Les deux brasseurs Carlsberg et Heineken projettent de reprendre en consortium la société britannique Scottish & Newcastle, attractive surtout pour sa bière russe Baltika contrôlée par Baltic Beverages Holding (BBH) et pour la marque Kronenbourg, le leader du marché français. Le brasseur britannique jugeant « non bienvenu » ce projet organise sa riposte.
Les grands mouvements de concentration dans le secteur de la bière reprendraient-ils ? Deux à trois ans après le rapprochement entre AmBev et Interbrew ainsi que celui de SABMiller et de Bavaria Cf Agra alimentation n°1892 du 21/07/2008 page 28, et quelques semaines après l’annonce de la co-entreprise américaine entre SABMiller et Molson Coors Cf Agra alimentation n°1990 du 11/10/2007 page 29, les brasseurs Carlsberg et Heineken souhaitent réunir un consortium afin de lancer une OPA sur le groupe britannique Scottich & Newcastle (S&N). « Nous étudions la formation d’un consortium afin de présenter une offre sur Scottish & Newcastle, probablement en cash », ont indiqué les deux groupes dans un communiqué, précisant qu’aucune offre n’avait pour l’instant été formulée.
Les deux groupes se sont déjà mis d’accord sur la répartition des activités du britannique. Carlsberg reprendrait la participation de S&N au sein de sa filiale Baltic Beverages Holding (BBH) qui contrôle notamment la convoitée bière russe Baltika, mais également ses activités en Grèce et surtout en France, à savoir les brasseries Kronenbourg, numéro un dans l’Hexagone avec une part de marché de 35 %. De son côté, Heineken se réserverait les activités du britannique au Royaume-Uni et dans le reste de l’Europe (Portugal, Belgique et Finlande). L’avenir des activités en Asie et aux Etats-Unis n’est pas évoqué dans le communiqué du groupe. C’est notamment la joint-venture russe entre Carlsberg et S&N, BBH, qui attise les convoistises. BBH, qui contrôle plus de 86 % de la première bière russe Baltika, est considéré comme le « joyau » du groupe. Les 50 % de BBH qui reviendraient à Carlsberg ont représenté, en 2006, un chiffre d’affaires de 724 millions de livres (1,039 Md EUR) pour un bénéfice de 160 millions (229,64 M EUR).
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Riposte de S&N
En tout cas, le britannique S&N n’a pas l’intention de se laisser faire. Il a jugé « non bienvenu » le projet d’OPA des deux brasseurs. Le groupe assure « avoir confiance dans son avenir en tant que groupe indépendant » et « demande avec insistance à ses actionnaires de ne rien faire actuellement ». Scottish & Newcastle préparerait sa riposte et pourrait vendre sa participation dans la joint-venture BBH pour contrer l’offre du danois et du néerlandais, selon nos confrères de La Tribune citant l’Agence Reuters. S&N pourrait faire également appel à un partenaire stratégique comme SABMiller ou Anheuser-Busch. Le groupe britannnique a récemment affirmé qu’il était en droit de forcer Carlsberg à vendre ses parts dans leur co-entreprise BBH en raison d’un manquement au pacte d’actionnaire. S&N a précisé qu’il considérait que l’attitude du danois constituait un motif pour exercer une clause prévue dans les statuts de BBH. En 2006, S&N a réalisé un chiffre d’affaires de 4,155 milliards de livres (6 Mds EUR) pour un bénéfice d’exploitation de 535 millions de livres. Ce mouvement pourrait également relancer la tentation d’une alliance entre InBev et Anheuser-Busch, dans un secteur brassicole très touché par la flambée des cours des céréales.