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Céréales : les doléances de l'AGPB face à la sécheresse

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Les revenus des scopeurs seraient négatifs pour la quatrième année consécutive, d’après les données d’Arvalis. Les céréaliers ont besoin, à la fois, d’aides d’urgence, et d’autres plus structurelles. Raison pour laquelle l’AGPB plaide pour des aides couplées « cycliques ».

Le ton était grave lors de la conférence de presse de rentrée de l’AGPB (producteurs de blé, FNSEA) à Paris le 8 septembre. Son président Éric Thirouin estime que la baisse des surfaces céréalières constatée ces dernières années est désormais « structurelle ». Se basant sur les données d’Arvalis, l’association spécialisée prévoit que le revenu moyen sur les exploitations spécialisées dans les surfaces de céréales et oléoprotéagineux (scopeurs, Otex 15) sera négatif pour la quatrième année consécutive : environ -3 600 € en 2026, pour le moment. Il s’affichait à -6 500 € en 2025 (chiffre également prévisionnel, mais davantage consolidé), à -7 200 € en 2024 et à -600 € en 2023.

À l’aube de l’élection présidentielle, Éric Thirouin prévient que la question de soutenir la production agricole en France sera posée « à tous les candidats ». L’AGPB a donc profité de l’occasion pour présenter sa liste de mesures à entreprendre afin d’enrayer une décroissance du secteur.

Une lettre envoyée au Premier ministre

À court terme, afin de remédier à l’urgence de la situation, aggravée par la sécheresse 2026, les associations spécialisées grandes cultures de la FNSEA ont envoyé une lettre au Premier ministre le 27 juillet listant leurs demandes de soutien dans le cadre du projet de loi de finance 2027 (PLF). Parmi elles : la mise en place de zones franches d’impôts, de taxes, et de cotisations MSA dans les zones intermédiaires et à faible potentiel de production, ou encore la suspension de la redevance pour pollution diffuse.

Sur le long terme, l’AGPB plaide pour un changement de logique dans l’octroi de soutiens aux agriculteurs, via l’instauration d’aides couplées « cycliques ». Sur le principe du soutien contracyclique, il s’agit, dans le cadre d’un budget défini, d’accorder des aides calculées en fonction des prix de marché à la vente de produits agricoles. Et de citer l’exemple de prix bas de céréales, et élevés en lait : une augmentation des aides couplées vers les céréaliers serait déclenchée, alors qu’elles baisseraient en lait, et vice versa. Un certain recouplage des aides permettrait de sécuriser les revenus des agriculteurs, quels qu’ils soient, et d’enrayer la baisse de la production, d’après l’organisation.

Les soutiens accordés aux producteurs devront par ailleurs être simples dans leur application. Afin d’illustrer la complexité de certains d’entre eux, Éric Thirouin prend l’exemple de la récente aide d’urgence octroyée aux exploitants agricoles pour l’achat de leurs engrais. Les délais d’attribution étaient tellement courts (jusqu’à fin septembre à l’origine), que « le temps de commander l’engrais, de se le faire livrer et de payer la facture, l’agriculteur n’était plus dans la fenêtre d’octroi de l’aide », regrette le président de l’AGPB. Conséquence de la complexité de l’aide, les agriculteurs n’y ont finalement eu que peu recours, et n’ont pour le moment consommé que 5 M€ environ de l’enveloppe de 145 M€, dont 107 M€ émanant de fonds européens, d’après l’association.

Le gouvernement a, certes, corrigé le tir depuis, portant le délai jusqu’au 31 décembre. Mais « que de bêtise et de temps perdu », déplore Éric Thirouin.

Des débouchés menacés par des calendriers

D’autant qu’à la complexité des aides s’ajoutent des déboires de calendrier réglementaire. L’un d’entre eux a conduit l’AGPB à réclamer le rétablissement de la Tiruert (taxe incitative aux biocarburants) dans le PLF 2027. Pour rappel, la Tiruert, supprimée lors de la précédente loi de finances, permet de fixer les obligations d’incorporation de biocarburant, incluant ceux produits à partir de céréales. Selon l’AGPB, la transition en 2027 entre ce dispositif et la nouvelle réglementation européenne, l’Iricc, n’est pas assurée. Cette dernière doit fixer les nouvelles règles d’incorporation, qui comprend des obligations de volumes mais aussi de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.

L’association déplore un vide juridique engendré par un décalage entre la traduction du droit européen vers le droit français. Alors que le Sénat avait bien voté en faveur de la transposition de l’Iricc au niveau du droit français, l’Assemblée n’a pas pu le faire durant l’été en raison du calendrier législatif surchargé. L’AGPB craint ainsi une absence d’obligation d’incorporation, bloquant un débouché pour les céréaliers dès le 1er janvier 2027. Si le PLF 2027 est présenté sans le rétablissement de la Tiruert, aucune ordonnance, permettant d’appliquer certains dispositifs en cas de non-vote de la loi, ne pourra être appliquée.

Les céréaliers français doivent aussi faire face aux menaces extérieures. L’AGPB prévient que, au vu des tensions en mer Noire, l’Ukraine plaide pour faire sauter la protection aux importations de blé de l’UE. L’association spécialisée rappelle qu’elle avait obtenu la mise en place d’un quota en juillet 2025, autorisant au maximum l’importation en UE de 1,3 Mt de blé tendre ukrainien sans droit, au-dessus desquelles un droit de douane de 95 €/t s’applique.

Cette mesure avait été instaurée dans un contexte de déversement de marchandises ukrainiennes dans divers pays de l’UE, qui cherchaient à faire sortir les grains de leur territoire à n’importe quel prix, dans un contexte de guerre. Ces exportations massives avaient provoqué une chute des prix, pesant donc sur les revenus des céréaliers. Par conséquent, « il est hors de question » pour Éric Thirouin de tester à nouveau une absence de limite. « Si l’Ukraine utilise l’Europe pour pouvoir exporter sur pays tiers, pourquoi pas ? Mais il n’y a aucune garantie », prévient-il.

Les difficultés s’accumulent donc pour les céréaliers français. Reste à savoir si le PLF 2027 répondra à leurs attentes, et si les candidats à la présidentielle reprendront les mesures proposées par l’AGPB.

Le revenu prévisionnel moyen des céréaliers à – 3 600 € en 2026

« Que de bêtise et de temps perdu », déplore Eric Thirouin.

KC