Un an de répit : la plateforme de lutte contre l’obésité lancée par la Commission européenne, le 15 mars, laisse à l’industrie agroalimentaire, à la distribution et au secteur publicitaire le temps pour donner des gages de leur volonté de stopper la prise de poids des Européens. Ils seront sous l’œil attentif des pouvoirs publics qui pourraient définir des « objectifs nationaux quantifiables et mesurables » de réduction du taux de surpoids, indique M. Bartolomeo, le ministre luxembourgeois de la Santé, dont le pays assure la présidence de l’Union européenne.
Chaque minute, près d’un nouvel enfant européen tombe dans l’excès de poids. Quelque 400 000 jeunes, à la fin d’une année. C’est en présentant ces chiffres alarmistes de la Task force internationale sur l’obésité (IOTF) que Markos Kyprianou, le commissaire européen en charge de la Santé et de la Protection des consommateurs a lancé, le 15 mars, une « plateforme d’action sur le régime alimentaire, l’activité physique et la santé ».
« Autorégulation »
Face aux questions des journalistes, qui le pressaient d’expliquer les mesures concrètes devant être prises pour enrayer l’épidémie, Markos Kyprianou s’est montré totalement démuni voire embarrassé. Il a rappelé sa préférence pour « l’autorégulation ». « Je suis confiant que nous allons trouver des solutions qui ne rendront pas nécessaire de légiférer», a-t-il souligné. Voilà un bon présage pour les acteurs économiques : dans les prochains mois, ils ne devraient pas être mis devant le fait accompli de propositions législatives très restrictives, les allégations par exemple, comme le faisait le précédent commissaire, David Byrne.
La balle est donc dans le camp de l’industrie et dans sa capacité à répondre aux inquiétudes des pouvoirs publics sollicités « chaque jour » par les citoyens européens, sur ce sujet, a rappelé le représentant du Parlement européen au sein de la plateforme, Karl-Heinz Florenz. « Ce n’est pas nous qui attendons quelque chose de la plateforme mais plutôt la plateforme qui attend de nous des idées », résume une lobbyiste de la grande distribution.
« A nous d’être crédible »
« A nous d’être crédible », embraye Jean Martin, le très sportif président de la CIAA (Confédération des industries agroalimentaires de l’Union européenne) – son casque de vélo non loin de là. « Sur ce sujet, notre intérêt est le même que celui des consommateurs », tranche-t-il. Depuis décembre 2002, l’organisation bruxelloise a mis en place un groupe de travail sur cette question. Elle a notamment élaboré un code de bonnes pratiques en matière de publicité. Un rapport sur le respect de cette charte dans les différents Etats membres devrait être rédigé, afin de s’assurer que les belles promesses se concrétisent dans la pratique…
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Car l’enjeu de la méthode « d’autorégulation » préconisée par Markos Kyprianou est bien là. « Le problème est que nous prenons des engagements à Bruxelles mais il faut que nos adhérents suivent, ce qui est plus difficile. Pourtant, si on ne le fait pas, nous aurons encore plus d’ennuis », rapporte cet autre lobbyiste. Et des engagements, c’est ce qu’attend le commissaire européen en charge des consommateurs. Des premiers résultats sont attendus dès l’année prochaine. Pour sa part, la CIAA souhaite « participer à l’éducation des consommateurs (…), améliorer l’information nutritionnelle sur les produits (…), et prend des engagements pour parachever sa démarche en faveur d’une publicité responsable » a souligné son président, Jean Martin.
De leur côté, les consommateurs, représentés par le Bureau européen des consommateurs (Beuc) demandent que la nutrition soit « explicitement prise en compte » dans les politiques communautaires. Ils formulent quelques demandes concrètes comme « la réduction des teneurs en graisses, en sucre et en sel des produits alimentaires » ou encore des « restrictions » sur le marketing à destination des enfants.
Outre ces deux membres fondateurs de la plateforme, l’on trouve les fédérations Eurocommerce et Eurocoop, l’association des restaurateurs européens, la Fédération mondiale des annonceurs et l’OMS.