Une agence de l'OMS spécialisée dans les cancers a publié une première évaluation de la cancérogénicité de la consommation de viande rouge et de viandes transformées. Le danger est avéré pour la viande transformée, et probable pour la viande rouge. Toutefois, le risque est jugé « faible » par le Circ, et le ministre de l'Agriculture a mis en garde contre la « panique » que pourrait provoquer cette étude.
Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) spécialiste du cancer, a publié, le 26 octobre, sa première évaluation de la cancérogénicité de la consommation de viande rouge et de viandes transformées (toutes viandes). Ces deux évaluations avaient été recommandées en 2014 par un comité consultatif international ; bien que les risques fussent jugés faibles par le comité, celui-ci a jugé qu'ils pouvaient être importants pour la santé publique « parce que beaucoup de personnes dans le monde consommaient de la viande et que le consommation de viande est en augmentation dans les pays à revenu faible et intermédiaire », explique un communiqué du Circ. À l'issue de cette évaluation, les viandes transformées ont été évaluées « cancérogènes pour l'homme ». Et la viande rouge (bœuf, veau, porc, agneau, mouton, cheval, chèvre) a été évaluée « probablement cancérogène ».
PAS DE PANIQUE
Le jour de la publication, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a mis en garde contre la « panique » que pourrait provoquer cette étude. « Je ne veux pas qu'un rapport comme celui-là mette encore plus la panique chez les gens », a déclaré le ministre lors d'une rencontre avec la presse. Au-delà d'un certain niveau de consommation, on peut avoir un cancer. On le savait déjà. On peut et on doit consommer de la viande mais on doit le faire de manière raisonnable », a-t-il ajouté. Le ministre a plaidé pour la mise en place de recommandations sur la fréquence de consommation. La viande rouge a été principalement associée au cancer colorectal, mais aussi aux cancers du pancréas et de la prostate. La définition des viandes transformées est particulièrement large : on y trouve les charcuteries (saison, maturation, fermentation, fumaison...) mais aussi les viandes en conserve, les préparations et conserves à base de viande.
LE DANGER EXISTE, LE RISQUE EST FAIBLE
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La classification du Circ indique le degré de certitude selon lequel un agent peut provoquer le cancer (le danger), mais pas la probabilité qu'un cancer survienne (le risque). « La viande transformée a été classée dans la même catégorie que d'autres agents, causes de cancer, comme le tabagisme ou l'amiante, mais cela ne signifie pas pour autant qu'ils sont aussi dangereux », précise le Circ. Cet organisme mesure seulement la solidité des liens observés par les scientifiques entre l'apparition de cancer et l'exposition à un produit. Par exemple, le classement « cancérogène» (associé aux viandes transformées) indique que l'on dispose d'indications convaincantes qu'un agent cause le cancer chez l'homme ; ces indications peuvent provenir d'une étude épidémiologique, ou de « données probantes » sur les effets d'un agent sur le développement du cancer chez l'homme. En revanche, le classement cancérogène « probable » signifie que l'apparition de cancer a pu être associée statistiquement avec le produit concerné, mais que d'autres explications n'ont pas pu être exclues.
VIANDE TRANSFORMÉE : 34 000 DÉCÈS PAR AN
Le Circ estime le danger, mais pas le risque ; toutefois, il donne quelques indications du risque que représente la consommation de ces produits. « Chaque portion de 50 grammes de viande transformée consommée quotidiennement accroît le risque de cancer colorectal de 18% », précise par exemple le Circ dans sa communication, s'appuyant sur une compilation de 10 études menées sur le sujet. Pour un individu, « le risque de développer un cancer colorectal en raison de sa consommation de viande transformée reste faible, mais ce risque augmente avec la quantité de viande consommée », explique le chef des programmes de monographies du Circ. Selon les estimations du Global burden of disease project, organisme de recherche universitaire indépendant, cité par le Circ, 34 000 décès par cancer par an environ dans le monde sont imputables « à une alimentation riche en viandes transformées » (1 million de décès par an pour le tabac).