Le commissaire européen Phil Hogan s’est félicité le 10 octobre devant les ministres de l’agriculture des Vingt-huit à Luxembourg du redressement du marché laitier, tout en se disant vigilant sur le début d’année prochaine. S’il reconnaît que la situation des secteurs bovins et céréaliers est difficile dans certains États membres, en France en particulier, le commissaire européen ne prévoit aucune intervention sur le marché pour autant, estimant que les exportations se portent bien et qu’elles devraient suffire à préserver ces productions d’une crise.
Le secteur laitier n’a, pour une fois, pas occupé le centre des discussions sur la situation des marchés des ministres de l’agriculture de l’UE, lors de leur réunion du 10 octobre à Luxembourg. En effet, les prix du lait à la ferme sont remontés en moyenne de 3 % en août et une hausse de 2,3 % est prévue pour septembre. De plus, le programme de réduction de la production de lait, dont la quasi-totalité des 150 millions € ont été alloués dès le premier appel d’offres, va permettre de réduire la collecte de 1,06 Mt soit une baisse prévue de 2,9 % de la production sur les trois derniers mois de l’année par rapport à la même période de 2015. 98,9 % du volume disponible ont été consommés et la faible quantité restante a fait l’objet d’un second appel d’offres dont l’échéance était fixée au 12 octobre. Mais, dans ses Perspectives agricoles à court terme publiées le 6 octobre, Bruxelles admet que la durée et l’ampleur de cette reprise restent incertaines. En effet, les stocks de poudre de lait (qui atteindront 370 000 t à la fin de l’année) pourraient peser sur les cours, et la hausse actuelle des prix pourrait inciter certains éleveurs à relancer leur production en début d’année prochaine. « Les perspectives pour les prochains mois sont positives, mais la vigilance est de mise pour préserver cet équilibre, notamment au cours du prochain pic de production au printemps », a prévenu le commissaire européen, Phil Hogan, lors de son intervention devant les ministres des Vingt-huit.
Bœuf : les exportations comme planche de salut
Ce sont désormais deux autres secteurs qui soulèvent des inquiétudes dans certains États membres (en France en particulier) : la viande bovine et les céréales. Pour le bœuf, « le secteur est confronté à certaines difficultés, résultant notamment de la situation du secteur laitier, mais il y a aussi des problèmes structurels », a indiqué Phil Hogan.
Après quatre années consécutives d’augmentation, la Commission prévoit que le nombre de vaches laitières en décembre 2016 aura diminué par rapport à 2015 de 0,5 % dans les anciens États membres et de 3,5 % dans les nouveaux. Résultat : une hausse de 3,3 % de la production est attendue en 2016 du fait de la hausse des abattages. Mais d’un autre côté, « les exportations sont dynamiques, avec une augmentation de 16,8 % sur la période janvier-juillet 2016 en particulier vers la région méditerranéenne, l’Afrique et l’Asie. Et de nouveaux marchés émergents tels que les Philippines et Israël contribuent à maintenir notre balance commerciale très positive », a souligné le commissaire. De plus, les coûts de production devraient rester à un niveau relativement bas, estime Bruxelles.
Le commissaire a donc seulement confirmé, comme il l'avait anoncé lors de son passage au Sommet de l'élevage à Clermont-Ferrand, qu’une enveloppe de 15 millions € dans le cadre du programme de promotion et d'information sur les produits agricoles de l’UE serait spécifiquement dédiée à une campagne de promotion de la viande sur le marché communautaire (1). L’enveloppe de 350 millions € d’aides nationales débloquée en juillet peut également être utilisée pour venir en aide au secteur de la viande, a rappelé Phil Hogan. Enfin, il a de nouveau indiqué qu’il se rendrait prochainement en Turquie pour faciliter le commerce d’animaux vivants, ainsi qu’au Vietnam et en Indonésie.
Céréales : une mauvaise année à passer
Pour le secteur des céréales non plus la Commission ne prévoit aucune mesure, malgré des chutes de récolte dans certaines régions. Pour Bruxelles, cette situation est à mettre en perspective avec les années précédentes qui ont été plutôt bonnes. Le commissaire a donc seulement rappelé qu’il était possible aux États membres de procéder au paiement en avance des aides directes pour alléger les trésoreries.
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Joost Korte directeur général adjoint de l’agriculture de la Commission européenne a apporté quelques précisions à l’occasion d’une audition devant la commission de l’agriculture du Parlement européen le 12 octobre. La récolte européenne devrait atteindre 294 Mt en 2016, soit une baisse de 5,4 % sur un an et de 2,6 % sur 5 ans. Mais de grandes différences existent selon les cultures et les États membres. Le blé est le plus touché avec un recul de 11,5 % à 135 Mt par rapport à 2015 (-2,7 % par rapport à la moyenne quinquennale). Pour l’orge (-1,8 %) et le maïs (+2,8 %), les chiffres sont jugés normaux. En France, une baisse de 24 % de la récolte céréalière et de 31 % pour le seul blé est enregistrée. La situation est également très compliquée au Danemark, en Lituanie, à Chypre, en Belgique, en Irlande, en Grèce et en Lettonie. À l’inverse les récoltes sont abondantes dans le sud et l’est de l’UE, notamment en Espagne, en Hongrie et en Slovaquie avec des hausses de 20 à 25 %.
La Commission ne compte donc à ce stade rien faire pour le secteur. D’autant que les cours, s’ils sont bas du fait des récoltes records dans les principales grandes régions productrices du monde (à part l’Europe), restent 50 % au-dessus du prix d’intervention (lesquels n’ont pas été déclenchés depuis 2010). Pour Bruxelles, le prix des céréales européennes est très compétitif sur le marché mondial, avec des exportations importantes ces deux dernières années. Et, ajoute la Commission, les coûts de production ont fortement baissé (-50 %) depuis deux ans ce qui a eu un impact important sur les revenus.
Et Joost Korte de conclure que si 2016 est certes une mauvaise année, le secteur se porte plutôt bien de manière générale et ne présente pas de problèmes structurels. « Ce qu’il faut c’est commencer à réfléchir aux outils à mettre en œuvre dans le cadre de la future Pac après 2020 pour limiter à l’avenir l’impact de ce type de problème », a-t-il admis.
Conscient qu’il est difficile pour Bruxelles de mettre de nouveau la main à la poche après avoir débloqué 500 millions € au mois de juillet, le ministre français Stéphane Le Foll a demandé lors du Conseil agricole un relèvement du plafond des aides de minimis (aujourd’hui de 15 000 par exploitation sur trois ans). Mais la Commission européenne a déjà indiqué à plusieurs reprises qu’une telle disposition demanderait plus de six mois de travail, le Parlement européen devant être impliqué dans la décision.
(1) Voir n° 3564 du 10/10/2016
Viande bovine : les éleveurs français furieux
Lors d’une réunion à l’Assemblée nationale le 11 octobre, le président de la Fédération française bovine (FNB) Jean-Pierre Fleury s’est déclaré furieux de l’absence de propositions du commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan, lors du Conseil agricole européen, la veille, pour dégager le marché européen de la viande bovine engorgé par les abattages de vaches de réforme laitières. Selon lui, le commissaire s’était « engagé » auprès des professionnels français lors de sa visite au Sommet de l’élevage la semaine précédente, notamment sur l’utilisation de la viande bovine dans un cadre humanitaire et des efforts pour rouvrir le débouché turc. Pour Jean-Pierre Fleury, « la crédibilité du commissaire est engagée ».