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SÉCURITÉ ALIMENTAIRE/UE Bruxelles souhaite l'étiquetage volontaire de l'origine des aliments

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Le représentant de la Commission européenne a répété officiellement devant les membres de la commission de l'agriculture du Parlement européen, les avantages d'un étiquetage volontaire de l'origine des denrées alimentaires par rapport à un étiquetage obligatoire. Sur la base des conclusions des deux études parues en mai 2015 sur le sujet, la Commission estime que l'indication obligatoire du pays d'origine sur les étiquettes entraînerait une hausse des coûts et de la charge réglementaire pour la plupart des produits examinés dans les deux rapports.

Un représentant de la Commission européenne a officiellement réitéré le 16 juillet dernier devant des membres déçus de la commission de l'agriculture du Parlement européen, les avantages d'un étiquetage volontaire de l'origine des denrées alimentaires par rapport à un étiquetage obligatoire. Ceci n'était pas nouveau, puisque c'était déjà la conclusion à laquelle avaient abouti les auteurs de deux études externes commanditées sur le sujet et qui avaient donné lieu à deux rapports de l'institution à destination du Parlement européen et du Conseil des ministres le 20 mai 2015, au titre du règlement sur l'information due aux consommateurs sur les denrées alimentaires (règlement 1169/2011). Le premier rapport de la Commission porte sur l'étiquetage de l'origine du lait et des produits laitiers ainsi que de certains types de viande dites « mineures », notamment de cheval, de lapin et de gibier (autres donc que la viande bovine, porcine, ovine, caprine et la viande de volaille pour lesquelles des règles sont déjà en place). Le second rapport porte pour sa part sur l'étiquetage de l'origine des denrées alimentaires non transformées, des produits comprenant un seul ingrédient et des ingrédients constituant plus de 50 % d'une denrée alimentaire. Dans les deux rapports, les conclusions étaient similaires en ce sens que la Commis-sion européenne y soutient que l'étiquetage volontaire de l'origine des denrées alimentaire est la solution la plus appropriée et la plus satisfaisante dans la mesure où « elle n'impose pas de charges supplémentaires sur l'industrie et sur les autorités publiques ». L'indication obligatoire de l'origine sur les étiquettes entraînerait, selon elle, une hausse de la charge réglementaire pour la plupart des produits examinés dans les deux rapports et, par conséquent, la question qui se pose « est d'apprécier si l'équilibre entre les coûts et les avantages est tel qu'il justifierait cette indication obligatoire ». La Commission considère « qu'en dépit d'un intérêt des consommateurs pour l'origine du lait, du lait utilisé comme ingrédient dans les produits laitiers et des viandes, le consentement à payer pour cette information semble insuffisant dans le chef des consommateurs ». Aux yeux de la Commission, les deux rapports commandités montrent que « l'indication obligatoire de l'origine sur l'étiquette pour le lait utilisé comme ingrédient dans les produits laitiers peut entraîner des conséquences économiques négatives, imposer des exigences supplémentaires en matière de traçabilité et serait contraignant pour les produits à haut degré de transformation ». Des coûts opérationnels supplémentaires devront également être supportés pour imposer l'indication obligatoire de l'origine sur l'étiquette pour les viandes visées dans un des rapports.

EURODÉPUTÉS DÉPITÉS

« Au printemps 2015 déjà, nous avions exigé, par un vote à une large majorité du Parlement européen, la mention de l'origine de la viande utilisée comme ingrédient dans les produits transformés tels que, par exemple les raviolis, les hachis, boulettes et autres pizzas au jambon », rappelle l'eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella. Avant de s'insurger : « Et aujourd'hui les représentants de la Commission prônent un étiquetage d'origine sur base volontaire… autant dire que la Commission décide de ne rien décider ! C'est inacceptable alors que 84 % des consommateurs estiment nécessaire la mention de l'origine sur le lait ou les produits laitiers, 90 % en ce qui concerne les viandes hachées. Il faut croire que 90% de citoyens européens, cela ne lui suffit pas peut-être ? ». À l'époque déjà, le BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs) avait, lui aussi, accusé la Commission européenne d'avoir « déjà choisi de permettre à l'industrie de procéder à un étiquetage volontaire, méprisant ainsi les droits des consommateurs alors que selon un Eurobaromètre spécial de décembre 2013, quelque 84 % des citoyens européens se disent soucieux de connaître l'origine de leur lait, qu'il soit vendu comme tel ou comme ingrédient d'un produit laitier ». En outre, « plus des trois quarts des consommateurs veulent savoir où le lait a été transformé et 68 % veulent connaître où la traite du lait a été faite ». Le BEUC déplore par ailleurs le fait que la Commission européenne n'ait pas encore répondu à l'appel à un étiquetage d'origine obligatoire d'une viande utilisée comme ingrédient dans les aliments transformés, lancé par le Parlement européen en février 2015. « Un tel silence, avait affirmé à l'époque, Monique Goyens, la directrice du BEUC, n'augure rien de bon pour les denrées alimentaires concernées par les deux rapports ».

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LE « PRÉTEXTE » DU COÛT

La justification des coûts supplémentaires qu'entraînerait un étiquetage obligatoire de l'origine des denrées alimentaires avancée par la Commission européenne ne passe pas non dans le chef des eurodéputés. « La Commission, se faisant souvent dans ce type de dossier la porte-parole des entreprises industrielles, prétexte son refus de mentionner l'origine à cause du surcoût occasionné. Pourtant, des entreprises utilisant de la viande dans leurs produits ont spontanément décidé d'informer le citoyen. Elles ont augmenté leur prix de 0,67%. Un hachis parmentier à 3,14 euros en coûterait 3,16… cela semble tout-à-fait acceptable », affirme Marc Tarabella. Idem selon lui pour le lait où les estimations européennes, « considérées pourtant comme exagérées par certains experts, parlent de 1 voire 2 % d'augmentation. L'argument de la Commission semble donc plus être dicté par le secteur agroalimentaire plutôt que par l'intérêt des droits du citoyen ! », regrette Marc Tarabella. Pour relancer le marché, dit-il, « il faut restaurer la confiance des consommateurs. Cette phrase mille fois entendue depuis le début de la crise financière vaut aussi en matière de consommation et de sécurité alimentaire. Nous ne voulons pas décider des menus des citoyens mais il est de notre devoir de leur donner les informations essentielles afin qu'ils puissent faire leur choix en toute connaissance de cause. L'étiquetage de l'origine est obligatoire pour la viande fraîche, absolument rien n'empêche que ce soit aussi le cas pour les plats préparés », conclut Marc Tarabella.