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Carbone : vers des marchés locaux

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Avec un premier appel à projets qui se clôturera en janvier, la méthode Carbon agri pourrait changer la physionomie du marché français du carbone. Des offres locales proposeront une alternative aux entreprises actuellement tournées vers l’international.

Actuellement, les dispositifs de compensation des émissions de carbones sont très tournés vers l’international. Mais Carbon Agri espère inverser la tendance. Cette méthode, la première agréée dans le cadre du label Bas carbone, a été déposée cet été, et un premier appel à projets se clôturera en janvier. Avec cet outil apparaît une nouvelle clé du marché : la volonté d’acteurs français (agriculteurs ou associations) de proposer une offre alternative de compensation.

Problème, les entreprises françaises achèteraient aujourd’hui la tonne de carbone aux alentours de 4 € en moyenne. Or l’Idele, lors de l’annonce du lancement de Carbon Agri cet été, espérait voir des tonnes de carbone vendues « entre 20 et 25 € ». « Certains projets, par exemple, ne sont pas viables avant 10 ou 15 €/t de CO2 », indique également Claudine Foucherot, cheffe de projet Agriculture, à l’Institut de l’Économie pour le Climat (I4CE), qui a participé à l’élaboration de la méthode Carbon Agri.

Les projets énergétiques séduisent

Cette différence apparente ne fait qu’illustrer les prévisions des experts : il n’y aura pas un grand marché national du carbone, mais des marchés locaux, où le prix se construira comme la rencontre des besoins des porteurs de projet et des possibilités des financeurs.

Car sur le marché des crédits carbone, les acheteurs recherchent avant tout le local. Une étude menée par I4CE en 2017 auprès de plus de 200 organisations actives sur le marché du carbone (1) montre que la proximité des projets est un critère essentiel pour plus de la moitié d’entre elles. La même étude précise plus loin que les projets les plus demandés dans le secteur agricole concernent la réduction de la consommation énergétique ainsi que la méthanisation, respectivement pour 69 et 68 % des répondants.

Coopération climatique

« Carbon Agri n’est qu’un outil parmi d’autres, qui n’a pas vocation à résoudre tous les problèmes », souligne Claudine Foucherot. Une analyse partagée par les investisseurs, pour qui, toujours selon l’étude I4CE, la compensation carbone n’est pas la seule fin. Comme le précisent les auteurs, « les co-bénéfices environnementaux, sociaux, et économiques en général sont considérés par au moins 60 % des répondants comme indispensables ou très importants ».

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Pour attirer les financements, les projets devront également trouver les moyens d’assurer leur pérennité. « Avec les aléas météorologiques, et le temps de réponse des systèmes biologiques, il est très risqué de tout miser sur une seule exploitation. C’est un outil de financement collectif, à l’échelle d’un groupe de producteur ou de la coopérative qu’il faut aller chercher », estime Anne Trombini, directrice de l’association Pour une agriculture du vivant, impliquée dans la rédaction de la future méthode bas carbone pour les grandes cultures.

Loin d’être un instrument complexe au service des seuls investisseurs, dans l’esprit de ses architectes, le label bas-carbone n’est donc qu’un moyen supplémentaire de flécher des fonds vers des projets locaux, en complément d’aides existantes, et notamment des aides européennes.

(1) Projet Vocal – Potentiel et déterminants de la demande volontaire en crédits carbone en France, I4CE, 2017

Il n’y aura pas un grand marché national du carbone, mais des marchés locaux

La proximité, un critère essentiel sur le marché des crédits carbone

Label bas carbone : une méthode en grandes cultures d'ici l'été 2020 (organisations)

Les producteurs de grandes cultures et leurs instituts techniques s’engagent pour élaborer la méthode du label bas carbone dans leur secteur, ont-ils indiqué le 5 décembre. Il s’agit de « rédiger une méthode sectorielle grandes cultures d’ici l’été 2020 », selon un communiqué commun de l’AGPB (blé), l’AGPM (maïs), la CGB (betterave), la Fop (oléoprotéagineux) et leurs instituts respectifs Arvalis, ARTB, ITB, Terres Inovia. Lors d’une réunion le 12 décembre avec l’ensemble des acteurs scientifiques et techniques impliqués sur la thématique bas-carbone, les partenaires proposeront « une organisation de travail commune et ouverte à tous pour obtenir du ministère compétent, dans les meilleurs délais, l’approbation indispensable de la méthode en vue du lancement des projets concrets ».