La forte canicule de juin 2026 a causé des hécatombes, surtout dans l’aviculture du Grand-Ouest. Elle a aussi freiné les productions. Le ministère de l'Agriculture promet des aides à l'équipement des bâtiments.
Alors que la canicule exceptionnelle de juin 2026 s’est achevée, le secteur avicole du Grand-Ouest, premier sinistré, délivre un premier bilan. « Nous comptabilisons entre 2,5 et 3 millions de volailles victimes de la canicule dans le grand Ouest », informe Yann Nedelec, directeur d’Anvol (interprofession de la volaille de chair) dans un SMS à Agra Presse. Il précise que c’est « moins de 1 % de la production annuelle nationale ». Le Morbihan ayant été un des départements les plus touchés, la préfecture informe qu’au 1er juillet, 225 élevages avicoles avaient présenté une surmortalité liée à la canicule pour un poids total de 1 880 tonnes. Questionné sur les équipements, Yann Nedelec constate que les systèmes de brumisation, les turbines, etc., ne manquent pas. « Mais l’intensité de cette canicule a dépassé les prévisions et l’âge des poulaillers, leurs orientations, etc. sont aussi des facteurs de risque. Les éleveurs doivent donc poursuivre et optimiser les dispositifs pour faire face », poursuit-il. Il mentionne en particulier le cooling [parois d’alvéoles où circule de l’eau qui s’évapore par une puissante extraction d’air] beaucoup plus pratiqué en Espagne qu’en France, en remarquant que « cela a un coût ».
L’élevage en plein air sait faire face
S’agissant de l’élevage avicole en plein air, Benoît Drouin, président du Synalaf (volailles et œufs labellisés), relativise la surmortalité dans les élevages avicoles de plein air : « Les éleveurs de l’Ouest ont eu des pertes, parce qu’ils ne sont pas habitués aux fortes chaleurs, mais elles sont bien moins importantes que celles dues à la prédation », commente-t-il pour Agra Presse. Il affirme que les volailles élevées en plein air ne sont pas plus exposées au risque de canicule du fait de l’absence de ventilation dynamique dans les bâtiments (puisque ceux-ci sont ouverts). « On n’interdit ni la brumisation, ni la ventilation, et les larges ouvertures des nouveaux bâtiments permettent un meilleur passage de l’air », signale-t-il. Quant aux parcours, il affirme que les arbres et haies offrent ombre et fraîcheur ; « encore faut-il qu’il y ait un souffle d’air dehors », souligne-t-il. Si les implantations se multiplient, certaines sont encore trop jeunes pour protéger les volailles, observe Benoît Drouin, éleveur de la Sarthe.
Les pertes en productivité sont avérées pour toutes espèces, les animaux consommant peu d’aliments ou étant en souffrance quand il fait très chaud. Inaporc (interprofession du porc) annonce « des éléments » de bilan pour la semaine prochaine. Dans la production laitière, l’Idele (Institut de l’élevage) et le Cniel (interprofession) n’ont pas de données à disposition, tandis que FranceAgriMer diffuse en début de chaque mois une note de conjoncture avec les données des laiteries arrêtées un mois avant. « Selon les territoires, les premières remontées font état de baisses de collecte pouvant atteindre 20 % », indique la FNPL (éleveurs) dans un communiqué diffusé le 30 juin.
Lactalis, premier collecteur de lait en France (5 milliards de litres par an), a « observé une baisse de la production de lait d’environ 10 % compte tenu des températures élevées » la semaine dernière, sans impact sur le fonctionnement de ses sites. « Les canicules à répétition mettent à rude épreuve les éleveurs et leurs animaux. Malgré les efforts réalisés dans les fermes pour préserver les troupeaux, les fortes chaleurs entraînent une baisse significative de la production laitière », rappelle la FNPL. Outre le volume de lait, les températures élevées ont un impact sur l’alimentation des animaux, la qualité du lait et la reproduction.
Le ministère de l’Agriculture réagit à la situation exceptionnelle et envisage une augmentation de la fréquence des canicules. Aussi a-t-il annoncé dans un communiqué du 1er juillet diverses « mesures d’urgence et d’anticipation. Pour l’immédiat, « un dispositif d’appui au transport de fourrage » est à l’étude. Et en termes d’équipements, le ministère prépare « un dispositif d’aide destiné aux éleveurs afin de financer les diagnostics ou des équipements permettant de limiter les effets de la chaleur dans les bâtiments d’élevage, notamment par le recours à des prêts de trésorerie », selon un communiqué du 1er juillet » face aux canicules. « Nous allons débloquer dans les jours qui viennent des prêts de trésorerie pour que les agriculteurs, les éleveurs puissent s’équiper en systèmes de brumisation et de ventilation pour se préparer aux prochaines canicules », a dit la ministre Annie Genevard sur BFMTV. Les prêts devraient être garantis par la BPI, la Banque publique d’investissement.
SC, CB
Pertes en volaille : « moins de 1 % de la production annuelle nationale »
Autorisations d’enfouissement face à l'engorgement de l'équarrissage
La préfecture du Morbihan a été la première à assouplir, le 24 juin, les démarches administratives permettant d’enfouir les cadavres de volailles. Mesure qui a été étendue à la Zone de défense et de sécurité Ouest (englobant Bretagne, Centre – Val de Loire, Normandie et Pays de la Loire) où il a été autorisé d’enfouir porcs et volailles entre le 25 juin et le 1er juillet pour un tonnage n’excédant pas 3 tonnes. Il s’agissait d’accélérer le retrait des cadavres (tout en encadrant le risque de pollution des eaux) et de ménager des capacités d’équarrissage pour les autres espèces.