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Ce qu’il faut retenir des vœux d’Emmanuel Macron au monde agriculture

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Le président de la République a présenté ses vœux au monde agricole depuis l’Auvergne le 25 janvier. Il a apporté des précisions attendues, notamment sur le glyphosate, la Pac et la réforme de l’ICHN. Et il s’est livré à un long plaidoyer pour l’ouverture commerciale de la France.

Après son discours à Rungis en octobre dernier, le président de la République s’est à nouveau exprimé à l’attention du monde agricole le 25 janvier. Mais cette fois-ci, il s’est déplacé en milieu rural. Après la visite d’une ferme de 40 vaches laitières qui produit de la fourme, du saint-nectaire et du gaperon, il a prononcé son discours de vœux dans la commune de Saint-Genès-Champanelle, à 15 km de Clermont-Ferrand, à quelques jours de la présentation en Conseil des ministres du projet de loi issu des États généraux de l’alimentation.

Pas de « budget moins ambitieux pour la Pac »

Lors de son discours, Emmanuel Macron a répété par deux fois son souhait que la Pac « n’ait pas un budget moins ambitieux » à cause du Brexit ainsi que des nouvelles missions allouées à l’Union européenne. Il a souhaité une Pac « aux ambitions préservées », mais aussi « plus simple » et « moins bureaucratique ». Le Président répond ainsi au député européen Michel Dantin qui l’accusait, sur son blog le 9 janvier, de « désintérêt manifeste pour la Pac » dénonçant « le refus français de vouloir incarner un leadership en faveur du budget agricole », suite à la parution d’une note, datée de décembre 2017, des autorités françaises à la Commission européenne relative au prochain cadre financier pluriannuel.

Une nouvelle épargne de précaution pour janvier 2019

Emmanuel Macron a annoncé « la mise en place d’une épargne de précaution », d'« une vraie réforme » de la déduction fiscale pour investissement (DPI) et de la déduction fiscale pour aléas (DPA). Elle sera conduite dans le prochain projet de loi de finances pour être rendue opérationnelle au 1er janvier 2019. Le président a également évoqué l’idée d’accompagner les agriculteurs « dans la gestion financière de leur exploitation », pour « éviter les situations trop fréquentes de surendettement ». Et d’ajouter que ces situations sont « parfois encouragées par certains dispositifs fiscaux centrés sur les investissements en machines et matériels » ; le dernier en date étant justement le suramortissement dit « Macron » entre 2015 et 2017 !

ICHN : un « délai de sortie » pour ceux qui sortent du dispositif

Le président de la République a fait quatre annonces concernant la refonte en cours de la carte des bénéficiaires de l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) : la carte des zones défavorisées sera finalisée mi-février ; le montant de l’aide des bénéficiaires ne subira pas d’écrêtement ; un délai de sortie de « deux à trois ans » pour ceux qui sortiront du dispositif sera négocié auprès de Bruxelles ; et des « mesures d’accompagnement » seront prévues pour les filières qui sortiraient de ce dispositif. Une nouvelle réunion de concertation relative au futur zonage se déroulera au ministère de l’Agriculture le 26 janvier.

Glyphosate : souplesse pour l’agriculture de conservation et les parcelles en pente

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Emmanuel Macron a confirmé le délai de 3 ans pour l’interdiction du glyphosate, sous-entendant toutefois qu’une souplesse pourrait être accordée à l’agriculture de conservation et aux surfaces en pente. E. Macron a expliqué que le rapport Inra montrait que « des solutions existent pour 90 % des surfaces » mais que des impasses pourraient exister « notamment en agriculture de conservation et pour les surfaces en pente ». Dans ces deux cas, « nous mobiliserons la recherche […], mais il n’y aura pas d’interdiction s’il n’y a pas d’alternative », a insisté le président. Pour les « 90 % restants », l’interdiction ne subira pas de délai, a-t-il annoncé.

Loup : Macron « met l’éleveur au milieu de la montagne »

Concernant le plan loup, le président de la République n’a pas fait d’annonces concrètes, mais a dressé une orientation plutôt favorable aux éleveurs qui souhaitent développer leurs moyens de lutte : « Il ne faut pas penser les éleveurs et leurs troupeaux autour du loup, mais comment le loup trouve sa place dans des écosystèmes qui lui préexistent, avec des gens qui se développent. » Il a annoncé d’une part son souhait de « mieux anticiper les moyens de protégrer les troupeaux et de s’en donner les moyens », et d’autre part sa revendication d'« un modèle d’agropastoralisme que nous voulons […] et qui ne doit pas être fragilisé ». En conclusion il a souhaité mettre « l’éleveur au milieu de la montagne ».

Accords de libre-échange : le président défend l’ouverture, mais avec des lignes rouges

Sur le sujet des accords de libre-échange, le président de la République s’est livré à un long plaidoyer pour la préservation de l’ouverture commerciale : « il ne faut pas avoir peur de cette ouverture ». Il souhaite néanmoins fixer un certain nombre de lignes rouges en signant des accords « cohérents avec les engagements que nous prenons pour nous-même sur le plan social, environnemental et productif » qui ne causent pas « de désavantage social et environnemental qui serait irrattrapable ». Pour Emmanuel Macron, il n’y a pas de désavantage de ce type « avec le Japon, ni à ce stade, avec le Mercosur ». En somme, il a défendu l’idée que l’ouverture peut aboutir à un équilibre pour l’agriculture si elle est organisée, avec des accords favorables à l’agriculture d’un côté, vers le Japon par exemple, et défavorables vers le Mercosur. Sur ce dernier accord, il plaide pour « une stratégie défensive », passant par exemple par une traçabilité de l’origine des produits.

« Nous devons avoir une vraie stratégie protéine »

Emmanuel Macron a insisté sur le fait que l’on ne peut pas défendre une idée de souveraineté alimentaire et en même temps importer massivement du soja d’Amérique du Sud. « Il nous faut renforcer le circuit de production des protéines végétales et avoir une vraie stratégie protéine, a-t-il déclaré. Il faut aussi développer l’auto-production pour les éleveurs, et renforcer l’organisation collective des filières. Nous avons les moyens de le faire, avec une cohésion entre les filières d’élevage et des oléoprotéagineux. Cela fait partie de la souveraineté alimentaire ».