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Caudectomie des porcs : nouvel épisode judiciaire

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Un nouvel élevage a été condamné en première instance pour avoir systématiquement coupé la queue de ses cochons. L’an passé, un autre éleveur avait été condamné, puis relaxé en appel.

Une éleveuse bretonne de 51 ans, ainsi que son exploitation agricole, a été condamnée à Brest à des peines d’amende pour avoir systématiquement coupé la queue de cochons, a annoncé le 22 août l’association L214. L’éleveuse a indiqué à l’AFP avoir fait appel de ce jugement rendu le 30 juin. « Condamner la coupe systématique des queues des cochons marque un tournant : pratiquée dans 99 % des élevages, cette méthode n’est pourtant jamais sanctionnée par les services vétérinaires de l’État. La décision du tribunal de Brest le rappelle : la législation n’est pas une option », a commenté l’association de défense des animaux dans un communiqué.

En fait, ce n’est pas une première. Une condamnation similaire avait été prononcée il y a un an contre un autre élevage par le tribunal correctionnel de Moulins, qui fut finalement relaxé par la cour d’appel de Riom, au printemps dernier. Dans les deux cas, c’est L214 qui a porté plainte, ici contre cet élevage de Ploudiry (Finistère), après avoir diffusé sur Facebook une vidéo montrant des cochons qui avaient subi une section partielle de la queue, une pratique appelée caudectomie.

Pas interdite, la caudectomie ne doit cependant être utilisée qu’en « dernière intention au regard de la douleur induite par cette pratique », estime le tribunal correctionnel de Brest dans son jugement, mis en ligne par L214. La caudectomie vise à éviter que les cochons mordent la queue de leurs congénères dans des élevages intensifs, souvent propices à ce genre de troubles du comportement. Plutôt que de recourir à la caudectomie systématique, la réglementation préconise de « réduire le stress des animaux à l’origine de la pratique du cannibalisme », par exemple en « leur assurant lumière, abreuvement et nourriture en quantité suffisante », souligne le tribunal de Brest.

Deux tiers des éleveurs concernés

Le cas de l’éleveuse bretonne n’est a priori pas isolé. Selon une enquête conduite par la Fédération des vétérinaires européens (FVE) en 2018, l’association européenne de gestion de la santé porcine (EAPHM) et la Commission européenne, plus de trois porcs sur quatre (77 %) subissent une caudectomie (coupe de la queue) en routine en Europe, malgré les restrictions en vigueur. Seules la Finlande, la Norvège, la Suède et la Suisse se distinguent, avec un taux de 5 %, selon cette étude parue le 16 novembre. Il s’agit d’une « violation de la législation européenne », selon les auteurs de l’étude.

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Interrogé à cette époque, l’Ifip estimait que la réglementation n’était pas totalement claire. Effectivement, « la réglementation indique que la section partielle de la queue ne peut être pratiquée sur la base d’une routine, précisait Valérie Courboulay, experte bien-être animal à l’Ifip. Mais sous réserve de l’observation de blessures persistantes malgré la mise en place de mesures permettant de les limiter ». Et cette technicienne de s’interroger : « Si on regarde attentivement, on trouvera régulièrement des signes de lésions aux queues de certains animaux dans la plupart des élevages. De plus, les éleveurs ont mis en place des pratiques, comme l’enrichissement du milieu, mais jusqu’où faut-il aller ? »

En effet, la même étude précisait que 67 % des porcs bénéficiaient d’un environnement dit enrichi, ce qui limite le risque de caudophagie (morsure de queue). Mais Valérie Courboulay rappelait que « la caudophagie (morsure de la queue) est un problème multifactoriel – elle peut être due à des problèmes sanitaires, ou bien d’alimentation, d’abreuvement, d’environnement climatique… Elle peut arriver de façon inopinée, et la technique la plus efficace pour l’endiguer reste la section partielle de la queue pratiquée au cours de la première semaine de vie ».

Et de prévenir : « La mesure qui consisterait à arrêter brutalement cette pratique dans les conditions actuelles d’élevage aurait des conséquences graves sur le bien-être des animaux – morsures, lésions, maladies… » Elle notait enfin que « les pays qui ont arrêté cette pratique, comme la Finlande, ont été amenés à attribuer des aides financières importantes aux éleveurs ».

Seules la Finlande, la Norvège, la Suède et la Suisse la pratiquent marginalement