Annoncée en juillet dernier , la fusion de Groupe Smithfield Holdings (GSH), propriétaire en France du Groupe Aoste et de Campofrio, leader espagnol de la charcuterie, vient de prendre corps, grâce à la création de la nouvelle société Campofrio Food Group, cotée à Madrid et à Barcelone. Les autorités boursières espagnoles, en autorisant l’américain Smithfield Foods à détenir 37% du capital de la société sans lancer d’OPA, ont donné leur feu vert à l’opération. « Notre principal objectif, pour 2009, est de mener à bien cette fusion et d’intégrer nos activités et nos équipes dans un seul ensemble. Il s’agit de suivre une “troisième voie”, qui n’est ni celle du Groupe Smithfield, ni celle de Campofrio, mais celle de la nouvelle entité », explique dans un entretien Robert Sharpe, son directeur général. A plus long terme, Campofrio Food Group, numéro un de la charcuterie en Europe avec une part de marché estimée à 3 à 4%, n’exclut pas des acquisitions tactiques pour consolider sa place de leader pan-européen (devant Herta et Fleury Michon).
Alors que le secteur de la charcuterie est caractérisé par l’importance des acteurs nationaux voire locaux et par le poids des marques de distributeurs, la création de Campofrio Food Group donne naissance au premier leader pan-européen du secteur. Avec un chiffre d’affaires de 2,1 milliards d’euros, 33 usines réparties dans 6 pays, et une production de 500 000 tonnes, Campofrio Food Group figure dans le top 5 du secteur de la charcuterie à l’échelle mondiale et accède au podium des leaders européens de l’industrie agroalimentaire.
Cette opération financière devait obtenir une dérogation des autorités de marchés espagnoles. C’est chose faite depuis le 10 décembre. La « Comision Nacional del Mercado de Valores » a accepté que l’américain Smithfields Foods, détenteur, avant la fusion de 50% de GSH et de 24% de Campofrio, et, à l’issue de l’opération de 37% du nouvel ensemble, soit exempté de l’obligation (fixée à un seuil de 30% en Espagne) de lancer une OPA sur 100% du capital.
Un plan pour dégager 41 M EUR de synergies
« Il y a cinq mois, cette fusion n’était qu’un projet. Aujourd’hui nous parlons d’une réalité commerciale, d’une compagnie effectivement destinée à être leader sur son secteur et dont la volonté est de créer de la valeur pour les actionnaires et toutes les parties prenantes », souligne Robert Sharpe, directeur général de la nouvelle entité, présidé par Pedro Ballvé, ex-président de Campofrio.
« Nous disposons désormais d’un comité de direction et d’un plan d’action », note Robert Sharpe, ex-directeur général de GSH et administrateur depuis cinq ans de Campofrio. Depuis septembre, une centaine de cadres et de managers des deux entreprises, ont « planché » sur les orientations de la future holding. De ces réunions, sont sortis un plan d’action et des objectifs précis. Le nouveau groupe compte dégager des synergies de 41 millions d’euros d’ici 2012.
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Il mise sur deux types de synergies : celles provenant d’une réduction des coûts (conditions d’achats, process industriels, frais généraux), et celles issues des avantages commerciaux tirés de cette fusion. Ces économies proviendront essentiellement du transfert du siège du groupe Smithfield Holdings de Paris vers Madrid et de la rationalisation des structures. Au Portugal, Nobre, filiale de GSH absorbera par exemple l’activité portugaise de Campofrio. De même, les forces de vente du Groupe Aoste en Espagne et de Campofrio en France vont être intégrées aux équipes françaises et espagnoles. « Les deux entreprises étaient complémentaires et ne réalisent qu’une part minime de leur activité à l’export de part et d’autre de la frontière, moins de 3% seulement, souligne Robert Sharpe. A l’avenir, nous saurons valoriser les spécialités développées par Campofrio (chorizo, jambon serrano, jambon iberico…) auprès des distributeurs français ».
2009 : des performances supérieures au marché
Le contexte économique morose ne devrait pourtant pas faciliter la tâche du nouveau groupe. « Alors qu’historiquement, le marché européen de la charcuterie progressait sur un rythme de 1,5 à 2% par an, nous devrions assister à une stagnation de la consommation en 2009. Notre objectif, pour 2009, est de faire mieux que le marché avec une progression de l’ordre de 1% grâce aux innovations et aux nouvelles catégories de produits que nous développons avec nos clients, les distributeurs », souligne Robert Sharpe.
Pour gagner de nouvelles parts de marché, le groupe compte à la fois sur la notoriété de ses marques (Aoste, Justin Bridou, Cochonou …), mais aussi sur son positionnement sur des produits de spécialités (chorizo, jambon serrano,…). « Dans le secteur de la charcuterie, les habitudes de consommation restent très nationales voire régionales », explique Robert Sharpe. Il mise également sur les produits à marques de distributeurs qui représentent déjà 45% de ses ventes. « Le groupe développera en parallèle ses marques (55% du CA) et les produits à marques d’enseigne, afin d’apporter une approche de category management en charcuterie ».
Enfin, tenté voici quelques mois par le rachat de Madrange, Robert Sharpe n’exclut pas de faire de nouvelles acquisitions si des opportunités se présentaient. « Nous ne fermons pas la porte. Car la consolidation du secteur de la charcuterie n’en est qu’à ses débuts : la distribution se concentre, les consommateurs attendent de nouveaux services et les entreprises de petite taille auront plus de mal à suivre ses évolutions ». Dans ce contexte, Campofrio Food Group s’est fixé une feuille de route claire : être un acteur incontournable du secteur.