« Véritable réponse à un problème existant sur le marché européen » selon Phil Hogan, le nouveau plan de 500 millions € élaboré par Bruxelles pour des incitations à la réduction de la production laitière et des mesures complémentaires a été précisé par la Commission européenne et les experts des États membres. Prévoyant notamment 150 Mio € pour parvenir à une baisse de 1,07 million de tonnes des livraisons de lait moyennant une compensation européenne de 14 centimes/kg pouvant être augmentée avec une contribution nationale, il sera mis en œuvre en octobre.
Réunis les 25 et 26 août, les experts des Vingt-huit et la Commission de Bruxelles ont donné leur feu vert aux modalités de mise en œuvre, en octobre, du plan de 500 millions € annoncé le 18 juillet par Phil Hogan pour des incitations à la réduction de la production de lait (150 Mio €) et des mesures additionnelles (350 Mio €) (1). Ce dispositif « représente une véritable réponse à un problème existant sur le marché européen » et « entraînera une hausse des prix pour les producteurs laitiers », a assuré le commissaire à l’agriculture.
Les fonds doivent être versés « dès que possible », a commenté Pekka Pesonen, le secrétaire général du Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l’UE), « Les producteurs laitiers européens souffrent tout particulièrement de problèmes de trésorerie, avec des prix du lait inférieurs de 40 % à leur niveau d’il y a deux ans », et ils « attendent désespérément une hausse » de ces prix, a-t-il souligné, rappelant les manifestations menées pour cette raison par les producteurs français.
Pour sa part, l’European Milk Board (EMB) a estimé que, même si le plan de l’UE est « perfectible », il s’agit d’une « avancée pour les producteurs ». Mais, selon son président, Romuald Schaber, « le fait que les volumes de production de tous les pays européens ne soient pas limités pendant la période de réduction et le niveau très bas de la compensation financière prévue constituent des freins a une bonne mise en œuvre des mesures ».
150 Mio € pour une réduction de la production de 1,07 Mt
Les éleveurs auront jusqu’au 21 septembre pour décider de participer individuellement au programme de réduction volontaire de la production de lait. Ils devront adresser leurs demandes aux agences nationales de paiement, en précisant le niveau de baisse prévu sur la période d’octobre à décembre par rapport au même trimestre de l’année dernière. Ils pourront recevoir une aide de l’UE de quelque 140 € par tonne de réduction jusqu’à un maximum de 50 % de la production de la période correspondante de 2015, et auront 45 jours pour prouver qu’ils ont rempli totalement leur engagement afin de recevoir l’intégralité de l’aide dans les 90 jours suivant la période de baisse de la production. Si la réduction des livraisons n’est pas totalement opérée, un abattement sera appliqué.
La Commission acceptera toutes les demandes notifiées par les États membres, à moins que celles-ci dépassent le seuil de 1,07 million de tonnes pour l’ensemble de l’UE, auquel cas sera appliqué un coefficient d’abattement.
Si le plafond budgétaire de 150 Mio € n’est pas atteint à l’issue de cette première tranche, des demandes pourront être déposées pour les périodes de novembre à janvier, de décembre à février et de janvier à mars.
Dans les États membres qui le décident, les demandes pourront être soumises au nom des éleveurs par des organisations de producteurs ou des coopératives, les administrations nationales devant ensuite s’assurer que le paiement est bien versé aux ayants droit.
350 Mio € pour des « ajustements » avec complément national
L’enveloppe de 350 Mio €, dont la répartition entre les Vingt-huit est déjà fixée (2), sera mise à la disposition des États membres pour l’octroi d’« aides d’ajustement » aux producteurs de lait (y compris pour compléter l’incitation à la réduction des livraisons) et/ou aux éleveurs de bovins, porcs, ovins et caprins.
Les bénéficiaires devront s’engager dans des activités visant à renforcer la viabilité de leurs exploitations et contribuant à la stabilisation du marché : baisse ou non accroissement de la production, petites structures, méthodes de production extensive, engagements environnementaux, projets de coopération, initiatives pour améliorer la qualité, formation sur les instruments financiers.
