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Chaîne alimentaire/UE Bruxelles veut booster le pouvoir de négociation des producteurs et renforcer les coopératives

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À la demande du Parlement européen, la Commission européenne a commandité une grande étude « Soutien aux Coopératives agricoles » afin d'identifier les mesures de politiques publiques et les incitations qui se sont révélées efficaces et effectives et qui peuvent aider cette forme d'organisation des producteurs à améliorer, entre autres, leur pouvoir de négociation au sein de la chaîne d'approvisionnement alimentaire.

Les déséquilibres de pouvoir de négociation entre les acteurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire sont bien connus. Les producteurs se considèrent souvent les dindons de la farce face aux distributeurs tout puissants fortement concentrés. Le Parlement européen l'a également souligné dans ses différentes résolutions et a invité la Commission européenne à y apporter des solutions. Cette dernière s'est engagée, comme on le sait, à faciliter la restructuration du secteur agricole en encourageant la création volontaire d'organisations de producteurs agricoles. Elle a notamment donc chargé la DG Agri de commander cette grande étude sur le « Soutien aux Coopératives Agricoles ». Etude menée en 2011 et 2012 dans les 27 Etats membres de l'UE par une dizaine d'instituts de recherche et dont les données et analyses arrivent à la principale conclusion que les coopératives agricoles « jouent un rôle important dans le soutien aux agriculteurs pour capter une part plus importante de la valeur ajoutée dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire dans tous les pays membres de l'UE ». Les auteurs de l'étude expliquent que les fonctions clés de toutes les coopératives de transformation sont l'amélioration du pouvoir de négociation de leurs membres et la possibilité de bénéficier d'économies d'échelle. En plus, les coopératives réduisent les risques de marché, les coûts de transaction, fournissent des ressources, et renforcent leur position compétitive par l’innovation de produit et en garantissant la qualité et la sécurité alimentaire. De nombreuses coopératives ont développé leurs activités aux stades aval des filières des chaînes alimentaires, renforçant ainsi leur orientation vers les clients et les consommateurs, en intensifiant les efforts en matière de marketing (y compris le développement de marque), l'innovation produit et l’adaptation. Comme les chaînes d'approvisionnement agroalimentaire sont généralement caractérisées par des déséquilibres dans le pouvoir de négociation entre les agriculteurs et leurs partenaires de l’amont et de l’aval, les coopératives joueraient donc « un rôle clé dans le renforcement du pouvoir de négociation et donc dans la maximisation de la part de la valeur ajoutée pour leurs membres ».

Vers plus de fusions des coopératives ?
Les auteurs de l'étude notent cependant, qu'en général, le contre-pouvoir des coopératives vis-à-vis des détaillants est assez limité et que le besoin de renforcer encore leur pouvoir de négociation « conduira très probablement à plus de fusions (internationales) entre les coopératives », dans le même temps que ces fusions « sont également induites par la recherche d'économies d'échelle en R & D et l’image de marque ». Ils pointent un type spécifique de coopérative agricole, « l’association de négoce » (bargaining association), laquelle soutient les intérêts des agriculteurs et constitue un partenaire intéressant pour les transformateurs, les distributeurs et les détaillants, car « ils coordonnent l’offre de gros volumes de produits de qualité homogène ». Contrairement aux coopératives de transformation, les associations de négoce ne possèdent pas les biens et, habituellement, n’assument pas la propriété de la production de leurs membres, quel que soit le stade de transformation ou de commercialisation. Ces associations sont principalement actives dans les secteurs du lait et des fruits et légumes. En Allemagne, elles sont aussi actives dans la vente de bovins et de porcs.

Grandes disparités entre les Etats membres
L'étude au niveau européen identifie plus de 300 mesures de politiques publiques européennes, nationales et régionales relatives aux coopératives. La législation sur les coopératives, les règles de concurrence et les incitations financières ont été parmi celles qui ont été le plus souvent observées. Il existe de grandes différences entre les États membres, en termes de mesures de politique publique adoptées. L'étude précise qu'« il n'existe pas de liens clairement établis entre les mesures de soutien pour les coopératives agricoles actuellement en vigueur et la part de marché de ces organisations ». De même, dans d’autres pays de l’OCDE, il est difficile de trouver un lien direct entre la législation et la performance des coopératives. De nombreuses mesures de soutien peuvent potentiellement bénéficier aux coopératives. Elles profitent en particulier d’une loi sur la coopération flexible, d’une imposition unique et de règles de concurrence clairement définies. Dans certains secteurs, les organisations de producteurs et les coopératives ont bénéficié de la PAC et de ses réformes (comme par exemple dans le secteur du vin et celui des fruits et légumes). Les auteurs de l'étude recommandent donc que les gouvernements au niveau national et européen, développent des politiques et des mesures « pour soutenir la capacité à fédérer et apporter une assistance technique (organisationnelle), spécialement pour les petites coopératives et celles en émergence ». Cela est particulièrement vrai pour les nouveaux États membres de l'UE, où l’auto-organisation est entravée par le manque de capital social et humain.

Influence du management
L'étude note également que les structures professionnelles et les politiques concernant la composition du conseil d’administration et la participation des membres, affectent la performance des coopératives. Les droits de vote proportionnels, le management professionnel, la supervision par des personnes extérieurs, et la sélection des directeurs sur la base de leur expertise ou de leur représentation produit et non de leur origine régionale, ont tous des effets positifs sur la performance coopérative. L’activité de positionnement des coopératives diffère également selon les secteurs. Les produits de marque peuvent être trouvés dans les secteurs laitier et du vin et, dans une moindre mesure, dans les fruits et légumes et l'huile d'olive. Ils sont cependant rares dans les secteurs des céréales, du sucre, des moutons et de la viande porcine. Les unions de coopératives sont nombreuses dans les secteurs et les régions qui ont beaucoup de petites coopératives. Elles peuvent obtenir des économies d’échelle et un pouvoir de négociation auxquels les coopératives locales ne peuvent pas avoir accès. Toutefois, comme la tendance à long terme est que les coopératives primaires deviennent plus grandes et plus directement impliquées dans la commercialisation de leurs produits, le modèle d’union de coopératives peut tendre à disparaître.
Que les agriculteurs choisissent la forme coopérative (juridique) pour renforcer leur position sur le marché et leur pouvoir de négociation, est généralement guidé par la pratique et non par des arguments idéologiques, et dépend beaucoup du contexte institutionnel, associant les aspects juridiques, sociaux et culturels.

Internationalisation des coopératives
Les auteurs de l'étude ont repéré 46 coopératives transnationales (des coopératives avec des membres localisés dans plus qu’un seul Etat Membre). Elles sont principalement dans les secteurs laitier et des fruits et légumes de l’Europe du Nord. Elles ont souvent des filiales étrangères qui s’approvisionnent en produits agricoles auprès d’agriculteurs non membres de la coopérative. La plupart des coopératives préfèrent s’internationaliser par l’acquisition ou la création de filiales de droit commercial à l’étranger, mais non pas par la fusion avec d’autres coopératives ou la proposition aux agriculteurs étrangers de devenir des membres. Eviter la dilution de la propriété (droit de contrôle et de revenu) est cité comme la principale raison pour ce choix. Il n’y a pas de barrières légales dissuasives dans les fusions frontalières.   

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