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Bruxelles veut réduire la teneur en cadmium dans les engrais

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La Commission européenne souhaite faire baisser la teneur maximale en cadmium, substance classée cancérigène, dans les engrais phosphatés. Au risque de se couper d’une partie de ses approvisionnements et de se rendre dépendant du marché russe.

La Commission européenne défend l’idée d'une réduction du taux maximum de cadmium dans les engrais phosphatés, en raison de sa toxicité. Mais la position des États membres est le maintien du statu quo. La question est l’objet d’âpres négociations à Bruxelles.

Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans la roche phosphatée, matière première de certains engrais. Classé cancérogène pour l’homme par l’Organisation mondiale de la Santé, il a des effets toxiques sur les reins, le squelette, l’appareil respiratoire. Or, l’utilisation d’engrais phosphatés en agriculture est une source de contamination des sols au cadmium. Sa présence dans l’alimentation est donc surveillée : elle est la principale voie d’exposition à cette substance pour les non-fumeurs.

« Un risque inacceptable pour l’homme et l’environnement »

Depuis plus de dix ans, les agences sanitaires alertent sur les dangers du cadmium et la nécessité de réduire l’exposition de la population. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a fixé en 2009 une dose hebdomadaire tolérable à ne pas dépasser de 2,5 microgrammes par kilo (µg/kg). En 2014, Bruxelles a émis une recommandation pour réduire les teneurs en cadmium des denrées alimentaires, en particulier les céréales, les légumes et les pommes de terre.

Convaincue qu’il présente « un risque inacceptable pour l’homme et l’environnement », la Commission veut durcir la réglementation en introduisant une teneur limite dans les engrais phosphatés. Et de proposer une teneur maximale en cadmium à 60 milligrammes/kilo (mg/kg), puis 40 mg/kg au bout de trois ans et 20 mg/kg après douze ans. Un projet de texte que les eurodéputés ont souhaité assouplir, en votant le 24 octobre 2017 une réduction graduelle à 20 mg/kg en seize ans. Le Conseil de l’UE, autrement dit les États membres, s’est lui entendu sur une limite fixe de 60 mg/kg. Une négociation est donc prévue entre les trois institutions, qui doivent tomber d’accord le 11 avril.

Des teneurs plutôt faibles dans les sols français

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Chez les fabricants d’engrais, le sujet est suivi de très près. Leur organisation professionnelle accepte l’idée d’un « seuil maximum réaliste » à 60 mg/kg contre 90 mg/kg aujourd’hui en France, pour « éviter l’accumulation à long terme » du cadmium dans le sol, déclare Philippe Eveillard, directeur du pôle agriculture à l’Union des Industries de la fertilisation (Unifa). « Les agriculteurs ont réduit par cinq les apports d’engrais phosphatés depuis les années 70, explique-t-il. Nous sommes dans une phase de stabilisation » des teneurs en cadmium dans le sol.

Des propos rassurants confirmés par les analyses de l’Inra. « La teneur en cadmium est relativement faible dans les sols, en moyenne de 0,2 mg/kg pour la France », affirme Dominique Arrouays, ingénieur de recherche. Son origine est en partie géologique – notamment dans les calcaires du Jura, en Charente, les craies de Champagne, les causses du sud du Massif Central – avec aussi quelques contaminations diffuses, mettant en cause l’industrie métallurgique, et un lien supposé avec de très anciens épandages de boues de stations d’épuration.

Un risque de dépendance vis-à-vis de la Russie

L’objectif de réduire la teneur en cadmium des engrais phosphatés pose certaines difficultés, la plus importante étant d’ordre géopolitique. Quelque 450 000 tonnes devraient être consommées cette année, d’après les fabricants. Or 70 % à 80 % de l’approvisionnement sont assurés historiquement par l’Afrique du Nord (Maroc, Tunisie, Algérie). Problème : ces gisements présentent des teneurs élevées en cadmium, entre 30 et 80 mg/kg de roche phosphatée. Le reste de notre approvisionnement vient surtout de Russie. Une origine intéressante car affichant une moindre contamination au cadmium, entre 10 et 20 mg/kg. Mais à trop vouloir réduire la teneur maximale dans les engrais, l’UE va se trouver « en totale dépendance vis-à-vis de l’approvisionnement russe », craint-on à l’Unifa. Or les relations diplomatiques et économiques avec la Russie sont loin d’être au beau fixe.

Reste la solution technique de la décadmiation. Elle n’est toutefois envisageable que pour l’acide phosphorique, produit issu de la transformation de la roche phosphatée. Encore faudrait-il améliorer les techniques actuelles, qui ne garantissent pas, pour l’heure, une capacité de traitement à l’échelle industrielle.

Vers une teneur maximale en cadmium de 60 mg/kg d’engrais