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Pollution aux Antilles Cartographie, retrait de molécule et reconversion de terres

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Quatre ministres et secrétaires d’Etat ont été auditionnés le 10 octobre par la Commission des affaires économiques du Sénat sur le dossier du chlordécone aux Antilles. Un plan d’action est en préparation. Il a été confié au professeur Didier Houssin.

C’est pendant un peu plus d’une heure trente que Roselyne Bachelot (santé), Michel Barnier (agriculture), Nathalie Kosciusko-Morizet (écologie) et Christian Estrosi (outre-mer) ont été entendus par les sénateurs, et en présence de plusieurs élus locaux antillais. Qualifiant la situation d’ « extrêmement complexe » la ministre de la Santé Roselyne Bachelot a déclaré que les experts, à ce stade, n’avaient pas établi de corrélation entre le pesticide chlordécone et certains taux de cancers, notamment celui de la prostate. La ministre a précisé avoir demandé la création d’un registre des cancers en Guadeloupe et le renforcement de celui déjà en place en Martinique. Le directeur général de la santé Didier Houssin a été chargé du pilotage du plan d’action « anti-pesticides » pour les deux îles. Le haut fonctionnaire doit se rendre fin octobre sur le terrain afin de faire un point précis des moyens à mobiliser. Sur le plan sanitaire, Roselyne Bachelot a affirmé que le lait maternel ne semblait pas présenter de risque pour le nourisson et que les conclusions des études en cours sur le sang du cordon ombilical (étude sur 1200 femmes enceintes et 200 bébés) seraient connues fin 2008. Tout en regrettant « l’agitation » autour de ce dossier, Christian Estrosi, le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, a pour sa part annoncé que le nombre de contrôles sur les marchés (180 prélèvements par an) serait rapidement multiplié par quatre. Les messages de prudence sur l’autoconsommation des produits agricoles doivent être renforcés. L’idée d’un « label qualité » pour les producteurs qui travaillent « sur des terres au-dessus de tout soupçon » a été également été avancée par Christian Estrosi.

« Il y a un avenir pour une banane propre »

Sur le plan strictement agricole, la cartographie des sols pollués sera une des actions prioritaires du plan d’action, a précisé Michel Barnier, les zones les plus contaminées s’étendant sur 6500 hectares en Guadeloupe et 12 000 ha en Martinique. Dans un souci de précaution, le ministre de l’Agriculture a précisé qu’il procéderait au retrait « dès la prochaine campagne » d’un des deux produits phytosanitaires actuellement utilisé pour lutter contre le charaçon rouge des bananeraies, et avant la fin de l’utilisation des stocks. Des diagnostics seront mis en place dans les exploitations à l’issue desquels des mesures d’accompagnement aux agriculteurs seront proposées (replantation de banane, d’ananas ou de canne à sucre ; mise en jachère ; échange de terres, cultures énergétiques…). Aucune enveloppe financière chiffrée n’a été avancée par le ministre. « Il y a un avenir pour une banane propre », a déclaré Michel Barnier, Nathalie Kosciusko-Morizet parlant elle de « banane zéro pesticide ». Le ministre de l’Agriculture a ajouté que les recherches seraient poursuivies sur le transfert du chlordécone du sol vers les plantes, notamment en ce qui concerne la patate douce et les légumes racines. Pour la banane, le transfert semble faible (9 cas sur 174 échantillons à de teneurs inféieures à 2 microgrammes/kg) a-t-il poursuivi, expliquant qu’il ne serait « pas forcément nécessaire de mettre en place des restrictions pour les bananeraies ».

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Parmi les techniques de dépollution, l’excavation a été écartée par la secrétaire d’Etat. La technique, qui consisterait à enlever une couche de terre de 40 à 70 cm, générerait en effet un volume de 100 millions de tonnes de terre. Impossible à gérer. Nathalie Kosciusko-Morizet table sur un ciblage de la dépollution sur les zones situées à proximité des captages d’eau ou d’habitations. En parallèle, devront être menées des études sur le traitement biologique – souvent bactérien – des autres terres contaminées.