L’agriculture française peut-elle continuer longtemps à subir des écarts de rentabilité aussi importants entre grandes cultures et élevage ? Il faut tenter de répondre à cette question, au-delà des jugements moraux ou sociaux (sans les exclure dans un second temps) en considérant déjà le volet purement économique. D’une part, l’alimentation animale reste un débouché essentiel pour les grandes cultures françaises. On voit mal ce débouché se réduire au profit d’importations. On connaît les risques d’une trop grande dépendance protéique, dépendance qui n’est pas suffisamment prise au sérieux depuis des années dans ce pays. Quant aux céréaliers, ils connaissent eux aussi le risque de dépendre trop d’exportations soumises à des aléas politiques (voir l’Afrique du Nord aujourd’hui), économiques (volatilité des prix) et qualitatifs (blé à taux de protéine insuffisant).
Il y a un autre problème majeur. Les différences de rendements poussent bon nombre d’exploitants à « retourner leur prairie », notamment dans des zones à rendements moyens. Au prix d’aujourd’hui, quoiqu’en baisse, des rendements moyens peuvent être supportés. Mais dans l’hypothèse très possible d’une baisse des cours des céréales, toutes ces nouvelles surfaces cultivées courent à la crise.
De fait, tous les secteurs risquent de subir les aléas de la volatilité. La question qui se pose est donc structurelle: comment se fixent les prix (marchés mondial pour les cultures, grandes surfaces de distribution pour les produits animaux) et comment vivre avec. On ne résoudra pas cette situation par un raisonnement simpliste du type : prenons aux uns pour donner aux autres. Mais en permettant à tous les agriculteurs, éleveurs comme cultivateurs, de bien gérer des prix fluctuants.

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