Comme lors de l’éclosion du commerce équitable pour défendre les petits producteurs latino-américains et africains, plusieurs enseignes sont en train de réinventer des marques "équitables", françaises celles-là, permettant au producteur de vivre de son travail et garantissant au consommateur certains bonus de qualité.
Fin octobre, Carrefour lancera une nouvelle marque, "C’est qui le patron", revalorisant le prix payé au producteur. Une brique de lait UHT de cette marque sera commercialisée 99 centimes d’euro le litre et permettra aux producteurs d’obtenir une rémunération de 39 centimes le litre, soit bien au-dessus de ce que Lactalis a fini par lâcher aux producteurs en colère cet été (27,5 centimes en moyenne pour le litre de lait sur l’année, au lieu de 25,69 auparavant).
Le tarif a été fixé par les consommateurs eux-mêmes, à l’issue d’un questionnaire en ligne diffusé cet été. 6 000 consommateurs y ont participé. "Personne ne viendra se mettre en travers de cette rémunération garantie fixe et constante", assure Nicolas Chabanne, président des Gueules Cassées, une association anti-gaspillage alimentaire à l’origine de l’initiative, avec Laurent Pasquier de Mesgoûts.fr.
À ce jour, seuls 51 producteurs laitiers bénéficieront de cet accord. Ils sont issus d’exploitations familiales traditionnelles en difficulté, rassemblés en coopérative dans l’Ain. "Ces producteurs sont très courageux et hyper-motivés par l’élevage. Depuis 2008, ils n’avaient plus de collecte de lait et la coopérative qui les regroupe était contrainte de vendre directement en Italie. Ce printemps, les Italiens leur ont proposé seulement 20 centimes le litre, ce qui revient à les étrangler", explique André Bonnard, responsable de la FNPL, qui regroupe les producteurs laitiers au sein du premier syndicat d’exploitants agricoles FNSEA. Pour lui, la grande innovation de ce système repose sur "la contractualisation tri-partite" entre producteurs, coopérative et distributeur.
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Des prix "équitables" pour la viande
Sur la viande, depuis des manifestations récentes de producteurs, notamment devant des supermarchés Carrefour, des prix "équitables" sont aussi en train d’être proposés, enseigne par enseigne, pour les viandes dites de "Cœur de gamme". Carrefour a accepté de définir la rémunération des éleveurs en fonction de leurs coûts de production, estimés entre 4,50 et 5,50 euros le kilo de carcasse, au lieu des 3,50 euros reçus en moyenne auparavant, indique Laurent Bordeau, de la FNB. Système U a été le premier à le faire au début de l’été, Leclerc a accepté dans la foulée. "C’est un bon début, une grande avancée pour les producteurs, un nom de marque doit maintenant être déposé et nous devons nous assurer que le producteur touche effectivement ce qui lui a été promis", dit Laurent Bordeau.