Trop à l'étroit à Saint-Romain-en-Jarez (Loire), l'Atelier Patrick Font investit 5,6 M€ pour déménager, fin 2020, à Tartaras (Loire). Sur l'ancien site industriel de Potato Masters, il pourra réunir la fabrication de ses jus et nectars de fruits haut de gamme et son entrepôt logistique tout en se dotant d'un nouvel outil de production beaucoup plus performant. De quoi poursuivre une expansion qui a déjà vu son chiffre d'affaires doubler ces six dernières années pour atteindre 3,75 M€ en 2019. L'entreprise commence aussi à préparer le passage de témoin entre Patrick Font, le fondateur âgé de 60 ans, et ses deux enfants, Romain, 33 ans, entré dans l'entreprise en 2010 en charge du commercial et du marketing, et Marine, 29 ans, responsable de la production et de la partie logistique depuis un an. Romain Font revient pour Agra Alimentation sur la stratégie et les développements récents.
Pour quelles raisons l'Atelier Patrick Font quitte Saint-Romain-en-Jarez pour s'implanter à Tartaras ?
Romain Font : Mon père a créé son atelier en 1993, sous la ferme familiale. C'était un outil très artisanal avec seulement 350 m2 au départ, ce qui, avec le développement de l'activité, imposait de trouver constamment des solutions et astuces pour compenser le manque d'espace. Grâce à de gros travaux de remblais sur les coteaux du Jarez, il a pu réaliser une petite extension de 200 m2, mais le site n'a jamais été accessible pour les camions semi-remorque, ce qui rendait la logistique très compliquée. Il a fallu rapidement louer un entrepôt de 1 700 m2 à Chabanière (Rhône) à 18 km de l'atelier avec d'incessants allers et retours entre les deux sites. Nous avons saisi l'opportunité d'un site industriel disponible suite à la liquidation de Potato Masters à Tartaras, distant de moins de 20 km et parfaitement desservi par l'A47 pour regrouper toute notre activité. Les travaux ont un peu de retard mais on devrait s'y installer fin 2020.
Quel est le montant de l'investissement ?
R. F. : C'est un investissement très conséquent de 5,6 M€ comprenant 2 M€ pour l'acquisition des 2,5 hectares de terrain et des 5 200 m2 de bâtiments, 1 M€ pour les travaux et 2,6 M€ pour le matériel et les équipements de production. Il est financé par emprunt auprès de la Banque populaire, la Société générale, la BPI et le Crédit agricole. Nous attendons une réponse pour une subvention du Feder à hauteur de 600 k€.
Quels sont les enjeux en termes de production ?
R. F. : Nous allons passer d'un atelier de 550 m2, nécessitant beaucoup de manutentions et d'huile de coude, à un site de production de 1 800 m2 de dernière génération et semi-automatisé. C'est comme si nous repartions de zéro avec un nouvel outil de production, ce qui explique que nous avons pris le temps nécessaire pour choisir le meilleur matériel et repenser les lignes de production. Nous avons choisi un extracteur-décanteur à froid Bertocchi qui fonctionne en continu de l'extraction jusqu'au conditionnement, à la fois pour les purs jus et les nectars de fruits (dans les nectars, il n'y a pas de dissociation de la purée et du jus). L'avantage de cette technologie est de minimiser le contact du jus avec l'oxygène, ce qui permet de limiter l'oxydation et de préserver les qualités organoleptiques des fruits et légumes et aussi leurs couleurs renforçant la sensation de fraîcheur. Le deuxième avantage est que nous nous passons de l'étape de filtration pour les jus clarifiés qui est assurée automatiquement par le décanteur. Comme son nom l'indique, le process continu permet de réaliser toutes les étapes de production et de conditionnement en une fois, alors que ça pouvait prendre deux jours dans l'ancien atelier avec beaucoup de temps morts. La tireuse, avec en sortie un tunnel de tirage à froid, et la ligne de conditionnement seront entièrement automatisées avec une capacité et une cadence de production potentiellement triplées. Enfin, comme le nouveau site de Tartaras regroupe aussi la logistique avec 1 000 m2 de quais et 2 400 m2 d'entrepôt de stockage, nous allons gagner du temps et de l'argent. Les allers et retours entre l'atelier de Saint-Romain-en-Jarez et l'entrepôt de Chabanière représentaient 60 k€ rien qu'en coûts de transport !
