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STRATÉGIE/CHARCUTERIE À Cambrai, Fleury-Michon poursuit son opération « transparence »

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Poursuivant sa démarche de transparence engagée avec le surimi, Fleury-Michon vient d'ouvrir à la presse les portes de sa toute nouvelle usine de Cambrai. Une première depuis la mise en route de l'usine en novembre 2012 ! Le groupe vendéen lève ainsi un coin du voile sur la lente fabrication de son jambon supérieur, sorti des lignes 7 à 10 jours après l'entrée des matières premières.

FLEURY-MICHON milite désormais pour le « venez vérifier » ! Après avoir dévoilé sa nouvelle campagne de communication destinée à restaurer l'image du surimi (voir Agra Alimentation du 20 mars 2014), le groupe vendéen vient de lever un coin du voile sur ses lignes « jambons » de son tout nouveau site nordiste.

C'est assurément un changement radical pour le n°1 de la charcuterie française qui a toujours cultivé le secret entourant ses savoir-faire, mais qui se dit à présent prêt à ouvrir les portes d'autres sites français.

Le pari n'est pas sans risque, mais totalement assumé, notamment par David Garbous arrivé en novembre 2012 fort de son expérience « fleur de colza » chez Lesieur.

Il y a fait la preuve que le consommateur achetait, consciemment ou inconsciemment, « l'écosystème autour du produit ». Et ce que David Garbous a bâti dans l'huile, le directeur du marketing stratégique voudrait l'adapter dans le groupe de Pouzauges en tentant de combattre l'idée largement répandue que « l'industriel fait peur ».

L'ÉTAPE N°1 D'UN GRAND PROJET

À Cambrai, son 8e site français, Fleury-Michon monte progressivement en puissance. Implantée aux pieds de l'autoroute Paris-Bruxelles et à quelques kilomètres de l'axe Calais-Reims, la nouvelle usine a été mise en service le 5 novembre 2012 après 18 mois de construction. « Nous produisons actuellement 3000t de jambon/an », révèle Alex Joannis, directeur général de l'activité charcuterie en précisant : « Notre volonté géostratégique nous a amenés à nous implanter dans le nord ». Totalement dédiée jusqu'à présent à la fabrication de jambon supérieur, l'usine possède une capacité de production de 10 000T/an.

Au carrefour de ces axes majeurs, Fleury-Michon vise les marchés de l'Europe du Nord, tout comme Florette, son voisin immédiat, l'avait ciblé dès 2005. Et pour cela, le groupe familial qui souhaite « être souple, flexible, et réactif », a quitté pour la première fois le grand Ouest avec certes la volonté d'être « multiproduction », mais aussi en tenant compte de l'évolution des marchés.

« C'est l'étape N°1 d'un grand projet qui respecte nos valeurs et notre référentiel qualité », explique Alexis Joannis tout en précisant que ce « pôle industriel autonome est parfaitement intégré au dispositif industriel de l'activité de Fleury-Michon ».

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LA GREFFE A PRIS

En outre, la construction de ce nouveau site ex-nihilo a permis dès le départ d'apporter de nouveaux process. C'est ainsi que toutes les salles de l'usine ont été informatisées pour une meilleure traçabilité des produits sur la chaîne. Fleury-Michon a prêté également beaucoup d'attention à la dimension environnementale (isolation, récupération des eaux de pluie…).

Quant aux conditions de travail des salariés, Fleury Michon a veillé à la plus grande prise en compte de l'organisation des flux, de l'ergonomie des postes de travail et des process d'automatisation nécessaires pour une sécurité maximum et un meilleur confort de ses 97 salariés actuels.

Enfin, Fleury-Michon a porté une attention toute particulière sur la formation de ses futurs salariés. « On n'a pas recruté sur CV, mais par la méthode du recrutement simulation (MRS) avec un partenariat Pôle Emploi-Direccte », souligne Alex Joannis. La moyenne d'âge du personnel est jeune (33 ans) et féminin à 60% dans le bâtiment de production. Hier salariés de l'industrie automobile et du textile, ils habitent dans un rayon de moins de 20 kms autour de Cambrai. Parallèlement à la construction de l'usine, les salariés ont été formés durant 6 mois minimum : 3 mois en formation initiale et 3 mois en formation complémentaire, pour qu'ils atteignent « un niveau de performance convenable ». « Nous voulions que leur parcours s'inscrive dans la durée de façon à les faire adhérer à notre projet et à notre culture d'entreprise », rappelle le directeur général pour qui aujourd'hui « la greffe a pris ».

