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Céréales ukrainiennes : Bruxelles réfléchit à mobiliser la réserve de crise agricole

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Pour soutenir les agriculteurs des pays de l’UE limitrophes de l’Ukraine affectés par l’afflux d’importations de céréales ukrainiennes, la Commission européenne réfléchit à activer la réserve de crise agricole. Outre cette question régionale, la Commission observe des signaux positifs au sein du marché européen.

En raison des perturbations engendrées par l’afflux de céréales ukrainiennes bon marché dans les pays de l’UE limitrophes, le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a proposé le 30 janvier, de mobiliser tout ou partie de la réserve de crise agricole d’un montant de 450 M€ pour soutenir les agriculteurs ces pays (Pologne, Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Roumanie et la Slovaquie). Une majorité d’États membres a assuré « n’avoir rien contre cette idée », a indiqué Janusz Wojciechowski à l’issue de la réunion. Il envisage que les fonds, s’ils sont débloqués, puissent servir à financer des capacités de stockage de grains. Mais de prévenir que « la question n’est pas encore tranchée ». Cette mesure sera présentée prochainement au collège des commissaires européens.

Lire aussi : « Céréales : des eurodéputés s’inquiètent pour les pays de l’UE voisins de l’Ukraine »

Distorsions de concurrence

Sans demander à limiter les importations ukrainiennes, la Pologne a alerté dans une note, soutenue par six autres États membres (Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Pologne, Roumanie et Slovaquie), sur « la hausse spectaculaire », depuis le lancement de l’initiative des Voies de solidarité (dispositif logistique mis en place par l’UE pour faciliter les exportations de produits ukrainiens via l’UE dans le contexte de la guerre en Ukraine) des importations de maïs ukrainien en 2022 par rapport aux années précédentes. Par exemple, les importations vers la Pologne se sont élevées à 1,6 Mt tonnes en 2022 contre 6 000 t pour la période de janvier à novembre 2021. De même pour la Slovaquie (250 000 t contre 0 t en 2021) ou encore la Bulgarie (900 000 t contre 5 000 t en 2021). De son côté, Sofia attire aussi l’attention sur les importations de tournesol en provenance d’Ukraine qui ont atteint 804 000 t en 2022 contre 36 074 t n an plus tôt.

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Au regard des distorsions de concurrence créées par ces flux, la Pologne appelle la Commission européenne à proposer des instruments pour soutenir les producteurs en difficulté en leur versant une compensation et en adoptant une approche flexible de la mise en œuvre de la Pac par les États membres de l’UE, y compris dans le domaine des paiements couplés. Par ailleurs, Varsovie invite Bruxelles à plus de vigilance pour que les produits agricoles ukrainiens importés par les Voies de solidarité transitent seulement par les États membres pour atteindre ensuite les pays tiers (Afrique, Moyen-Orient). À cette fin, elle demande à l’exécutif européen de renforcer son soutien financier en créant des entrepôts temporaires et de nouveaux couloirs de transport, y compris par voie ferroviaire.

Des signaux positifs

Outre ces perturbations locales, le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a indiqué qu’il y avait de bonnes nouvelles concernant le secteur des céréales. « Les cultures d’hiver ont été plantées et des rapports indiquent que suffisamment d’engrais étaient disponibles et appliqués. Quant aux stocks, ils sont également suffisants pour les semailles de printemps, avec des prix qui restent encore modérés », indique-t-il. Autre signe positif concernant les revenus des agriculteurs qui « ont augmenté de 13,1 % en 2022 par rapport à l’année précédente », ajoute le commissaire. Cette évolution s’explique surtout « par une hausse spectaculaire des prix à la production pour les céréales et les oléagineux, immédiatement après le début de la guerre en Ukraine. Et dans de nombreux cas, les agriculteurs ont aussi bénéficié des stocks existants d’engrais et d’aliments pour animaux qui avaient été achetés avant la flambée des prix », prévient Janusz Wojciechowski.