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UE/Viande porcine Bruxelles prend des mesures d’urgence

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La crise du secteur de la viande de porc a fait l’objet d’un débat au sein du Conseil des ministres de l’agriculture de l’UE, réunis le 24 janvier à Bruxelles. Débats qui ont abouti à la décision de Bruxelles d’autoriser immédiatement le stockage privé de viande de porc en chambre froide. Les modalités de cette mesure de soutien devraient être fixées d’ici la fin de la semaine.

Réunis en Conseil le 24 janvier à Bruxelles, les ministres de l’agriculture de l’UE ont été informés par la délégation belge au sujet de la situation actuelle du marché de la viande de porc dans l’Union européenne. Cette information constitue un suivi de la journée de réflexion sur « Le secteur de la viande de porc à l’horizon 2020 » qui s’est tenue le 3 décembre 2010 à Bruxelles où un premier examen du marché de la viande porcine avait été établi par les experts des États membres de ce secteur. Depuis lors, la situation s’est dégradée avec la forte augmentation du prix des aliments à la suite de l’augmentation des prix des céréales. La crise de la dioxine en Allemagne est venue aggraver la situation du secteur de la viande de porc dans plusieurs Etats membres et en particulier en Belgique, aux Pays-Bas et en France. Situation qui a incité la Commission européenne à prendre sur le champ deux décisions majeures : un feu vert au stockage privé immédiatement applicable pour la viande porcine et la mise sur pied d’un groupe de travail au sein de la Commission pour réfléchir à d’autres solutions à moyen terme. Les abattoirs et les entreprises de transformation de la viande recevront un soutien pour stocker temporairement leurs produits afin de réduire les quantités sur le marché et de mettre un terme à la baisse des prix. En fin de semaine, le stockage privé sera en vigueur et la viande sera ensuite remise sur le marché une fois que les prix seront plus ou moins retrouvé leur niveau normal. La Commission européenne prend à sa charge le financement du stockage. La Belgique et les Pays-Bas sont à la base de cette intervention particulière de la Commission. Ces deux pays qui connaissent de graves problèmes ont reçu le soutien de quatorze autres Etats membres dont la France. « C’est exactement ce que le gouvernement français avait demandé avec d’autres Etats membres et je pense que c’est la bonne décision. Cela permet de tirer les conséquences d’autres crises que l’UE a connues comme celle du lait où nous avons attendu trop longtemps pour prendre des décisions de soutien. Cette fois-ci la décision a été prise rapidement et je m’en réjouis », a indiqué Bruno Le Maire, le ministre français de l’agriculture en marge de la réunion du Conseil des ministres.

Groupe de travail ad hoc sur la viande porcine
La Commission a annoncé par ailleurs la mise en place d’un groupe de travail ad hoc sous la houlette de la Commission européenne (comprenant des parties prenantes du secteur et des experts nationaux) pour examiner les mesures à moyen terme susceptibles d’alléger les problèmes rencontrés par le secteur de la viande de porc. Il s’agira pour ces experts d’étudier une série de questions telles que l’efficacité des mesures d’intervention, la problématique des assurances des producteurs ou encore la promotion des ventes à l’international pour ce secteur. Plusieurs Etats membres dont la France ont salué les mesures proposées. Ce sont là toutes des questions qui vont se trouver sur la table de ce groupe d’experts à partir du 8 février prochain lors de sa première réunion. « Entre ces décisions immédiates de stockage privé et la mise sur pied de ce groupe d’experts nous avons là les bonnes orientations qui vont permettre de répondre à la crise immédiate dans le secteur du porc », s’est félicité Bruno Le Maire.

Avertissement aux distributeurs
Le ministre français nous a par ailleurs annoncé qu’il avait réuni il y a quelques jours les distributeurs français pour les inviter à mettre en place le logo « viande française » sur leurs produits à base de viande de porc, logo qui permettrait, selon lui, « de valoriser la production nationale ». Il a précisé qu’il a invité tous les distributeurs à jouer le jeu, « tous sans exclusive, a-t-il précisé, car si l’un d’entre eux ne joue pas le jeu les autres ne seront pas incités à le faire ». Le ministre a ajouté que quand il y a une crise qui touche tout un secteur agricole « la solution passe par des décisions nationales, des décisions européennes et aussi par une solidarité des filières ». Il a dit souhaiter « que l’on passe d’une logique d’affrontement dans les filières entre producteurs, industriels et distributeurs à une logique de coopération dans les filières ».

Bruno Le Maire prend ses distances avec la plainte des producteurs
Interrogé sur ce qu’il pense de la plainte introduite auprès de la Commission européenne par les producteurs de porc français contre ce qu’ils estiment des distorsions de concurrence de la part de leurs collègues allemands, le ministre a voulu prendre ses distances en indiquant qu’il a toujours plaidé pour une meilleure harmonisation sociale en Europe mais que les producteurs français ont voulu procéder différemment. « Ce sont leurs responsabilités, ce ne sont pas celles d’un ministre », a-t-il dit en ajoutant qu’« il n’est pas là pour déposer des plaintes ou pour engager des poursuites contre un Etat membre ou un autre. A chacun ses responsabilités ». En ce qui concerne l’écart de compétitivité sur le coût du travail entre l’Allemagne et la France, Bruno Le Maire a rappelé que le gouvernement a pris la mesure du problème en exonérant totalement de charges patronales le travail occasionnel dans l’agriculture en janvier 2010, le coût total de cette mesure étant estimé à 496 millions d’euros par an. Il a par ailleurs rappelé que dans le cadre de la Loi de modernisation agricole il avait recommandé que ce sujet soit traité par l’Assemblée nationale. C’est chose faite, a-t-il dit et il a précisé qu’il attendait un rapport du député Bernard Rennes pour juillet 2011 sur le coût du travail permanent dans le secteur.

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