Pierre Lebailly est coordinateur de l’étude Agrican sur les activités agricoles et le risque de cancers en milieu agricole (lire l’encadré). Dans ce cadre, plus de 180 000 affiliés du régime agricole sont suivis depuis 2005 par les scientifiques, entre autres, pour étudier le risque de cancers liés à l’utilisation des pesticides. Le chercheur revient avec Agra Presse sur les principaux résultats obtenus et les projets à venir « maladie par maladie ».
Cancer de la prostate : l’utilisation des pesticides augmente le risque
« Clairement, il n’y a aucune raison scientifique que le cancer de la prostate ne soit pas reconnu maladie professionnelle liée à l’utilisation de pesticides », affirme Pierre Lebailly. L’expertise collective de l’Inserm en 2013 concluait à des présomptions fortes pour ces cancers. Les scientifiques d’Agrican ont observé un lien entre le développement de ce type de cancer et l’utilisation de phytos (pulvérisation et traitement de semences) sur blé, orge, prairies, pommes de terre et tournesol. L’étape d’après, dit-il, serait d’identifier les molécules responsables. En arboriculture fruitière, le risque est augmenté pour les travaux de cueillette et d’utilisation de pesticides.
Cancer de la vessie : un lien montré avec l’utilisation de phytos en général
En légumes de plein champ et sous serre, un lien entre le risque de développement du cancer de la vessie et l’utilisation de phytos en général a été montré. Le cancer de la vessie est plus fréquent chez les viticulteurs, les producteurs de pommes de terre et les arboriculteurs qui avaient déclaré utiliser des pesticides à l’époque où les dérivés de l’arsenic étaient autorisés, jusque dans les années soixante-dix pour l’arboriculture et les pommes de terre et jusqu’au début des années 2000 en viticulture.
Cancer du sein : très peu d’études existent
Les études sur le lien entre développement de cancers du sein et utilisation de phytos sont peu nombreuses car les femmes sont peu utilisatrices de pesticides. Elles sont exposées lors des travaux de ré-entrée dans les parcelles ce qui est mal étudié jusqu’à présent. Pierre Lebailly rappelle que le cancer du sein serait moins fréquent en milieu agricole que dans la population générale. Par ailleurs, ce type de cancers est plus compliqué à étudier car « il y a peu de femmes utilisatrices, mais aussi car il s’agit d’un cancer complexe et qui fait l’objet d’un dépistage auquel les agricultrices participent moins. » Il conclut : « Nous devons aller plus loin. »
Cancer du poumon : les pesticides « ne semblent pas impliqués »
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La population agricole est moins malade du cancer du poumon que la population générale. Néanmoins, des études sont en cours pour tenter de comprendre une plus grande présence du cancer du poumon chez les producteurs de protéagineux. « On a des pistes. En revanche, les pesticides ne semblent pas impliqués dans ce secteur », affirme le chercheur. Par contre, certains cancers pulmonaires seraient plus fréquents chez les viticulteurs, détaille-t-il.
Cancer du cerveau et myélomes multiples (1) : des travaux sont en cours
Le lien entre utilisation des pesticides et cancer du cerveau ou myélomes multiples (un sous-groupe des lymphomes non hodgkiniens (2)) n’est pas établi. Des études sont en cours.
(1) Myélomes multiples : cancers de la moelle osseuse
(2) Les lymphomes se composent en lymphomes hodgkiniens et lymphomes non hogkiniens. Ces derniers sont inscrits dans le tableau de maladies professionnelles agricoles lié à l’utilisation de pesticides.
Agrican est la plus vaste cohorte prospective sur la santé en milieu agricole du monde
La cohorte Agrican est composée de plus de 180 000 affiliés à la Mutualité sociale agricole dont 88 % travaillent dans une exploitation agricole (61 % non salariés et 39 % salariés). L’inclusion des individus dans la cohorte s’est faite entre 2005 et 2007 et l’étude se poursuit encore. L’objectif de l’étude est d’apporter « davantage de résultats et de connaissances sur les maladies en milieu agricole », selon un document de présentation. Ainsi, il s’agit de « la plus vaste cohorte prospective » agricole au niveau international. Aux États-Unis, la cohorte Agricultural Health Study mise en place dans les années 1990 inclut un peu moins de 60 000 agriculteurs utilisateurs de pesticides.