À un mois de la date butoir de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, les opérateurs sont encore dans l’expectative au sujet de l’attitude à adopter. Si certains sont actuellement en train de constituer des stocks déportés outre-Manche, au moins pour les produits non-périssables ou à DLC longue, il reste encore de nombreuses interrogations. Une unanimité se dégage pour appeler à une solution politique alternative et pour renforcer l’information des acteurs économiques sur les mesures à prendre en cas de no deal.
À un mois de la date butoir de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, les opérateurs sont encore dans l’expectative au sujet de l’attitude à adopter. Si certains sont actuellement en train de constituer des stocks déportés outre-Manche, au moins pour les produits non-périssables ou à DLC longue, il reste encore de nombreuses interrogations. Une unanimité se dégage pour appeler à une solution politique alternative et pour renforcer l’information des acteurs économiques sur les mesures à prendre en cas de no deal.
Alliance 7 (regroupement des syndicats de l’épicerie et de la nutrition spécialisée), par la voix de sa directrice générale Florence Pradier, rappelle que la position des entreprises est très différente d’un secteur à l’autre, en fonction des produits et de l’exposition au marché britannique qui achète l’équivalent de 11 % des exportations françaises de l’épicerie et de la nutrition spécialisée. « 43 % des exportations françaises de fruits confits partent au Royaume-Uni, et pour certains produits particuliers comme les bigarreaux confits, c’est 83 % de la production nationale qui est commercialisée outre-Manche », souligne-t-elle. D’autres secteurs sont aussi exposés : ainsi, les Britanniques absorbent-ils 17 % des exportations hexagonales de biscuits et gâteaux, 16 % des chocolats et 15 % du café. Les conséquences prévisibles d’un no deal sont multiples selon Alliance 7 : « À court terme, un allongement des délais à la frontière du fait des nouvelles procédures, une baisse des ventes de produits français touchés par les nouvelles taxes et un affaiblissement de la livre sterling vis-à-vis de l’euro », explique Florence Pradier. « Et à moyen terme, il faut craindre un impact négatif sur ce marché qui va renforcer son autonomie de production et modifier ses sources d’approvisionnement comme cela s’est passé en Russie depuis l’entrée en vigueur de l’embargo », poursuit-elle.
La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux français (plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires au Royaume-Uni qui est le 2e client de la France) rappelle le flou de la situation actuelle : « On ne sait toujours pas ce qui se passera précisément concernant les taxes à l’import dans le pays. L’économie britannique est atone. Les fluctuations sur la livre peuvent entraîner des trous d’air, mais à long terme, les fondamentaux des relations économiques entre le Royaume-Uni et le continent peuvent inspirer confiance », explique son président Antoine Leccia. « La France et le Royaume-Uni ont des liens commerciaux historiques. On peut parler d’une intimité économique entre les deux pays. Ils partagent de nombreux intérêts », souligne-il. La fédération s’inquiétait mi-janvier du « préjudice » que le no deal fera subir à une relation commerciale historique entre les deux partenaires appelant à tout mettre en œuvre pour trouver une solution politique.
La filière laitière française a exporté au Royaume-Uni chaque année entre 2013 et 2017 de 650 à 700 millions d’euros de produits (600 millions d’euros en 2017), faisant de ce pays le 4e marché d’export de la France. Les fromages et les yaourts made in France sont particulièrement appréciés par les Britanniques. S’agissant de produits à DLC relativement courte, les conséquences de délais à la frontière peuvent être très lourdes. « C’est inquiétant pour la filière », souligne Damien Lacombe, le président de Coop de France Métiers du Lait, « d’autant plus que la baisse de la livre vis-à-vis de l’euro depuis 2016 a déjà eu un impact sur nos ventes ». Or, les coopératives laitières sont de plus en plus exportatrices, avec désormais 2,8 milliards d’euros sur les marchés étrangers en 2017. Trouver de nouveaux débouchés ne sera pas si rapide surtout que d’autres pays européens fournisseurs du marché britannique vont aussi se retrouver dans la même situation que les Français.
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"Un no deal, c’est le chaos pour la filière laitière française", souligne Gérard Calbrix, directeur des affaires économiques de l’Association de la transformation laitière française (Atla). Les produits ultra-frais et fromagers de l’Union européenne, dont les prix finaux serait alourdis par les taxes OMC, perdraient toute compétitivité outre-Manche. Avec pour conséquence un effondrement de la consommation. Toutefois, le marché britannique, très déficitaire en lait et en produits transformés, aura du mal à trouver des alternatives à l’approvisionnement en provenance de l’UE. "On a plus qu’à espérer un report ou une période transitoire de libre-échange", résume Gérard Calbrix, tant aucune des deux parties n’a intérêt à un no deal. En attendant, les industriels vont constituer de petits stocks déportés à l’approche de la fin mars si aucun accord ne se concrétise, une solution limitée à certains fromages mais peu adaptée pour l’ultra-frais. Hormis Lactalis qui a acquis McLelland (fabrication de fromages en Ecosse), les industriels hexagonaux ne possèdent pas d’outils de production sur place qui pourraient alimenter le marché local et éviter les importations.
Un secteur est particulièrement inquiet des conséquences d’un hard Brexit : "On est dans un scénario catastrophe où on s’achemine vers un no deal, les Britanniques peuvent au 1er avril nous interdire l’accès à leur zone pour pêcher", explique-t-on au comité national des pêches (CNPMEM), où on souligne être tributaire en France à 50 % des eaux britanniques. Le 19 février, la filière a été reçue par le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume. Il a rappelé que « l’objectif prioritaire demeure bien évidemment d’établir une relation fructueuse et équilibrée, aussi proche que possible de celle dont bénéficient les États membres de l’Union européenne depuis des années dans le cadre de la politique commune de la pêche ». Des propos rassurants qui ne font pas oublier aux professionnels français leur dépendance.
83 % de la production nationale de bigarreaux confits qui est commercialisée outre-Manche.
"Un no deal, c’est le chaos pour la filière laitière française"