Le budget du ministère de l’Agriculture devrait connaître une hausse de 4 % l’année prochaine, avec notamment des moyens supplémentaires mis sur la sécurité sanitaire ou l’enseignement agricole. L’INAO pourrait perdre sa taxe affectée, mais l’État promet de compenser « à l’euro près ».
Avec 4,8 milliards d’euros d’autorisations d’engagements prévus dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2020, le budget du ministère de l’Agriculture sera en hausse de 4,1 %, a indiqué Didier Guillaume le 27 septembre lors d’une conférence de presse. « C’est un signal politique fort, le budget de l’agriculture est en hausse dans une période difficile », a-t-il notamment estimé, désignant la « transition agroécologique », la « sécurité sanitaire » et la « formation » agricole comme les grands enjeux visés.
Le ministère de l’Agriculture devrait par ailleurs supprimer l’année prochaine 190 équivalents temps pleins (ETP) dans ses effectifs et 190 dans ses opérateurs, sur 45 000 emplois. Des évolutions auxquelles « nous nous étions préparés », a indiqué Didier Guillaume, celles-ci faisant partie de baisse d’effectifs pluriannuels, en lien avec la promesse présidentielle d’une réduction du nombre de fonctionnaires sur le quinquennat.
+ 27 M€ pour la sécurité sanitaire
Dans le détail, le budget devrait comprendre « 27 millions euros supplémentaires » pour la sécurité sanitaire. Un domaine qui comprend notamment « la prévention des épizooties », comme la peste porcine africaine (PPA), la lutte contre la bactérie Xylella fastidiosa ou encore la hausse des contrôles sanitaires liés à un possible Brexit dur. Pour ce dernier cas, le PLF 2020 prévoit « 320 emplois supplémentaires » et « jusqu’à 340 000 contrôles supplémentaires par an aux frontières », a précisé Didier Guillaume. L’enveloppe budgétaire consacrée aux enjeux sanitaires comprendrait en tout 570 millions d’euros pour 2020.
+ 13 M€ pour l’enseignement agricole
Les crédits de l’enseignement agricole devraient par ailleurs augmenter de 13 millions d’euros, le ministre précisant que le nombre d’inscrits dans des lycées agricoles avait augmenté pour la première fois « depuis 10 ans », ce chiffre augmentant de 500 élèves l’année dernière, contre une baisse de 4 000 en 2018. « Nous avons réussi à faire passer les formations agricoles comme des primo choix », a-t-il estimé, citant notamment la campagne de communication « L’aventure du vivant » lancé par le ministère en début d’année et cherchant à mettre en avant les formations agricoles. Conformément à l’objectif fixé par l’Agenda rural présenté par le gouvernement le 20 septembre, l’objectif affiché est d’accueillir 200 000 élèves dans l’enseignement agricole d’ici 2022.
+ 6 M€ pour le pastoralisme et la prévention de la prédation
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Concernant l’agroécologie, des budgets supplémentaires sont alloués au titre du réengagement des contrats MAEC qui arrivent à échéance en 2019. 232 millions d’euros devraient ainsi y être consacrés ainsi qu’aux aides pour les conversions à l’agriculture biologique, sur les 620 millions d’euros de contreparties nationales au second pilier de la Pac annoncé par le PLF pour 2020. Une hausse de 6 millions d’euros des crédits destinés au pastoralisme et à la prévention de la prédation est également annoncée. Enfin, le PLF 2020 devrait pérenniser le doublement de la somme alloué au fonds avenir Bio réalisé en 2019, soit 8 millions d’euros.
L’INAO perd sa taxe affectée, mais l’État compensera
Autre évolution prévue par le PLF, l’INAO, l’institut national en charges des signes officiels de qualité et d’origine (Siqo), pourrait perdre sa taxe affectée. Toutefois, précise-t-on au cabinet du ministre de l’Agriculture, l’État « compensera à l’euro près » et la gouvernance restera inchangée. Cette taxe est collectée au travers de droits sur les productions sous Siqo. En 2015, cette taxe affectée ne représentait que 23 % des recettes de l’INAO, indique l’institution sur son site ; le reste des recettes provenait des dotations du ministère de l’Agriculture (72 %). Cette décision s’inscrit notamment dans l’une des priorités fixées par le gouvernement dans le cadre de ses PLF, la suppression des taxes à faible rendement.
Le ministère va supprimer 190 équivalents temps pleins dans ses effectifs et 190 dans ses opérateurs
Gestion des risques : « Notre système est à bout de souffle »
Sur la gestion des risques, la provision pour aléas du ministère de l’Agriculture, qui vient abonder le fonds des calamités agricoles (FNGRA) en cas de crise majeure, serait de 175 millions euros en 2020. Somme à laquelle il faut ajouter les 60 millions d’euros abondés par les agriculteurs pour ce même fonds via la prime qu’ils paient sur leurs cotisations d’assurance pour les bâtiments ou véhicules. « L’année dernière nous avons versé plus de 200 millions d’euros » au titre des calamités agricoles, a indiqué Didier Guillaume. « Notre système est à bout de souffle, ce n’est pas au public de financer cela », a-t-il ajouté, rappelant la consultation lancée avec le monde agricole pour parvenir à « une assurance généralisée, mutualisée » d’ici la fin de l’année. « Si notre assurance se met en place assez vite on espère verser beaucoup moins. Sinon, je pense que 200 millions cela ne suffira pas », a-t-il par ailleurs indiqué en prévision de l’année prochaine.