Abonné

Nutrition Bruxelles lance une vaste consultation sur la nutrition

- - 6 min

La Commission européenne veut s’attaquer « au tissu de mauvaises habitudes » alimentaires des consommateurs européens. Elle devait lancer, le 8 décembre, une consultation sur le thème de la nutrition pour collecter les idées. C’est une première étape dans l’élaboration d’une stratégie de lutte contre l’obésité intégrée au plan communautaire qui sera présentée à la fin de l’année prochaine. A terme, cela devrait permettre à l’exécutif européen de mettre de l’ordre dans les initiatives parfois contradictoires prises par des pays comme les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou la France.

La Commission européenne devait adopter en procédure écrite, le 8 décembre, un Livre Vert sur la nutrition. Ce document de réflexion, élaboré par les services de Markos Kyprianou, le commissaire en charge de la Santé et de la Protection des consommateurs (Sanco), manifeste l’entrée durable dans le travail de la Commission européenne des questions liées à la nutrition. Intitulé Promouvoir une alimentation saine et l’activité physique : vers une stratégie européenne pour la prévention des surcharges pondérales, de l’obésité et des maladies chroniques, il va faire l’objet d’une consultation.

Le dernier Livre Vert relatif à des questions alimentaires remonte à 1997. Il s’agissait alors, pour la Commission Santer, de tirer les conséquences de l’ESB sur la sécurité des aliments. Le document portait alors sur les principes généraux de la législation alimentaire.

Pistes législatives fin 2006

Cette fois, le Livre Vert entend lancer un dialogue ouvert sur les problèmes de nutrition avec l’ensemble des parties prenantes – gouvernements, industrie, commerce, consommateurs… L’exécutif européen attend des réponses à la trentaine de questions contenues dans le texte avant le 15 mars 2006. Elles serviront de base à l’élaboration d’une stratégie communautaire pour lutter contre l’obésité.

Des premières pistes législatives ou non seront présentées à la fin de l’année prochaine ou au début de l’année 2007, indique une source communautaire. Elles devraient prendre la forme d’une communication de la Commission, d’un Livre Blanc ou d’un plan d’action selon la méthode et le niveau de contrainte choisi par l’exécutif européen pour agir.

Plate-forme « encourageante »

Ce choix dépendra en partie de l’évaluation du travail de la plate-forme européenne de lutte contre l’obésité qui se tiendra au milieu de l’année prochaine. A Bruxelles, les premiers résultats de la plate-forme basée sur la bonne volonté des acteurs économiques sont jugés « encourageants » et les engagements pris « ambitieux ». La Commission attend beaucoup des discussions prévues au printemps prochain entre la Plate-forme et des représentants américains.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre
nutrition
Suivi
Suivre

Le premier axe de travail dégagé par le Livre Vert est de modifier l’information des consommateurs, la publicité et les stratégies commerciales. Bruxelles peut déjà s’appuyer sur sa proposition en matière d’allégations nutritionnelles qui devrait être discutée en seconde lecture au Parlement en début d’année prochaine. Et elle ne devrait pas attendre 2007 pour présenter une nouvelle proposition sur l’étiquetage nutritionnel. Mais en matière de publicité et de technique commerciale, l’exécutif européen contrairement à la France, garde sa préférence pour l’autoréglementation, même s’il n’écarte pas la voie réglementaire. Quelle que soit la méthode, son objectif est que « la crédulité et le manque d’éducation aux médias des enfants ne soient pas exploités ».

Fruits, légumes et poisson

Dans l’information nutritionnelle fournie aux consommateurs, quels sont les principaux éléments nutritifs et catégories de produits à prendre en compte et pourquoi ? ; quel genre d’édification est nécessaire pour permettre aux consommateurs de comprendre pleinement les informations fournies sur les étiquettes des produits alimentaires (…) ? ; les codes volontaires constituent-ils un outil adéquat pour limiter la publicité et la promotion des produits alimentaires à forte teneur énergétique et pauvres en micronutriments ?, interroge par exemple la Commission.

Dans leur argumentaire, les services de la DG Sanco ont repris une approche multifactorielle. Ils pointent à plusieurs reprises les aliments transformés riches en sucres, en graisses ou en sel vendus bon marché alors que les fruits, les légumes et — une nouveauté — le poisson sont assimilés aux bons aliments.

Un ton négatif accusateur pour l’industrie

Face à ce document, une lobbyiste de l’industrie agroalimentaire craint l’orientation prise par les questions posées par la Commission et surtout le ton du document qui présage l’usage qui en sera fait. Car finalement, le livre met en cause implicitement les fabricants d’aliments ou du moins la consommation de certains types de produits. Et ce, contrairement à l’approche prise par l’Organisation mondiale de la santé qui met sur un pied d’égalité le mauvais équilibre alimentaire et le manque d’activité sportive, note-t-elle. Problème : construire des pistes cyclables est beaucoup plus long et coûteux pour les pouvoirs publics que de demander à l’industrie de réduire la pression marketing pour les denrées !

Côté associations de consommateurs, on profite de l’occasion pour relancer le lobbying sur la publicité alimentaire. Jim Murray a annoncé qu’il va « reprendre le combat » sur les allégations. Il compte sur le soutien de députés européens italiens ou français qui « ont une relation particulière avec la bonne nourriture » pour imposer les profils nutritionnels. Le directeur du Beuc, le Bureau européen des consommateurs a indiqué, lors d’une conférence sur l’obésité, qu’il voulait que la pression publicitaire mise sur les enfants soit réduite dans sa forme et sa diffusion par des actions réglementaires de la Commission. Si l’association reconnaît un caractère multifactoriel à l’obésité, elle dénonce les moyens de mise sur le marché, en particulier les méthodes accompagnant les consommateurs dans leur choix.