« De l'aveu même des Américains, les Européens n'auraient pas grand-chose à gagner dans les négociations en cours sur le volet agricole du TTIP » (Traité transatlantique pour le commerce et l'investissement). C'est sur la base des conclusions – peu avantageuses pour l'UE – d'un rapport officiel des Etats-Unis évaluant les gains des deux parties dans le cadre du TTIP que le socialiste belge, Marc Tarabella, tire la sonnette d'alarme. Il vient d'envoyer une lettre au président Jean-Claude Juncker pour l'inviter à s'expliquer devant les eurodéputés dans les prochains jours.
Marc Tarabella a en fait relayé au niveau européen le cri d'alarme du thinktank Momagri (Mouvement pour une organisation mondiale de l'agriculture) qui, suite aux conclusions d'un rapport américain sur l'évaluation des gains pour l'UE et les Etats-Unis de ce potentiel accord transatlantique (TTIP) (1), s'est demandé comment il est encore possible d'affirmer que le TTIP préservera les intérêts de l'agriculture européenne. La conclusion des experts américains confirme en effet les craintes du monde agricole européen : un accord sur le volet agricole du TTIP serait très positif pour les Etats-Unis et nettement moins, voire même négatif, pour l'Union européenne. Les auteurs du rapport américain analysent notamment deux scénarios qui vont de l'abolition des droits de douane jusqu'à la suppression des mesures non tarifaires. Dans le premier scénario, celui d'un accord réduit à l'abolition des droits de douane, les exportations agricoles américaines en direction de l'UE augmenteraient de près de 5,5 milliards de dollars, alors que le gain européen ne serait que de 800 millions de dollars… Soit 7 fois moins... Si l'on ajoute la suppression des mesures non tarifaires, le deuxième scénario augmenterait encore les avantages de l'Oncle Sam qui gagnerait, selon les projections, 9,6 milliards de dollars contre 2 milliards de dollars pour la vieille Europe. En d'autres termes, quand les Européens gagnent 1 dollar, les Américains en palpent 5. Pire que cela : les auteurs du rapport américain prédisent que, selon leurs projections, les prix agricoles européens subiraient des pressions à la baisse, alors que les prix américains seraient soutenus à la hausse. Sans compter que le Farm Bill américain (2) est une politique agricole couplée à la production qui, à travers l'ensemble de ses dispositifs, garantit un revenu minimum à ses agriculteurs, ce qui n'est absolument plus le cas de la PAC, laquelle, selon Marc Tarabella, « fait le contraire en abandonnant les uns après les autres les mécanismes de régulation ». Ce dernier rappelle que dans le rapport américain, on peut également lire que le scénario qui serait cauchemardesque aux yeux des Etats-Unis serait « celui de citoyens européens faisant de la qualité et des ques-tions sanitaires une priorité, ce qui les inciterait à se tourner vers les productions locales ». Dans un tel cas, dit-il, « les Américains conviennent que le TTIP n'aurait aucun intérêt. On imagine volontiers toute la détermination outre-Atlantique d'éviter un tel scénario catastrophe pour les entreprises US ».
LA COMMISSION INVITÉE À S'EXPLIQUER
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Au niveau politique, Marc Tarabella a saisi la balle au bond et, dans une lettre adressée le 4 janvier au Président Jean-Claude Juncker et aux commissaires européens au commerce (Cecilia Malmström) et à l'agriculture (Phil Hogan), celui-ci a demandé qu'ils réagissent officiellement et qu'ils s'expliquent devant le Parlement européen. Le socialiste belge estime que: soit la Commission européenne est en mesure « de confirmer les scenarii américains et donc l'inutilité du , soit elle dénonce le rapport et fustige en m me temps la crédibilité des partenaires commerciaux US ». Selon lui, les révélations du rapport américain « ne font que discréditer l'ensemble du processus de négociation, ainsi que sa légitimité ». Il souligne que les différents éléments du rapport ont également tendance « à remettre en question l'analyse d'impact présentée précédemment par la Commission européenne, faisant l'éloge du TTIP ». Et d'insister lourdement : « Le volet agricole ne saurait être la variable d'ajustement des autres chapitres de la négociation TTIP. Ce serait se moquer des agriculteurs et des consommateurs européens». Aziz Ben Marzouq
(1) « Agriculture in the Transatlantic Trade and Investment Partnership: Tariffs, Tariff-Rate Quotas, and Non-Tariff Measures ». United States Department of Agriculture (USDA), novembre 2015. (2) Le nouveau Farm Bill, signé en février 2014, prévoit des aides dépassant les 956 milliards de dollars sur dix ans aux agriculteurs américains. Sa nouveauté : assurer les exploitants contre les risques agricoles et d'autres pour leur garantir un revenu. Aux yeux des Européens, ces aides sont des quasi subventions à l'industrie agroalimentaire et à la grande distribution américaines.