LE CATERING EN « STAND BY »

À peine entrée en production, la dernière née du groupe a déjà une longue histoire : annoncée le 16 janvier 2006, son implantation fut gelée deux ans après. Fleury Michon devait initialement y produire des spécialités pour les plateaux repas (catering). Cambrai est idéalement placé : à égale distance entre Roissy, Heathrow et Bruxelles, Fleury-Michon visait la fourniture de plateaux-repas aux compagnies aériennes, une activité alors en pleine expansion ! Mais la crise de 2008 est passée par là : le groupe voyait son résultat net baisser de 50% cette année-là : plus question d'envisager une nouvelle implantation. Fleury-Michon a donc rangé son gros projet de catering en attendant des jours meilleurs, mais n'a pas abandonné l'idée de s'implanter dans ce carrefour stratégique. Le groupe vendéen revient donc à Cambrai en juin 2011, un nouveau projet sous le bras : la charcuterie de porcs et de volailles en libre-service. Les premières tranches de jambon sortiront 18 mois plus tard, soit le 5 novembre 2012.

TROIS MARQUES FORTES À MOINS DE 150 KM !

Herta, Fleury-Michon et Jean Caby sont implantés en Nord-Pas de Calais à moins de 150 km. Trois sites industriels, trois marques fortes mais trois destinées différentes. La présence de Jean Caby est historique dans cette région. Implantée à Saint–André près de Lille, elle est détenue majoritairement par l'américain Eric Steiner (Foxlease Food) à 51%, les autres 49% étant détenus par Campofrio passé en novembre dernier sous pavillon mexicain et chinois. Depuis, un projet de déménagement à Comines (59) est évoqué, tout comme des rumeurs de pourparlers avec la Financière Turenne Lafayette pour son éventuel rachat. À Saint-Pol sur Ternoise (62), Herta est solidement implanté depuis 1976. Avec l'usine alsacienne d'Illkirch, c'est la seule présence française en charcuterie de Nestlé. L'usine qui emploie quelque 1000 salariés vient d'y investir 22 millions d'euros (50 M€ en l'espace de 4 ans) dans la modernisation de son unité jambon (augmentation des capacités et changement de procédé). L'usine qui produit également des lardons et des croque-monsieur a commercialisé 64 500 t/an en 2013.

QUINZE SITES INDUSTRIELS

La Société d'Innovation Culinaire (SIC) est implantée sur un terrain de 11 ha, dont 7 ha sont actuellement clôturés ouvrant toute possibilité à des agrandissements ultérieurs. Les bâtiments couvrent une superficie de 14 000 m2, dont 8400 m2 pour les seuls bâtiments de production. Fleury-Michon y a investi 30 M€ dont 22,3 M€ pour l'infrastructure et les bâtiments et 8,8 M€ pour l'ensemble du process. La SIC de Cambrai est la 8e usine française du groupe, dont 6 sont implantées dans un rayon de 20 km autour de Pouzauges en Vendée, et une en Bretagne (Plélan le Grand). Elle est dirigée par Christian Gour-lay. Breton d'origine, il est entré dans le groupe en 2000 où il avait la responsabilité des achats. Il fut le premier salarié Fleury-Michon à intégrer les bureaux provisoires installés sur la zone industrielle Acti-pôle de Cambrai. Au total, Fleury-Michon possède 15 sites industriels dont 7 à l'étranger : une filiale au Canada (Delta Daily Food spécialisée dans la restauration embarquée), une plateforme industrielle en Slovénie, une JV en Espagne (Valence), une filiale en Italie (au sud de Milan consécutive au rachat de Fres.Co, le leader italien du traiteur frais, en 2013). Fleury-Michon a réalisé un chiffre d'affaires de 697,9 M€ (+1,0%) et dégagé un résultat net de 1,9 M€ en 2013 et compte 3730 collaborateurs.