Le Comité européen des fabricants de sucre représente à Bruxelles l’ensemble des industriels producteurs de sucre de l’Union européenne. Son directeur général se dit très inquiet des conséquences d’une réforme telle que la Commission européenne l’envisage aujourd’hui.
Agra Industrie : Le système des quotas est maintenu. Etes-vous rassuré par le projet de Bruxelles pour l’avenir du régime sucre ?
Jean-Louis Barjol : Pas du tout. La Commission a une démarche agricole, pas véritablement de réflexion industrielle. Nous sommes prêts à discuter baisse des prix. Cependant il faut pour les fabricants de sucre, une visibilité au-delà de 2008. Nous constatons que dans la communication de la Commission les quotas sont maintenus, mais ils vont baisser : 2,8 millions de tonnes vont disparaître. Cela représente 16,5% de leur volume actuel. Cette réduction provoquerait une chute du taux global d’utilisation des usines, ce qui n’est pas envisa-geable. Par conséquent, sur les 234 usines qui fabriquent du sucre dans l’Union européenne élargie, environ 40 devraient fermer.
A.I. : Une aide à la restructuration du secteur est prévue…
Jean-Louis Barjol : C’est un aspect intéressant du projet. Mais pour casser un outil de production, il faut une indemnité raisonnable, les 250 euros/tonne prévus dans la communication ne suffisent pas. Les dernières transactions de quotas se sont faites à des prix bien plus élevés, aux alentours de 1 000 euros/tonne.
A.I. : Les usines qui seront maintenues pourront-elles produire du sucre au niveau du prix de référence ?
Jean-Louis Barjol : Si effectivement les cours chutent à 421 euros/tonne, nous perdrions théoriquement environ 50 euros/ tonne de sucre de marge industrielle par rapport à la situation actuelle. Et nous craignons qu’ils ne chutent encore davantage car les mécanismes de gestion des crises prévus par la Commission ne sont pas clairs. Elle envisage de déclencher un système de stockage privé quand le prix tombe « significativement » en deçà du niveau de référence. Problème : les industriels européens seraient les seuls à devoir retirer leur production du marché alors que dans le même temps, les Pays les moins développés pourraient continuer d’exporter leur sucre dans l’UE. Autre problème, nous ne connaissons pas l’évolution du prix du sucre, mais nous serons tenus d’acheter la betterave à 27,4 euros/tonne minimum, quel que soit le contexte.
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A.I. : Vous craignez donc avant tout la concurrence des pays tiers.
Jean-Louis Barjol : Nous craignons la mise en place d’un commerce triangulaire par exemple entre le Brésil, le Mozambique et l’Europe, étant donné que le sucre des PMA pourra entrer dans l’UE sans limitation de quotas. Nous ne comprenons pas que la Commission ait fait une telle proposition. Un régime similaire a été testé avec les pays des Balkans. L’Office de lutte antifraude européen a montré l’ampleur des fraudes. Elles ont fortement déstabilisé le marché européen pendant quelques mois. Cela pourrait se reproduire à grande échelle. Dans sa communication, la Commission propose pour enrayer les fraudes dans les Balkans de mettre en place un régime de quotas. Pourquoi ne pas le faire pour les PMA ? Même les gouvernements de ces pays le demandent.
A.I. : Pensez-vous que les consommateurs vont bénéficier de la baisse de prix du sucre ?
Jean-Louis Barjol : Si le Conseil et le Parlement suivaient la proposition de la Commission, les industries utilisatrices de sucre bénéficieraient d’une baisse d’environ 210 euros par tonne de sucre. Il faudrait mettre en place un système de relevé de leurs prix, mais je ne crois pas que les consommateurs bénéficient d’une quelconque baisse. Selon une étude récente, entre 0 et 30% de la baisse du prix du sucre seulement serait transféré aux consommateurs.