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Huile d’olive/Plan d’aide Bruxelles peaufine son Plan d’action face au marasme du marché de l’huile d’olive

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« C’est un point de départ en faveur de la compétitivité et de la viabilité du secteur de l’huile d’olive. Il s’agit maintenant de travailler sur des mesures concrètes visant à mieux gérer et à réguler le marché ». C’est ainsi que les membres du Comité consultatif de l’UE sur l’huile d’olive (producteurs, transformateurs et consommateurs), dont le Copa-Cogeca, ont accueilli l’annonce par la Commission européenne d’un projet de Plan d’action pour le secteur de l’huile d’olive qui traverse actuellement une passe difficile, notamment en Espagne. Seules les actions concernant la qualité de l’huile d’olive pourraient être lancées à bref délai ; les autres actions – comme par exemple la restructuration du secteur – s’inscrivent dans les discussions en cours de la réforme de la Pac et ne pourraient entrer en application que beaucoup plus tard.

Pour atteindre un meilleur équilibre du marché, il faudrait renforcer la compétitivité du secteur et s’appuyer sur des atouts comme la qualité du produit et son image de marque », a souligné Dacian Ciolos, le commissaire européen à l’agriculture en annonçant son Plan d’action devant les membres du « Comité consultatif de l’UE sur l’huile d’olive ». Les principales actions à entreprendre devraient, selon lui, viser, d’une part, « la qualité et son contrôle, via des mesures pour stimuler l’image de marque de l’huile d’olive européenne et mieux protéger et informer le consommateur; d’autre part, le renforcement de la filière en utilisant toutes les possibilités offertes par la réforme de la Pac et en mobilisant tous les acteurs de la filière ». Plus concrètement, le Plan d’action pour le secteur de l’huile d’olive devrait s’articuler autour de six points clé : la qualité et les contrôles, la restructuration du secteur, la structuration de la filière, les actions de promotion, le Conseil oléicole international (1) et la concurrence avec les pays tiers.

Pour un contrôle accru de la qualité
Le plan d’action considère nécessaire d’améliorer le suivi du respect des critères chimiques, organoleptiques et d’authenticité des huiles, notamment après l’apparition sur les marchés d’huiles d’olive dites « désodorisées ». Dans le cas où ces huiles désodorisées interviennent dans l’assemblage d’huiles étiquetées « extra vierge », cette pratique est jugée illicite par la Commission. Il en est de même avec le mélange d’huiles vierges comestibles à d’autres huiles végétales. Le plan constate que de grands pays importateurs traditionnels sont en train de développer leur propre production et qu’un climat de compétition s’installe progressivement. Dans ce contexte, des méthodes de contrôle non reconnues ni par le Codex ni par le COI (Conseil oléicole international) ont vu le jour et ont conduit, selon la Commission, « à des résultats contestables, particulièrement en ce qui concerne les caractéristiques organoleptiques des huiles communautaires exportées ». Face à cette situation, certains acteurs de la filière seraient favorables à un durcissement des paramètres de qualité et d’authenticité ainsi qu’à la recherche d’un meilleur fonctionnement du panel (jury pour apprécier les caractéristiques organoleptiques des huiles).

Définir une argumentation technique solide
La majorité des acteurs ne s’y oppose pas mais subordonne tout changement à « une argumentation scientifique solide ». Que propose le Plan comme action ? Dans l’immédiat, il s’agirait d’ajuster des dispositions techniques en vue de renforcer les contrôles de qualité, protéger le consommateur et améliorer l’étiquetage. Plus concrètement, il est question de renforcer les contrôles et les sanctions ainsi que la standardisation des communications obligatoires des Etats membres sur la nature des irrégularités constatées et les sanctions appliquées. Il s’agit également d’améliorer la procédure d’échantillonnage et la contre-analyse et d’appliquer d’une manière homogène la réglementation dans toute l’UE (délais, fonctionnement des contrôles). Au niveau de la protection de la qualité et de l’authenticité des huiles vierges comestibles, le Plan d’action propose d’inclure dans un programme de recherche des méthodes permettant la détection des mélanges frauduleux d’huiles. Au Conseil oléicole international il sera demandé d’accélérer ses travaux relatifs à la réduction du niveau des « stigmastadiènes » (les huiles d’olive vierges ne contiennent pas ce type d’hydrocarbures dérivés des stérols pendant les traitements de raffinage appliqués aux huiles végétales), la réduction de la limite des « alkyls esters » (pour exclure davantage les huiles désodorisées), l’adoption définitive de la méthode globale pour la détection des huiles étrangères à l’huile d’olive (comme l’huile de soja, de colza, de tournesol, etc.). Au niveau de l’étiquetage et des normes de commercialisation, le Plan d’action suggère de rendre obligatoire la mention sur les étiquettes des conditions de conservation, d’améliorer l’affichage (la taille des caractères) et de mieux positionner l’information (champ visuel).

