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Produits laitiers/Restructuration Candia ferme trois usines, la restructuration sera-t-elle suffisante ?

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Sodiaal annonce la fermeture de trois sites et une réduction de ses effectifs de plus de 20 %. Si la restructuration était attendue, elle n’en constitue pas moins un nouveau coup dur pour l’agroalimentaire hexagonal après des dossiers comme ceux de Doux et d’Andros. La concurrence allemande et la pression de la distribution sont mises en cause. Mais les industriels ont aussi eux-mêmes accéléré les difficultés en se reportant sur le lait de consommation quand les cours de la poudre ont baissé.

En 2011, Candia, qui a réalisé 1,2 Md EUR de chiffre d’affaires, a enregistré un résultat opérationnel de 10 M EUR (soit une marge opérationnelle extrêmement faible). Cette année, c’est sur une perte opérationnelle de 26 M EUR que devrait se clore l’exercice, pour un chiffre d’affaires équivalent. « Restructurer l’entreprise est une affaire de survie pour Candia », nous a indiqué un porte-parole du groupe.
Candia a ainsi annoncé le 8 novembre la fermeture de trois sites sur huit et une réduction des effectifs de plus de 20 %. L’entreprise envisage en effet de supprimer 313 emplois sur 1 450. Les sites concernés sont ceux de Saint-Yorre (Allier), racheté en 2009 (Comalait), celui de Villefranche-sur-Saône (Rhône) repris en 2010 suite au démantèlement de l’URCVL, et celui du Lude (Sarthe). Les producteurs de lait, qui sont également les actionnaires de Sodiaal, eux, ne devraient pas être touchés. Mais ils ont déjà dû subir une baisse du prix du lait de 5 euros par litre annoncée fin août.

Des difficultés structurelles accélérées par les arbitrages poudre/lait de consommation

Candia n’est pas le seul producteur de lait de consommation en difficulté. La semaine passée, les syndicats de Terra Lacta (1) exprimaient leurs inquiétudes pour l’avenir de cette activité.
Il faut dire que le marché est en déclin : entre - 1,5 et - 2 % par an depuis dix ans.
« Nous subissons des tensions sur les prix avec l’arrivée sur le marché de concurrents étrangers comme la MUH, dont l’usine est géante, avec une capacité de 1,2 Md l, et la pression des distributeurs. Aujourd’hui, nous ne sommes plus compétitifs sur les MDD et les premiers prix, qui représentent 70 % des volumes de Candia », explique un porte parole (Candia produit 1,5 Md l de lait chaque année, soit 30 % de la collecte de Sodiaal).
Autre explication possible, la concurrence acharnée que se sont livrés les industriels sur le lait de consommation. Quand les prix de la poudre ont baissé, ils ont préféré se reporter sur le lait de consommation et ont cassé le prix pour écouler leur volume. Un scénario confirmé par la CFDT et que la direction ne dément pas. En fait, les distributeurs n’auraient eu qu’à cueillir les fruits de la guerre des prix déclenchée par les industriels. Guerre des prix dont ils pâtissent aujourd’hui.

La concurrence de l’Allemagne destructrice de valeur

La concurrence de l’Allemagne, notamment du lait transformé à la MUH (1), fait peur. « Ils vendent les premiers prix 38 à 40 cts le litre, quand nous devons le vendre à 44 centimes pour ne pas perdre d’argent », estime Yvon Gérard, délégué syndical central FGA-CFDT chez Candia. « On a vu des briques de lait en provenance de la MUH à 50 centimes chez Leclerc cet été, alors qu’il est normalement vendu au moins 55 centimes. Cela représente une baisse de prix de 10 % ! », s’insurge la direction.
Pourtant, les coopérateurs de la MUH ont connu eux aussi des déboires. Ils ont dû affronter une baisse du prix du lait, et ont finalement fait le choix de fusionner avec Arla.
Candia prévoit d’investir 60 M EUR sur 2013/2014 pour améliorer la productivité des cinq sites restants, soit une enveloppe d’investissement annuelle multipliée par deux par rapport aux dernières années. L’entreprise annonce également la création de 75 postes, sans donner plus de détails.

