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Distribution/Résultats-stratégie Carrefour veut tourner la page sur son passé

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L’année 2012 aura été pour Carrefour une année de transition, « de vibration », selon le mot de son président Georges Plassat, car « il ne faut pas poursuivre les recettes du passé qui n’ont pas marché». Il s’agit maintenant de passer à l’action, selon lui, et poursuivre le redressement amorcé en 2012, notamment au second semestre. Les résultats affichés « sont bons mais pas sémillants », a-t-il jugé. L’objectif pour 2013 est de « passer à l’action 2013, ce qui nécessitera du métier, de l’exigence et de la patience ». Cela s’accompagnera d’une forte remise à plat de l’organisation, notamment en France, et permettra alors « d’aborder à partir de 2014 ou 2015 une phase de développement». Cette stratégie a été saluée par la Bourse qui a vu l’action enregistrer la plus forte progression du CAC 40, le 7 mars, après la présentation des résultats.

Après une « Annus Horribilis » en 2011, le groupe français de distribution Carrefour a redressé la barre en 2012, améliorant notamment ses résultats financiers et réduisant son endettement. En termes de ventes, le groupe a enregistré une progression de 1,6% à change constant (0,9% à change courant), soit 76,8 milliards€, une fois retraité des cessions qui sont intervenues au courant de l’année (Grèce, Singapour, Colombie, Malaisie et Indonésie). La France, qui représente près de la moitié de l’activité avec 35,3 milliards et que le groupe ambitionne de reconquérir, a connu une progression de 3,5% du ROC. Les performances les plus remarquables concernent toutefois les aspects financiers. Georges Plassat, arrivé à la tête du groupe en mai dernier, peut se targuer d’avoir pu limiter la baisse du résultat opérationnel courant à -2,6% (2 140 millions €). Si l’Europe et l’Asie ont accusé une chute (respectivement 20,6% et 10,3%) de leur ROC, cette contreperformance a été quasiment gommée par une solide progression en Amérique latine (+14,2%). Mais ce dont se réjouit Carrefour est la progression de cet indicateur en France – +3,5%, avec une base de comparaison très faible cependant, le résultat ayant chuté de 32% en 2011 – grâce à un net redressement (+8,4%) au deuxième semestre. À l’inverse, dans le reste de l’Europe, plombé par le recul de la consommation, principalement en Espagne et en Italie, il chute de 20,6%.

Un désendettement qui ouvre des perspectives d’investissement

Le résultat opérationnel ressort à 1 434 millions, à comparer à une perte de 140 millions en 2011, et le résultat net est quasiment multiplié par trois, passant de 371 à 1 233 millions. Les activités non poursuivies du groupe dégagent à elles seules un gain de 1 120 millions, en raison des cessions. Ce bénéfice s’accompagne d’une réduction de la dette nette, passant de 4,32 milliards d’euros à 2,16 milliards d’euros fin 2012. Ce rétablissement donne les moyens de se lancer dans une politique d’investissement.
« En ces temps de crise, ce serait une faute de ne pas réinvestir. Il faut mettre un terme à la politique de désinvestissement menée jusqu’alors et j’espère que la leçon a été définitivement comprise », a martelé Georges Plassat. Celui-ci compte mettre un terme à ce qu’il a appelé « un relatif appauvrissement de la société ». Il entend mieux valoriser les « actifs remarquables de celle-ci qui représentent 25 à 26 milliards d’euros ». Cela va d’une réoccupation des friches foncières autour des magasins, à un remodelage des magasins. Un grand coup de balai sera également donné dans l’organisation des services logistiques et de toute l’architecture informatique, car des gains de productivité sont à la clé. « Ces services doivent réapprendre à gérer des flux et non des stocks ». Des mesures en ce sens seront annoncées en mars. Il entend également renforcer la diversité au sein des équipes managériales, en assurant un meilleur équilibre hommes-femmes, comme cela est fait au Brésil ou en Pologne et Roumanie, celles-ci qui représentent « 60% de notre clientèle ne doivent pas être cantonnées à la tenue des caisses ». Il veut également recruter des cadres « qui n’ont pas le poids du passé ».

Retourner au contact du client et maintenir des prix bas

« Il faut revenir à des choses simples et le faire bien », en développant la qualité de service et le contact avec la clientèle, estime le p.-d.g. En termes de management, il s’agira donc de raccourcir et de simplifier les organisations, avec moins de niveau de décision et de redonner de l’autonomie aux directeurs de magasins. « La décentralisation n’est pas négociable et les anciennes méthodes doivent évoluer. Aujourd’hui, on doit avant tout penser client et le remettre au cœur de notre mode de pensée », a affirmé Georges Plassat. Ce dernier croit en l’avenir des hypermarchés, « qui ne sont pas morts si on ne les assassine pas ». Il faut cependant repenser l’offre pour le bazar, en réduisant les offres mais en réintroduisant les marques, et en « en finissant avec les effets de saisonnalité ou de mode ». La politique de compétitivité sur les prix, qui a « contribué à l’amélioration de notre image-prix » et à faire de Carrefour « le deuxième opérateur » le moins cher en France, sera maintenue en 2013. Les produits restent au cœur de cette stratégie, particulièrement en alimentaire, avec le « développement des filières existantes sur les produits frais qui contribuent à renforcer l’attractivité des magasins dans un contexte de concurrence dure et en mettant l’accent sur la régionalisation des produits ». Concernant les négociations commerciales qui sont en cours d’achèvement, Georges Plassat a estimé que les tensions avaient été fortes, « nourries par la hausse des cours des matières premières et la course aux mètres carrés supplémentaires », mais il estime qu’une fois cette phase « virile passée, les distributeurs retrouveront une phase sereine dans leurs relations avec leurs amis fabricants ». Il a rejeté les accusations portées par une organisation d’industriels « qui ne représente pas l’ensemble de la profession ».

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