Au lendemain du départ du Royaume-Uni de l’UE, le commerce agroalimentaire avec ce partenaire est susceptible de diminuer fortement, notamment dans les secteurs des viandes blanches et des produits laitiers. L’Irlande serait le pays le plus durement touché. C’est en tout cas ce que prévoit une étude du Cepii (1) sur les « implications possibles du Brexit pour le secteur agroalimentaire de l’UE et du Royaume-Uni », présentée lors d’une réunion de la commission de l’agriculture du Parlement européen.
Le scénario principal proposé par les chercheurs du Cepii aux membres de la commission de l’agriculture du Parlement européen part du principe que l’UE à 27 et le Royaume-Uni se séparent dans l’hypothèse d’un accord sur une application des règles de l’OMC, c’est-à-dire que des droits NPF (Nation la Plus Favorisée) seraient imposés sur les échanges bilatéraux de biens entre les deux partenaires et que des mesures non tarifaires plus restrictives seraient appliquées sur le plan commercial. Et leurs principales conclusions ne sont pas franchement euphoriques. Sur le plan macro-économique, tous les pays de l’UE à 27 seraient affectés négativement par le Brexit, l’ampleur de l’impact augmentant avec la proximité économique du Royaume-Uni. L’Irlande, en particulier (baisse de 3,4 % du PIB, soit l’équivalent d’une perte commerciale de 63,4 milliards de dollars), et dans une moindre mesure la Belgique et le Luxembourg (- 0,7 % du PIB et les Pays-Bas (- 0,5 % du PIB), seraient les pays les plus durement touchés. Les produits agroalimentaires de l’UE à 27 devraient faire face une forte augmentation de la protection commerciale, tant en termes de droits de douane que de mesures non tarifaires. Les exportations agroalimentaires de l’UE à 27 vers le Royaume-Uni diminueraient de 34 milliards de dollars (62 %) et les importations de 19 milliards de dollars (avec la même baisse relative : 62 %). Les experts du Cepii estiment toutefois qu’une partie de la baisse des exportations vers le Royaume-Uni serait compensée par une augmentation des échanges intra UE à 27 (+1 %) ainsi que par des exportations vers les pays tiers (+0,9 %). Ils expliquent cela (en partie) par une perte de compétitivité du Royaume-Uni, qui serait due à la hausse des prix des produits intermédiaires importés. Les secteurs agroalimentaires les plus touchés (en valeur) seraient les produits alimentaires transformés (-10,5 milliards de dollars, soit une baisse de 4,7 %), les viandes blanches (-5,2 milliards de dollars, -10,5 %) et les produits laitiers (-4,6 milliards de dollars, -7 %). Les Pays-Bas (-6,7 milliards de dollars, - 66 %), l’Irlande (-6,5 milliards de dollars, -71 %) et la France (-4,7 milliards de dollars, -51 %) enregistreraient les plus fortes baisses des exportations.
Viandes rouges et blé français à l’affût
La production agroalimentaire et la valeur ajoutée seraient également affectées par les échanges commerciaux avec d’autres pays ainsi que par la demande intérieure. L’ampleur relative de chacun de ces effets (échanges bilatéraux avec le Royaume-Uni, échanges avec les pays tiers et demande intérieure) varierait selon les pays et les secteurs. Au Royaume-Uni, la valeur ajoutée agroalimentaire pourrait augmenter (+ 2 %), principalement parce que la production locale pourrait se substituer partiellement aux importations en provenance de l’UE à 27. Cela se ferait donc aux frais des consommateurs britanniques puisque les prix à la consommation pourraient augmenter de 4 %. Dans l’ensemble de l’UE à 27, la valeur ajoutée agroalimentaire diminuerait de 0,8 %. L’augmentation des exportations vers les pays tiers et des échanges intracommunautaires ne seraient pas en mesure de compenser la baisse des exportations vers le Royaume-Uni. Même si dans tous les pays de l’UE à 27, la valeur ajoutée agroalimentaire globale subirait une certaine diminution, certains secteurs – comme les viandes rouges (+ 2,1 %) et le bétail (+ 1,3 %) en France – gagneraient du terrain grâce à leur capacité à satisfaire la demande intérieure, en remplaçant les importations en provenance du Royaume-Uni. Le secteur du blé en France serait l’un des rares où la valeur ajoutée augmenterait (+ 1,7 %) grâce à une augmentation des exportations vers les autres pays de l’UE. La baisse de la valeur ajoutée agroalimentaire serait particulièrement forte en Irlande (-16 %, avec un effondrement des viandes blanches, - 58 %). Les experts du Cepii expliquent, qu’en raison de ses relations étroites avec le Royaume-Uni, l’Irlande est l’un des pays de l’UE à 27 qui sera le plus durement affecté par le Brexit, et pas seulement dans le secteur agroalimentaire. En termes relatifs, son PIB pourrait accuser une baisse encore plus forte que le PIB du Royaume-Uni (-3,4 % contre -2,4 %). Cela s’expliquerait par une baisse des exportations agroalimentaires irlandaises vers le Royaume-Uni et vers le reste du monde, y compris les pays de l’UE à 27, la production irlandaise dépendant fortement des produits intermédiaires importés du Royaume-Uni. Un pays qui, selon les chercheurs du Cepii, devrait mériter une attention particulière durant le processus de divorce avec le Royaume-Uni.
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