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Philippe Collin (Confédération paysanne) « C’est comme si la Pac 2014 investissait dans la concentration des fermes »

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Le G20 de Cannes n’a pas convaincu Philippe Collin. Sur la forme, « l’agriculture a été marginalisée du débat », constate-t-il. La faute à la crise de la zone euro. Sur le fond, il estime « scandaleux » que le fait de demander aux pays pauvres de faire des stocks soit présenté comme une avancée. Sur la réforme de la Pac, « le principe d’attribution de soutiens annuels liés aux seuls hectares et quel que soit le niveau des prix agricoles et le nombre de personnes travaillant sur chaque ferme n’est pas remis en cause ». Où est la volonté d’équité affichée ?, s’interroge le leader syndical. C’est comme si cette Pac « investissait dans la concentration des fermes ».

Quelle est votre appréciation du résultat du G20 de Cannes ?
Philippe Collin : L’agriculture a été marginalisée du débat. Le sujet de la volatilité des prix agricoles a été noyé dans la masse de la crise mondiale. Cela ne fait que confirmer que les grandes déclarations du G20 agricole de juin dernier n’ont pas été suivies de concret. C’est une bizarrerie : dans le G20 agricole, le sujet de la volatilité des prix agricoles est mentionné. Dans la réforme de la Pac, proposée par le Commissaire Ciolos, il n’y aucun embryon de mesures pour contrer la volatilité des prix agricoles. Aucun outil n’est proposé, si ce n’est des leviers privés comme les fonds de mutualisation. Quant à la volonté du G20 de relancer la production agricole mondiale, cela n’a aucun sens. Il y a un problème important lié à l’usage de cette production agricole. Si elle est absorbée pour le développement des agro-carburants, on ne résout pas le problème de la disponibilité des matières premières. Ce que je trouve le plus choquant est que l’on demande aux pays les plus pauvres de faire des stocks. C’est très coûteux de faire des stocks. De présenter ces stocks prépositionnés comme un point positif est purement scandaleux. Pour assurer la sécurité alimentaire, les paysans doivent avoir accès à l’eau, aux semences et à la terre. Le G20 propose de faciliter la recherche sur le génome du blé, notamment vers le développement de variétés OGM, ce qui réduira davantage l’autonomie paysanne.

Vous êtes critique sur la réforme de la Pac. Une des ambitions du commissaire était de la rendre plus légitime. Sur ce point, va-t-il dans le bon sens ?
Pas du tout. Avant 1992, la Politique agricole commune se fondait sur une logique d’aides à la production. Depuis 1992, la Pac aide les moyens de production des paysans. La réforme proposée par le commissaire Ciolos ne rend pas cette Pac plus légitime. Le principe d’attribution de soutiens annuels lié aux seuls hectares et quel que soit le  niveau des prix agricoles et le nombre de personnes travaillant sur chaque ferme n’est pas remis en cause. Où est la volonté d’équité affichée ? En résumé : plus tu possèdes, plus tu auras de subventions. C’est comme si on investissait dans la concentration des fermes. Cette réforme n’est pas redistributive. A la Confédération paysanne, on défend depuis longtemps des aides conditionnées aux nombres d’actifs agricoles. Voilà un moyen de rendre cette politique légitime aux yeux des citoyens. Quant au verdissement des aides, je me suis déjà exprimé pour dire qu’il ne va pas assez loin. Il n’est en l’état que pure façade. Ce verdissement ne conduirait à aucun changement de pratique dans 95% des exploitations françaises. A quand une politique européenne durable, juste et sociale ?

En ces temps de vaches maigres, le gouvernement vient d’annoncer un nouveau plan de rigueur. Il s’attaque à certaines niches fiscales. A ce titre, l’agriculture bénéfice de 2,2 milliards d’euros. Ces niches sont-elles toute justifiées ?
Dans le secteur agricole, nous ne bénéficions pas de niches mais de véritables cathédrales. Ces dispositifs ne sont que le corolaire de la politique agricole commune. C’est le deuxième étage de la fusée aboutissant à la concentration des fermes. Certains outils sont scandaleux. Je n’en citerai qu’un : l’exonération des plus values sur cessions d’actifs. Ce dispositif est plafonné à 250 000 euros pour 5 ans. En plus cette mesure a été accentuée en 2002 au moment du passage à l’euro. Une réforme de la fiscalité agricole est plus que nécessaire.

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