Comment a évolué l'activité depuis la fin de la sous-traitance pour Alain Milliat ?
R. F. : Mon père a produit les jus de fruits d'Alain Milliat de 1995 à fin 2009, ce qui représentait alors les trois quarts de son activité. Après plusieurs tentatives d'association qui n'ont jamais abouti, ce partenariat s'est arrêté brutalement, provoquant un vrai trou d'air, mais nous avions une trésorerie solide, l'envie et les ressources pour rebondir rapidement. Nous avons ainsi opéré une refonte de notre marketing, avec en 2013 un changement de format de bouteille, de 33 à 25 cl tout en conservant en parallèle nos bouteilles d'un litre, et nous avons beaucoup démarché les chefs et restaurants étoilés en nous différenciant par la qualité de nos jus. Enfin, nous avons créé une deuxième marque, Emile Vergeois, destinée au réseau des détaillants (primeurs, épiceries fines...). La stratégie semble la bonne car cette dernière décennie, notre chiffre d'affaires a connu de fortes croissances annuelles qui, à plusieurs reprises, ont atteint 17 à 20% de progression. Nous pensons pouvoir continuer à ce rythme, notamment en développant l'export que nous avons lancé il y a 18 mois, en visant en priorité les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Cette année, notre ambition était de faire passer nos ventes à l'export de 5 à 20% et, dès fin févier, nous tenions parfaitement nos objectifs avec une activité à l'international représentant 22% de notre chiffre d'affaires total. Mais le Covid 19 est passé par là et a tout stoppé !
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R. F. : Difficilement comme toutes les entreprises qui travaillent dans le réseau CHR. Nous nous attendons à une baisse de 40% de notre activité cette année. Mais nous nous sommes aussi mobilisés pendant le confinement, d'une part, en anticipant certaines productions de saison et en reconstituant nos stocks, d'autre part, en lançant une nouvelle gamme de trois thés glacés (thé blanc-hisbiscus-litchi, thé noir-citron vert-gingembre, thé vert-fruits de la passion-menthe) ainsi que deux nectars de fruits de la passion et de litchis et un pur jus de pommes qui sont nos toutes premières références bio, certifiées par Ecocert depuis le 20 mai et disponibles à la vente dès mi-juin.
D'où proviennent les fruits et légumes entrant dans la composition de vos jus et nectars ?
R. F. : 60% de nos approvisionnements en fruits et légumes proviennent de producteurs partenaires basés dans un rayon de 70 km autour de l'atelier. Nous avons développé beaucoup de partenariats en France et à l'étranger, en co-investissant soit dans le matériel soit dans les plantations. Au Cameroun par exemple, nous sommes actionnaires d'une société spécialisée dans la fabrication de purée de mangue surgelée. De même, avec notre partenaire Austral Sourcing qui intervient à la fois à la Réunion pour nous fournir en ananas Victoria et à Madagascar pour les litchis et fruits de la passion qui sont pressés ou coupés en morceaux puis surgelés avant de nous être expédiés. Plus près de chez nous, nous avons investi dans un surgélateur de fraises chez un producteur de Montrottier (Rhône) et financé la replantation de tomates jaunes et noires de Crimée dans l'exploitation les Délices de Janin à Pact (Isère) ou de 2 000 pêchers de vigne dans l'exploitation de la famille Pestre à Chevinay (Rhône).
Les chiffres clefs d'Atelier Patrick Font (2019)
Chiffre d’affaires : 3,75 M€ (+9,5% par rapport à 2018)
Production : 2,2 millions de cols
17 salariés
35 références produits jus et nectars de fruits et thés glacés
75% des ventes en CHR, 15% dans les épiceries et primeurs et 10% en prestation de services