Au Sommet de l’élevage, Philippe Chotteau, directeur du service Économie de l’Institut de l’élevage, s’est voulu rassurant, voire même « optimiste » quant aux cours à venir des broutards et des jeunes bovins. La demande est là. Par contre, avec la décapitalisation des éleveurs laitiers, les cours des vaches risquent bien de chuter.
Philippe Chotteau, directeur du service Économie de l’Institut de l’élevage se veut résolument positif. « Les importateurs italiens sont plutôt angoissés. Ils sont sur les starting-blocks », estime-t-il. Effectivement comme la fièvre catarrhale ovine (FCO) bloque les broutards français dans les élevages des zones réglementées, ils n’ont pas pu s’approvisionner comme ils le souhaitaient. La marchandise manque. De plus, les animaux seront plus lourds à l’achat, ne correspondant pas à la demande habituelle. Peu importe, répond Emmanuel Bernard, président de la commission commerce extérieur d’Interbev, « les Italiens achèteront quand même » quitte à jouer sur les prix. Il est convaincu que « les flux vont reprendre », après le respect des délais réglementaires pour la vaccination et que cette dernière va justement « permettre de réguler l’offre ». Les éleveurs craignent une arrivée massive sur le marché provoquant une chute des cours. Pour Philippe Chotteau, cela ne sera probablement pas le cas. « La FCO organise la rareté ! », lance-t-il. Il reconnaît le possible manque de place de certains éleveurs dans les exploitations pour garder leurs animaux le temps nécessaire. « Beaucoup d’éleveurs ont capitalisé. Aussi afin de garder les jeunes animaux sur le site, les éleveurs risquent de vendre leurs vaches », continue-t-il. Pour le broutard donc, le marché semble plutôt s’organiser positivement, même si la situation reste difficile pour les éleveurs.
Décapitalisation dans les exploitations laitières
Du côté des vaches, les nouvelles sont moins bonnes. « Des vaches à l’automne, on risque de ne pas en manquer du côté laitier », s’est exclamé Philippe Chotteau, le 7 octobre, dans une conférence intitulée « Quels relais de croissance pour la filière viande bovine française ? ». Avec la baisse drastique du prix du lait et les difficultés des éleveurs, ces derniers décapitalisent à tout va et les vaches laitières de réformes affluent, notamment d’Allemagne, « perturbant le marché de la viande », selon lui. En France, le problème est comparable et comme l’Allemagne exporte massivement ses vaches laitières vers la France, le marché français va se retrouver très vite encombré, avec en conséquence une baisse des cours. Côté jeunes bovins (JB), le prix en Italie progresse en lien avec le déficit de broutards. Le prix français devrait suivre car « l’Italie est un marché directeur. Aussi sur le marché du JB pour les semaines et les mois à venir, il n’y a pas vraiment de raison d’être inquiet », analyse Philippe Chotteau. L’Allemagne importe aussi beaucoup de JB (+24 % depuis janvier 2015), car « la production ne suffit pas ». La Grèce, malgré des semaines de blocage, n’a pas tant diminué ses importations que cela (-8 %). Plutôt une bonne nouvelle donc.
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Des exportations en vifs qui ont la cote
Lors de la conférence intitulée « L’emploi dans nos filières bovines : le dynamisme de nos territoires », le 8 octobre au Sommet de l’élevage, Philippe Chotteau a rappelé à quel point la demande d’animaux français en vif avait progressé. « Les pays achètent le cinquième quartier (abats) et surtout peuvent abattre l’animal comme les acheteurs le souhaitent », analyse-t-il. Pour l’instant, les prix du bouvillon européen sont plus bas que ceux de l’Australie ou des États-Unis. Selon Philippe Chotteau, c’est une opportunité « extraordinaire » car cela induit « une compétitivité prix » qui favorise les ventes. Cette hausse du prix dans ces pays anglophones est liée à une sécheresse ayant induit une forte décapitalisation. La recapitalisation est en cours et provoque un manque sur les marchés. Il se réjouit de l’appel d’offres de 10 000 tonnes de viandes émis par la Turquie qui, bien que non remporté par la France, « devrait alléger le marché européen ». Il constate aussi que les exportations en vif européennes ont progressé, selon les chiffres de la Commission européenne, de 60 % en valeur et de 50 % en volume.
ED
Près de soixante-dix éleveurs bovins du Massif Central ont manifesté devant la préfecture de Rodez le 5 octobre, inquiets du blocage des marchés liés à la Fièvre catarrhale ovine (FCO). « Nous sommes dans une situation de crise, d’urgence. Cette maladie qui touche la fertilité des ovins entraîne des contraintes sanitaires pour toutes les bêtes et bloque le marché », a expliqué Dominiqué Fayel, président de la FDSEA. « Actuellement, les broutards ne partent pas et nous devons les garder et les nourrir », constate-t-il, demandant aux pouvoirs publics d’accélérer les négociations de protocoles sanitaires avec les pays tiers. « Sinon, nous présenterons la facture du blocage à l’État », a-t-il ajouté, relevant l’autre crainte des éleveurs, « l’effondrement des cours ».