Plus qu’une année de transition, 2005 a été une année de rupture pour le groupe Carrefour qui a fait des sacrifices sur les prix et cédé ses implantations étrangères non rentables. Le nouveau patron du groupe, l’espagnol Jose Luis Duran, a pris depuis son arrivée en février 2005 des mesures fortes qui commencent à convaincre les analystes. En effet le distributeur, qui a commencé à regagner des parts de marché en France, promet d’investir 10 milliards d’euros pour doubler son rythme d’ouvertures d’ici 2008.
Après une année 2005 difficile où Carrefour a vu son bénéfice net décrocher de 15,6%, le numéro deux mondial de la distribution entend améliorer sa rentabilité dès 2006, grâce à une politique active d’ouvertures d’hypermarchés à travers le monde.
Carrefour, dont le chiffre d’affaires a progressé de 2,5 % à 74,5 milliards d’euros, a dégagé un bénéfice net de 1,43 milliard d’euros en 2005, en baisse de 15,6 % sur un an, un résultat courant de 3,175 milliards, en retrait de 2,9 % et un bénéfice net par action (BNPA) de 2,58 euros (+0,9%).
Des cessions coûteuses
Les raisons de ce plongeon du bénéfice net se trouvent dans une charge non récurrente de 372 millions d’euros liée à la cession d’activités insuffisamment rentables, mais elles résident aussi dans le ralentissement des activités en France, qui représentent la moitié des ventes du groupe et dont la contribution (résultat opérationnel) a baissé de 16 % à 1,71 milliard d’euros.
Hors impact des activités abandonnées (Japon, Mexique, Tchéquie, …), le résultat net des activités poursuivies a en revanche progressé de 1,2 % à 1,8 milliard d’euros.
Si côté résultats 2005, le groupe a laissé les investisseurs financiers sur leur faim, il les a gâtés en perspectives et messages rassurants jusqu’en 2008, alors que le marché n’attendait aucune nouvelle de ce côté. Du coup, l’action Carrefour reprenait, sitôt après ces annonces, plus de 5% le 10 mars à 42,43 euros à la Bourse de Paris, soit la plus forte progression du marché, après une semaine de baisse.
« Aujourd’hui, je suis beaucoup plus confiant qu’il y a 12 mois, parce que nous avons mis en place un ensemble de leviers (services, politiques promotionnelles) qui nous permettra de beaucoup mieux maîtriser les marges», a commenté le président du directoire, Jose Luis Duran, aux commandes du groupe depuis treize mois.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
1000 nouveaux magasins
Carrefour table ainsi dès 2006 sur une « progression » de son résultat courant, grâce à une croissance du chiffre d’affaires supérieure à celle de 2005 (+6,1%). En 2007, il prévoit une « nouvelle accélération de croissance » et en 2008, il se montre encore plus offensif, en prévoyant une augmentation de l’ordre de 10 % de ses ventes et de son résultat courant.
Ces progressions seront le fait d’une croissance organique importante, via l’ouverture de nouveaux magasins, surtout en Asie et Amérique latine. Carrefour envisage ainsi d’investir 10 milliards d’euros entre 2006 et 2008 à cet effet.
Déjà pour l’année en cours, le groupe va créer plus de mètres carrés qu’il n’en a jamais créés, avec l’ouverture de 100 nouveaux hypermarchés dans le monde (45 en Asie, 25 en Amérique latine et 30 en Europe), soit plus de deux fois la moyenne des ouvertures sur la période 2000-2004. Le groupe va au total ouvrir 1 000 nouveaux magasins, dont 610 hard discount, en développant de nouveaux concepts comme MaxiDia et Carrefour Express, déjà testés avec succès en Espagne.
Si Carrefour a jeté l’éponge au Japon et au Mexique, il s’est renforcé en Turquie et compte aussi le faire sur des marchés rentables en 2006, notamment la Chine (23 ouvertures prévues contre 14 en 2005), Indonésie (10 contre 5 en 2005), Brésil (13 contre quatre) et Pologne (six contre trois).
Recul de la contribution de la France
En revanche, la part de la France dans l’activité du groupe va reculer à 46 % en 2008, contre 54 % en 2005 et 62 % en 2004. En 2005, les prix y ont reculé en hypermarchés de 2,5 % à 3 %, et en 2006, « nous allons tout faire pour rester numéro un en terme de prix », a dit M. Duran. Déjà ces efforts, qui ont fait certes baisser la marge commerciale de 0,8 %, ont commencé à porter leurs fruits, le groupe regagnant 0,6 point de part de marché (dont +0,3 point pour les hypermarchés). Pour transformer l’essai, 1 000 références de marques propres vont être introduites sur les rayons alimentaires entre 2006 et 2007. Cette année, le groupe ouvrira 150 magasins en France, dont 80 hard discount, mais aucun hypermarché. Désormais, tous les hypermarchés ont un chef de secteur en produits frais, a souligné Jose Luis Duran qui a dit suivre lui-même en direct le marketing opérationnel, tandis qu’un autre membre du directoire, Javier Campo, supervisera la direction alimentaire.