable de la livre ». En clair, wait and see.
– Champagne, pour 37% (+7,6% sur 2014/2015) – Bordeaux, pour 15% (+2,1% sur 2014/2015) – Cognac, pour 8% (+16,6% sur 2014/2015) - Cognac représente 50% des exportations de spiritueux en valeur– Bourgogne, pour 8% (+3,8% sur 2014/2015) – Vallée du Rhône, pour 6% (+12,1% sur 2014/2015) Données FEVS