Ce soutien pourra être complété jusqu’à 100 % au niveau national, et les fonds pourront être dépensés jusqu’au 30 septembre 2017.
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Intervention, stockage privé, soutiens couplée, avances
Parallèlement aux mesures financées par l’enveloppe de 500 Mio €, l’intervention publique et l’aide au stockage privé pour la poudre de lait vont être étendues jusqu’à fin février prochain, tandis que l’application de l’article 222 de l’OCM unique aux accords de gestion volontaire de l’offre de lait sera prorogée d’octobre à avril 2017.
Les États membres qui pratiquent le paiement couplé dans ce secteur auront la possibilité de « découpler » ce soutien en 2017 pour éviter une perte aux éleveurs qui auront réduit leur cheptel.
Enfin, les États membres pourront porter à 70 % le taux des avances des paiements directs aux agriculteurs à partir du 16 octobre (85 % pour les aides à la surface dans le cadre de la politique du développement rural).
L’ensemble du plan qui va être mis en œuvre par Bruxelles est détaillé dans trois actes délégués (incitation à la baisse de la production de lait, mesures additionnelles, extension de l’intervention publique pour la poudre de lait) et quatre actes d’exécution plus techniques (soutien couplé, avances, extension de l’application de l’article 222, prorogation de l’aide au stockage privé de la poudre de lait). Ces textes doivent être finalisés et publiés d’ici mi-septembre.
(1) et (2) Voir n° 3556 du 25/07/16
Un soutien doublé avec des fonds nationaux en France et en Allemagne
En France, l’enveloppe de 49,9 millions € provenant du soutien complémentaire de 150 Mio € réparti par l’UE entre les États membres sera doublée avec des crédits nationaux. Ces derniers seront utilisés pour porter de 14 à 24 centimes/kg l’incitation à la réduction de la production de lait dans la limite de 5 % de baisse. Le soutien européen de 49,9 Mio € et son supplément national serviront aussi à « accompagner les exploitations bovines de lait et de viande qui rencontrent des difficultés de trésorerie », a précisé le 30 août le ministère de l’agriculture, l’État comptant aussi financer, avec ces crédits, une « campagne de promotion des viandes de qualité ».
En Allemagne également, le ministre de l’agriculture, Christian Schmidt, a annoncé que l’enveloppe de 57,95 Mio € octroyée par Bruxelles sera doublée avec des fonds nationaux et essentiellement destinée aux éleveurs laitiers. « Ces nouvelles aides ont deux objectifs : apporter des liquidités dans les exploitations agricoles, et impulser une meilleure discipline sur le marché », a-t-il expliqué.
En Italie, le ministère de l’agriculture a annoncé que l’enveloppe de 20,94 Mio € accordée par Bruxelles sera utilisée à concurrence de 10 Mio € pour la réduction temporaire de la production de lait et de 10 Mio € pour soutenir un fonds existant pour l’achat de lait cru (à transformer en UHT) destiné aux personnes démunies. Par ailleurs, Rome revoit à la baisse les amendes dues par les producteurs de lait qui avaient dépassé leurs quotas pour la campagne 2014/2015, celles-ci devant passer ainsi de 100 Mio € à 32 Mio €.
Lait : des prix à la ferme encore orientés à la baisse pour quelques semaines
Selon les dernières estimations de la Commission européenne publiées le 1er septembre, le prix du lait à la ferme continue de baisser dans l’UE avec une moyenne de 25,5 €/100 kg. Les experts espèrent une amélioration des prix en septembre. Sur le marché, les cours des produits laitiers sont déjà orientés à la hausse depuis plusieurs semaines. Au 21 août ils se situaient pour le beurre à 17 % au-dessus de son niveau de 2015 à même époque, pour la poudre de lait écrémé à +5 % et pour la poudre de lait entier à +11 %. Pour les fromages, la situation est plus contrastée : hausse de l’edam, stabilité du gouda et baisse de l’emmental et du cheddar. Des données plus précises seront communiquées lors de la prochaine réunion de l’Observatoire européen du marché laitier le 6 septembre à Bruxelles.