L'indication de l'origine des produits alimentaires continue de faire débat, entre l'intérêt pour les consommateurs et les coûts supplémentaires induits. Les études commandées par la Commission européenne à des consultants indépendants montrent que l'indication obligatoire de l'origine des produits peut entraîner des conséquences économiques négatives et imposer des exigences supplémentaires en matière de traçabilité, et pour les autorités réglementaires, et pour les exploitants du secteur alimentaire.
L'étiquetage obligatoire dans tous les secteurs de production ne serait-il pas une force motrice de la croissance économique en Europe en même temps qu'il assurerait plus de transparence pour les consommateurs, en plus d'être un moyen de dissuasion pour les nombreux cas de fraude qui sont préjudiciables à la concurrence ?, s'est interrogé un eurodéputé. Dans sa réponse au parlementaire italien Mario Borghezio (Groupe Europe des Nations et de la Liberté), le commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, a précisé que la Commission européenne a adopté trois rapports sur l'étiquetage de l'origine des produits alimentaires (1), rapports basés sur des études conduites par des consultants externes et indépendants qui ont notamment consulté des parties prenantes aussi bien dans le secteur alimentaire qu'auprès des associations de consommateurs dans toute l'Union. Ces mêmes études, a-t-il souligné, « ont confirmé que si les consommateurs ont manifesté beaucoup d'intérêt pour la mention de l'origine des produits alimentaires, il n'en reste pas moins qu'elles ont aussi montré qu'un étiquetage obligatoire de l'origine conduirait à des augmentations de coûts importantes qui finiraient au bout du compte par être répercutées sur les consommateurs ». Citant l'exemple de la viande bovine, le commissaire Andriukaitis a indiqué « qu'imposer un étiquetage obligatoire de l'origine à une viande utilisée comme ingrédient ne semble pas être une voie à suivre compte tenu de la faible disposition des consommateurs à payer pour de telles informations, de la charge administrative considérable que cela impliquerait et, plus généralement, de l'impact important que cela pourrait avoir notamment sur la compétitivité des entreprises et les échanges de l'Union avec les pays tiers ».
L'ORIGINE, D'ACCORD, MAIS APRÈS LE PRIX
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D'après le sondage Eurobaromètre réalisé en 2013, la plupart des citoyens de l'Union jugent qu'il est nécessaire d'indiquer l'origine du lait, qu'il soit vendu tel quel ou utilisé dans les ingrédients des produits laitiers (84 %). Une proportion similaire de citoyens (88 %) pense la même chose pour les viandes visées par le présent rapport. Néanmoins, rappelle la Commission européenne, ce sondage a montré que même dans ces cas-là, les attentes relatives aux informations précises que les consommateurs souhaiteraient recevoir sous la notion d'« origine » varient grandement. Pour le lait et les produits laitiers, les citoyens ont exprimé leur préférence pour le pays de la traite ou de la transformation, tandis que pour la viande, ils s'intéressaient surtout au lieu où l'animal a été élevé et abattu, moins au lieu de naissance. La Commission souligne aussi que les sondages auprès des consommateurs révèlent que l'origine est un facteur important lors de l'achat de lait et de produits laitiers et à base de viande, mais seulement après le prix, le goût et les dates limites de consommation et d'utilisation optimale. Selon elle, la plupart des sondages révèlent également d'importantes différences dans les préférences des consommateurs d'un État membre à l'autre et une divergence entre l'intérêt des consommateurs pour l'indication de l'ori-gine sur l'étiquette et leur consentement à payer pour cette information. La Commission estime donc que l'indication de l'origine à titre facultatif, combinée avec les régimes d'étiquetage obligatoire de l'origine déjà existants pour certains aliments ou catégories d'aliments spécifiques, serait le scénario qui permettrait aux consommateurs d'opter pour des produits ayant des origines spécifiques s'ils le souhaitent. De plus, toujours selon la Commission, un étiquetage facultatif perturberait beaucoup moins le marché et permettrait de maintenir le coût des produits aux niveaux actuels. En outre l'exécutif européen maintient sa position selon laquelle « l'étiquetage obligatoire de l'origine ne peut prévenir les pratiques frauduleuses dans le secteur alimentaire. À ses yeux, « les pratiques qui trompent les consommateurs peuvent être éliminées par l'application appropriée de la législation communautaire, notamment par le biais des contrôles officiels par les instances compétentes nationales et l'imposition de sanctions dissuasives ».
Rapport sur l'indication obligatoire de l'origine pour la viande utilisée comme ingrédient, COM (2013) 755, en date du 17/12/2013; Rapport sur l'indication obligatoire du pays d'origine ou lieu de provenance pour le lait, le lait utilisé comme ingrédient dans les produits laitiers et les types de viande autres que la viande bovine, porcine, ovine, caprine et la vian-de de volaille, COM (2015) 205, du 20/5/2015; Rapport sur l'indication obligatoire du pays d'origine ou du lieu de provenance pour les denrées alimentaires non transformées, les produits comprenant un seul ingrédient et les ingrédients constituant plus de 50% d'une denrée alimentaire, COM (2015) 204, du 20/05/2015.