Les prix des principaux marchés des produits agricoles de l'Union devraient rester stables à moyen terme, selon un rapport que vient de publier la Commission européenne sur « les perspectives des marchés agricoles sur la période 2013-2023 ». Une situation qui s'expliquerait en grande partie par une croissance soutenue de la demande alimentaire mondiale, le développement du secteur des biocarburants et une faible croissance de la productivité agricole (1). Le rapport prévoit cependant des disparités selon les denrées.
SELON le rapport de la Commission européenne, les perspectives à moyen terme en ce qui concerne le secteur spécifique du lait et des produits laitiers s'annoncent favorables à la fois sur le marché communautaire et sur le marché mondial. La demande mondiale restera dynamique en particulier dans les pays émergents. Du côté de l'offre, la baisse projetée des prix des aliments pour le bétail (inférieurs à ceux observés depuis 2010) devrait permettre de maintenir les prix du lait à des niveaux relativement élevés et stimuler la production de lait de l'UE. Cependant, et en dépit de la fin du système des quotas laitiers après 2015, l'expansion de la production de lait de l'UE devrait rester limitée en raison principalement des contraintes environnementales qui vont jouer un rôle croissant dans certains États membres. Les livraisons de lait pourraient atteindre quelque 150 millions de tonnes en 2023, soit une augmentation de 9,6 millions par rapport à 2012. L'augmentation de la production de lait sera due essentiellement à une hausse des rendements (8 500 kg/vache dans l'UE à 15 en 2023 et 6 050 kg/vache dans les nouveaux Etats membres de l'UE), mais sera également être influencée par la croissance de la consommation dans l'UE et sur le marché mondial.
UN MARCHÉ DU FROMAGE SOUTENULe lait supplémentaire ira principalement dans la consommation de fromage et dans les exportations. Il est prévu que le secteur du fromage sera soutenu par un marché mondial dynamique et une croissance soutenue de la demande intérieure. Dans l'UE à 15 (anciens Etats membres), il semble que le marché du fromage ne soit pas encore saturé, mais la consommation par habitant devrait croître plus lentement que dans la dernière décennie, à 0,4% par an (0,2 point de pourcentage de moins qu'en 20002012). En revanche, la croissance sera plus rapide (2,2 % par an) dans l'UE à 13 (nouveaux Etats membres), où la consommation par habitant (12,0 kg en 2012) est relativement faible et pourrait atteindre 15,3 kg en 2023, contre 19,8 kg dans l'UE à 15. La production de fromage devrait donc absorber plus de lait supplémentaire livré aux laiteries, avec une production projetée à 10,7 millions de tonnes d'ici à 2023, des exportations de près d'1 million de tonnes et des importations très basses (autour de 75 000 tonnes). En 2023, on s'attend également à une augmentation de la production de produits laitiers frais de 3 % par rapport à 2012 pour atteindre quelque 48,3 millions de tonnes. Après plusieurs années de déclin, la production et la consommation de beurre se sont stabilisées en 2007 et ont commencé à augmenter en 2010 avec la hausse de la production de lait. Cette croissance devrait se poursuivre en 2014 en raison des bonnes conditions de marché en 2013. La production devrait se stabiliser à partir de 2015 à quelque 2,3 millions de tonnes. Après les niveaux élevés de 2013, la consommation de beurre par habitant devrait baisser légèrement à environ 4,28 kg en 2023.
(1) Les hypothèses macroéconomiques retenus par les auteurs du rapport comprennent : zéro de croissance du PIB de l'UE en 2013, suivie d'une croissance modérée en 2014 et entre 1,8% et 2,0% pour le reste de la période allant jusqu'à 2023. Le taux de change est supposé s'apprécier légèrement, avec un taux de change anticipé de 1,36 dollar/euro en 2014 et 1,41 dollar/euro en 2023.
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Le rapport note que les transformateurs laitiers européens ont fait de nombreux investissements récemment pour moderniser des tours de séchage et construire de nouvelles capacités en vue de l'augmentation prévue de la production de lait et de la demande mondiale dynamique pour le lait écrémé en poudre (LEP), le lactosérum et les préparations pour nourrissons (les exportations de l'UE de LEP sont passées de moins de 200 000 tonnes en 2005 à plus de 500 000 tonnes en 2012). Cependant, les États-Unis ont également prévu d'exporter beaucoup plus de LEP au cours de la période de projection (2013-2023) et devraient constituer un concurrent majeur. En conséquence, alors que les exportations de LEP de l'UE devraient encore augmenter pour atteindre 63. 000 tonnes en 2023, la part du marché mondial d'exportation de l'UE devrait diminuer légèrement ( à 28 % ) vers la fin de 2023. Les opérateurs de l'UE devraient continuer à préférer produire et exporter du LEP plutôt que du lait entier en poudre. La Nouvelle Zélande devrait dominer ce marché et fournir la moitié des importations mondiales. L'Argentine pourrait accroître sa part de marché passant de 10 % actuellement à 20 % en 2023. L'UE représente près de 50 % de la production de fromage dans le monde et est donc le principal fournisseur de la poudre de lactosérum (un sous-produit de la production de fromage). La Chine est un marché en expansion et la destination de 27 % des exportations de l'UE en 2012. Les exportations de poudre de lactosérum devraient augmenter encore de 47 % d'ici 2023 par rapport à 2012 et la part de l'UE dans les exportations mondiales devrait rester proche de 60%.
