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« Ce qui caractérise l’époque actuelle, c’est le manque de visibilité à moyen et long terme »

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DG adjoint de Jacquet-Brossard, Frédéric Thys constate un manque de visibilité croissant pour gérer une entreprise, notamment compte tenu de la volatilité des matières premières. Et de demander, logiquement, aux pouvoirs publics « qu’ils adoptent des orientations durables, pour la France et pour l’Europe ». Jacquet-Brossard a, entre autres, des ambitions sur des marchés lointains comme les Etats-Unis ou le Brésil. Une nouvelle interview dans le cadre de la préparation du colloque Agrofinance du 26 novembre.

Agra alimentation : La croissance des entreprises alimentaires passe-t-elle nécessairement par la concentration industrielle ?
Sur un marché mûr comme la France, la combinaison de la concentration de la distribution et d’une croissance structurellement faible, auxquels s’ajoute désormais une difficulté plus grande à trouver des financements, incite à des rapprochements intelligents. Ceux-ci prennent diverses formes : coentreprise, mise en commun de moyens ou plus classiquement rachat comme pour Jacquet-Brossard. Dans notre cas, le développement des marques, qui sont complémentaires, a été le moteur du rapprochement: séparément, elles n’avaient pas les moyens d’occuper l’intégralité de leurs territoires respectifs. La mise en commun des forces de vente, une soixantaine de personnes au total, permettra de tenir trois à quatre rendez-vous qualitatifs par an en magasin au lieu de un à deux auparavant. Le rapprochement de la R&D (25 personnes sur un effectif total de 1 300), plus orientée recherche chez Jacquet, plus focalisée industrie chez Brossard, stimulera notre capacité d’innovation, qui est un axe stratégique de notre maison-mère, le groupe Limagrain. Enfin, les filiales internationales de ce dernier apportent des bases solides à l’export au groupe Jacquet-Brossard, qui réalise moins de 10% de son chiffre d’affaires à l’étranger et a entre autres des ambitions sur des marchés lointains comme les Etats-Unis ou le Brésil. Il s’agit de créer des synergies par le haut.

Quels les risques pèsent sur votre activité ?
Le principal d’entre eux est le risque matières. Les cycles ne sont plus tout à fait aussi prévisibles que par le passé, du fait de la spéculation mondiale et de l’augmentation de la demande. Les variations du cours des monnaies constituent une autre menace. Enfin, l’évolution incessante de la réglementation, notamment dans des domaines comme la santé ou les relations commerciales, compliquent fortement l’établissement de business plan. Bref, ce qui caractérise l’époque actuelle, c’est d’une manière générale le manque de visibilité à moyen et long terme. Dans ce contexte, il faut avoir une assise suffisamment forte pour durer tout en restant suffisamment souple, pour s’adapter aux changements… Heureusement, le modèle coopératif, celui de Limagrain, associe les deux qualités !

Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?
J’attends d’eux qu’ils délivrent des perspectives plus claires sur le modèle politique et économique à construire. Qu’ils adoptent des orientations durables, pour la France et pour l’Europe, et non remis en cause à la moindre variation de l’opinion. Qu’ils jouent un rôle de stimulant, notamment à l’export. On a un peu trop tendance à diaboliser le monde extérieur et à négliger la valorisation de notre savoir-faire à l’international.

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