Les difficultés du secteur du lait de consommation ne sont pas nouvelles, pas plus que les nécessités d’adaptation à ce contexte délicat, pour des entreprises aussi ciblées sur cette activité que peut l’être Candia. Le numéro un du marché, après avoir fermé un site près de Poitiers l’année dernière, le site de Ressons-sur-Matz en juin dernier, a mis la clé sous la porte de l’atelier d’embouteillage de Clermont-Ferrand. Ce qui est nouveau en revanche, c’est la décision de la filiale de Sodiaal d’investir vingt millions d’euros dans la création d’une nouvelle ligne de production sur le site de Vienne, qui permettra la production de 100 millions de litres de lait en bouteille par an. Une réponse à l’évolution de la consommation, qui boude la brique au profit de la bouteille.
En six ans, le marché de la brique de lait a perdu 14 % en France. Un constat délicat pour un groupe aussi fort en « lait de conso » que Candia, dont les déficits s’alourdissent davantage chaque année. Alors, après un rapprochement avec Orlait Cf. Agra alimentation n°1932 du 08 juin 2006, p. Une, le numéro trois du marché, qui a pris en charge la commercialisation de l’ensemble des laits premier prix et MDD des deux entités afin de mieux résister à la grande distribution, le groupe coopératif s’est attaqué au volet de la rationalisation industrielle : la fermeture de deux sites est entérinée et un fort investissement sur le site de Vienne avalisé.
Vienne prend de la bouteille
L’atelier d’embouteillage de Clermont-Ferrand ne tourne plus. Ne pouvant être agrandi, car installé au sein d’une usine beurrière, le site fermera ses portes d’ici la fin du mois. Mais tout ne s’arrête pas, au contraire. Alors que la tendance de consommation de lait en bouteille est à la hausse, il fallait pouvoir agrandir les capacités de production, et c’est l’usine de Vienne, la plus grosse du groupe avec une capacité de production de 250 millions de briques par an, qui va profiter de ce rééquilibrage de la consommation. Vingt millions d’euros (dont plus de 11 M EUR d’investissement matériel) vont être investis sur le site isérois afin de développer une nouvelle ligne de production d’une capacité de 100 millions de litres annuels, soit un peu moins du double de la production auvergnate. La nouvelle chaîne aura également la capacité de produire plusieurs types de conditionnement, 50 cl et 1 litre. Comme pour attester de la logique de ce mouvement géographique, Jacques Caillaud, responsable de la communication du groupe Sodiaal, rappelle qu’ « après la fermeture d’une usine près de Poitiers l’an passé, ce sont les 84 employés du site de Ressons-sur-Matz (60), qui disposait d’une capacité de 120 millions de briques, qui ont dû quitter l’usine cet été ». Il ne s’agit pas d’une restructuration de petite envergure.
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Coup de pouce public à l’investissement
Il semblerait d’ailleurs que d’autres l’aient compris, puisque les pouvoirs publics ont décidé de faire un geste. Pour financer son investissement, Candia pourra bénéficier d’une subvention européenne d’1 M EUR sous réserve d’obtenir des financements nationaux équivalents. L’Etat a donc mobilisé 333 K EUR au titre de la Prime d’orientation agricole, la communauté d’agglomération du Pays viennois contribuera à hauteur de 133 K EUR, la région Rhône-Alpes apportera 266 K EUR, de même que le Conseil Général de l’Isère. Un moyen pour les collectivités locales de soutenir les producteurs de la région, de sécuriser des emplois et de donner un « coup de pouce très sensible » au fabricant de lait, reconnaît Jacques Caillaud.
Des perspectives floues
Quant au retour à l’équilibre de Candia, il est simplement possible de le souhaiter. « La rationalisation conséquente que nous menons conduit à une amélioration certaine de la rentabilité. Nous avons pris depuis 1 an et demi des décisions qui nous mettent dans une situation meilleure eu égard à nos caractéristiques (une société coopérative, historiquement forte sur le lait…)», affirme le responsable de la communication. « Mais l’avenir est une équation à multiples inconnues. Nous ne savons pas comment évoluera la production en 2007, en fonction des quotas, du découplage…, nous sommes soumis aux aléas climatiques, au niveau de cotation des produits industriels, et les surcapacités monstrueuses sur le marché, conséquences directes de la PAC, soit 500 millions de litres environ sur un total de 3,2 milliards, produites fin 2004 début 2005, ne sont pas non plus une mince affaire », ajoute-t-il. L’activité lait est également suspendue au prix de vente industriel des « low-costs » qui pèsent tant sur le marché que sur Candia. « Nous pouvons espérer un mieux », conclut enfin Jacques Caillaud, mais atteindre l’objectif zéro à l’horizon 2007, rien n’est moins certain.