Structuration de la filière
L’Espagne se trouve actuellement dans une situation de surproduction. Un excédent structurel qui, selon le Plan d’action, « renforce le déséquilibre des rapports de force au sein de la chaîne alimentaire en raison essentiellement de la différence de taille économique entre les producteurs/premiers transformateurs et l’aval ». Ce déséquilibre est aggravé par la crise économique, laquelle conduit les producteurs/premiers transformateurs, en l’absence de recours aux crédits, à participer à l’accélération de cette baisse des prix, en les bradant pour vendre leur production. Les pratiques commerciales de la grande distribution entraînent quant à eux une pression accrue et continue sur les prix au producteur tandis que les consommateurs bénéficient d’un prix bas et stable. Le degré d’organisation des producteurs diffère grandement d’un État membre à l’autre : si l’Espagne bénéficie d’ un taux d’organisation de 70%, la Grèce de 60%, le Portugal de 30%, l’Italie arrive à peine à 5%. De toutes les façons, les auteurs du Plan d’action considèrent que ces organisations de producteurs sont en général trop petites face à la concentration de l’industrie et des chaînes de distribution. Que faire alors ? Le Plan d’action suggère d’augmenter la taille des organisations de producteurs (OP) pour renforcer le pouvoir de négociation des producteurs au sein de la chaîne alimentaire. De la sorte, ces organisations seraient mieux placées pour coordonner l’offre et la commercialisation de la production de leurs membres. Pour y arriver, il convient d’utiliser les dispositions actuelles ainsi que les nouvelles mesures prévues avec la réforme de la Pac pour renforcer les OP et stimuler la formation de groupements de producteurs. Il s’agirait aussi d’utiliser les aides prévues dans le deuxième pilier (développement rural) pour permettre aux groupements de producteurs d’adapter leur production, d’assurer une commercialisation conjointe des produits sur le marché et de développer des compétences en matière de commercialisation. Il existe aussi dans le cadre du développement rural des soutiens au niveau des investissements physiques pour mieux valoriser la production via la transformation, la commercialisation (embouteillage et mise sur le marché) et le contrôle de la qualité.

Quid de la promotion ?
Actuellement, note le Plan d’action, l’offre d’huile d’olive dépasse la demande dans l’UE. Néanmoins, on constate une demande soutenue au niveau mondial. L’huile d’olive bénéficie d’une image positive tant sur les plans de la nutrition que de la santé. Dès lors, ce produit se trouve dans une position privilégiée pour des actions de promotion avec une rentabilité sur investissement élevée. Il existerait encore des marges pour augmenter la consommation tant dans les pays non producteurs de l’UE qu’à l’exportation. Selon le Plan, les actions d’information et de promotion des produits oléicoles devraient poursuivre simultanément différents objectifs, comme l’amélioration de l’image du produit, la stimulation des consommations et la conquête de nouveaux marchés. Différentes mesures de promotion existent au sein de la Pac tant au niveau de l’Organisation commune de marché que dans le cadre du Développement Rural. La future politique de promotion de l’UE devrait être plus attractive, plus efficace et ouverte à davantage de bénéficiaires. Les mesures d’information et de promotion devraient aussi être accessibles à de nouveaux bénéficiaires (organisations de producteurs, regroupements de producteurs, PME) au-delà des organisations professionnelles (conduisant à davantage de programmes de promotion et des actions de meilleure qualité). Il serait également utile de rechercher une meilleure cohérence et complémentarité au sein des actions de promotion de la Pac ainsi qu’une meilleure synergie entre les programmes financés par l’UE et ceux du COI. La filière disposerait ainsi d’un outil plus efficace pour développer des programmes de promotion sur les marchés d’exportation les plus porteurs (USA, Brésil, Canada, Australie et Japon), avec une attention particulière sur l’ouverture de nouveaux marchés (Chine, Russie, Inde) et sur les pays non producteurs d’olives de l’UE.
 
(1) Regroupant 17 membres sont l'UE, le COI accomplit des fonctions multiples en particulier la régulation et la normalisation du commerce oléicole international, la défense de la qualité de l'huile d'olive ainsi que la promotion et l'information du consommateur. L'Accord de 2005 en vigueur expire le 31 décembre 2014. 95 % de la production mondiale d'huile d'olive provient des pays membres du COI.

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