L'ISOGLUCOSE DE PLUS EN PLUS CONCURRENT DU SUCREDans le domaine spécifique du sucre, le rapport de la Commission note qu'à moyen terme, l'UE devrait se rapprocher de l'autosuffisance et redevenir un exportateur net occasionnel, surtout après l'abolition du système des quotas sucriers en 2017. Cette situation devrait conduire à une réduction du prix intérieur du sucre dans l'UE et à rendre les importations moins attrayantes, et donc à une diminution des importations de sucre par rapport aux niveaux actuels, même si en raison de la période de production relativement courte de sucre à l'automne et sa concentration régionale en Europe du Nord Ouest, des importations resteront nécessaires dans certaines périodes et dans certaines régions. Le rapport observe qu'en ce qui concerne la betterave à sucre, les perspectives à moyen terme s'annoncent mitigées. En raison de la demande croissante pour l'éthanol mais également de l'abolition des quotas en 2017, la production de la betterave à sucre de l'UE devrait augmenter dans la décennie à venir. Les volumes supplémentaires seront principalement utilisés pour produire du sucre plutôt que de l'éthanol car, progressivement, la production d'éthanol à partir de betteraves à sucre deviendra moins compétitive. En outre, l'isoglucose est appelé à remplacer de plus en plus le sucre dans certaines utilisations de la consommation alimentaire, suite à l'expiration des quotas de production d'isoglucose en 2017. Bien qu'il soit difficile de savoir comment la production va se développer, l'isoglucose devrait représenter une part de plus en plus importante dans la consommation globale d'édulcorant mais beaucoup moins que les 40 % des États-Unis ou les 25 % du Canada et du Mexique.
AUGMENTATION DE LA CONSOMMATION DE PRODUITS À BASE DE VIANDEEn ce qui le concerne, le secteur de la viande de l'UE devrait être soutenu par une forte demande sur le marché mondial, grâce à l'amélioration des conditions économiques. En Europe, les perspectives de reprise de la croissance économique devraient donner plus de pouvoir d'achat aux consommateurs ce qui devrait se traduire par une augmentation de la consommation de produits à base de viande. La consommation de viande par habitant dans l'UE, qui a atteint en 2013 son niveau le plus bas depuis 11 ans ( 64,7 kg), devrait se redresser à partir de 2014. En 2023, la consommation par habitant devrait atteindre 66,1 kg, soit le niveau de l'année 2011. Si le rapport de la Commission prévoit que la consommation de viande de bœuf et de mouton devrait baisser à la fois en termes absolus et relatifs sur le marché communautaire, il note en revanche que la viande de volaille restera « le produit le plus dynamique » grâce à son prix bon marché, à la commodité de sa préparation et à son image de viande plutôt saine. Augmentant à un taux de 0,8 % par an entre 2012 et 2023, la production devrait atteindre 13,6 millions de tonnes d'ici à 2023. La viande de porc restera, quant à elle, « la viande préférée des Européens » et verra sa production augmenter à partir de 2014 pour atteindre quelque 23,4 millions de tonnes en 2023. Cette augmentation sera modérée en raison notamment des contraintes environnementales dans certains des principaux pays producteurs (par exemple les Pays-Bas et dans certaines parties de la France). Selon les projections actuelles, la demande d'importation dynamique au Moyen-Orient (en particulier l'Arabie saoudite ) et en Chine devrait se poursuivre et stimuler les exportations de l'UE à 1,4 million de tonnes en 2023 (15 % au-dessus de la moyenne 2010-2012) . Les exportations devraient augmenter de 120.000 tonnes par rapport à 2012, avec une plus grande demande aussi d'Afrique du Sud et du Ghana. D'autre part, les augmentations de production prévues en Russie devraient conduire dans ce cas là à une contraction de la demande d'importation, laquelle devrait fluctuer autour du niveau du quota tarifaire (+ ou – 800.000 tonnes).