Sodiaal doit mieux valoriser sa production

Mais du côté des syndicats, on est amer. « Il faut impérativement que les coopératives se regroupent. On a pris beaucoup de retard », se désole Yvon Gérard. « Regardez Terra Lacta et Eurial, il y avait de belles choses à faire. Le problème de Candia n’est pas nouveau. Si les restructurations avaient été menées en temps et en heure, on aurait pu faire les choses différemment. Là, la décision est prise à cause des mauvais résultats. Le marché du lait de consommation s’est effondré et la matière grasse n’est pas suffisamment valorisée. Sur les – 26 M EUR de résultat courant, 18 M EUR sont liés à la mauvaise valorisation des excédents de matière grasse. Il nous faudrait une marque nationale comme Paysan Breton ou Président. Sodiaal est trop dépendant des commodités », analyse le syndicaliste.
Comme d’autres, il questionne la pertinence des rachats de Saint Yorre et Villefranche sur Saône. « Il s’agissait surtout d’éliminer un concurrent et d’éviter que quelqu’un d’autre ne mette la main sur la marque Marguerite. Mais le site de Saint-Yorre avait des problèmes de fonctionnement, il n’avait pas été bien entretenu. Et tout cela a coûté de l’argent. »

La CFDT craint que la restructuration ne soit pas suffisante

Le problème pour Yvon Gérard, c’est que « la restructuration de Candia ne sera malheureusement sans doute pas suffisante. Le groupe perd beaucoup d’argent sur la matière grasse. C’est peut être une stratégie pour prévenir les producteurs que cela ne va pas. Après tout, ce sont eux les actionnaires. Le prix du lait a déjà baissé, mais je ne pense pas que cela sera suffisant ».
Selon Rik Deraeve, délégué syndical central FO interrogé par l’AFP, la direction a évoqué « des pistes » pour des repreneurs à Saint-Yorre et Villefranche-sur-Saône qui y installeraient une autre activité, mais sans donner plus de détail. Il a également indiqué qu’un nouveau CCE extraordinaire était programmé le 23 novembre toute la journée au siège parisien de Candia.
Les syndicats vont formuler des propositions. « La partie intéressante de Lude, sur la crème liquide UHT, va être déplacée à Pau. Ce n’est pas logique pour servir le nord de la France et de l’Europe et c’est dommage. S’il y a un souci à Pau, il n’y aura plus de site en back up. Et Lude est quand même dans la région de la crème ! On ne peut pas en dire autant de Pau. Nous réclamons que soit maintenu un pôle matière grasse à Lude, et un travail en association avec d’autres coopératives comme Eurial ou Terra Lacta. Avec un produit UHT, l’export est possible. Si nous unissons nos forces industrielles, de recherche, commerciales, il y a quelque chose de possible ». La direction plaide, elle, que l’activité crème du Lude est très restreinte. Les divergences ne vont pas manquer. Reste à savoir si les difficultés rencontrées par les coopératives dans le lait de consommation leur donneront le coup de fouet nécessaire pour passer outre les rivalités de terroir et, enfin, s’associer. Et si elles auront les moyens de le faire dans de bonnes conditions. « Il y a deux sociétés à redresser. Pour Nutribio, le diagnostic est fait et le plan de redressement est en route. Le cas du lait de consommation est plus problématique. Nous encaissons de plein fouet la volatilité et la contagion du marché allemand. La consolidation continue avec Lactalis et Parmalat ou encore Arla et la MUH. Nous avons la taille critique pour envisager des discussions avec d’éventuels partenaires en France et à l’étranger », avait conclu François Iches, président de Sodiaal, lors de l’assemblée générale du mois de juin.

(1) Terra Lacta négocie actuellement un partenariat avec Bongrain, hors lait de consommation. Pour ce segment, le nom de Sodiaal a été évoqué.
(1) MUH : Milch Union Hocheifel, une coopérative qui fusionne actuellement avec Arla.

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