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Ceta : les exportateurs de porc canadiens dans les starting-blocks

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Le Canada devrait profiter du Ceta pour exporter de la viande porcine fraîche ou congelée à destination des industriels de la charcuterie-salaisonnerie française.

D’ici 2023, l’application de l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (Ceta) permettra aux Canadiens d’exporter outre-Atlantique jusqu’à 85 000 tonnes de viande porcine (équivalent carcasse, soit 65 000 tonnes de produits) sans payer de droit de douane, contre 5 000 tonnes aujourd’hui. Cela correspondrait à 7 % de leurs exportations actuelles, et 0,5 % de la consommation européenne. Ces nouveaux volumes seront pleinement utilisés si les relations avec les administrations européennes se déroulent sans anicroche, prévoit déjà Richard Davies, vice-président d’Olymel, l’un des deux principaux abatteurs canadiens : « Un accès amélioré sur un marché est toujours très bienvenu ». L’industriel rappelle toutefois que cet accord ne permet pas d’atteindre une « équivalence » entre les deux rives, puisque l’Europe peut exporter sans droit de douane vers le Canada, et qu’elle a exporté 12 000 tonnes de viande porcine en 2015.

Quelles sont les ambitions des Canadiens en Europe ? Ils devraient miser sur des produits à forte valeur ajoutée, estime Jean Larose, le directeur des Éleveurs de porc du Québec, principal syndicat d’éleveurs de la province forte productrice de porc et très orientée vers l’export : « Une chose est sûre, nous n’enverrons pas des carcasses et des demi-carcasses ». Selon Richard Davies, les Canadiens devraient probablement exporter des produits frais ou congelés à destination de l’industrie de la charcuterie-salaisonnerie française. Peut-être du muscle de jambon, comme le prévoit d’ores et déjà l’institut du porc français (Ifip) dans une étude parue en janvier. Mais d’autres filières pourraient se développer, probablement à la marge, espère Richard Davies, qui valoriseraient l’origine Canada elle-même, pour attirer « une clientèle ciblée ».

« C’est un défi d’exporter en Europe »

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En Europe, les Canadiens n’arrivent pas en terrain conquis ; la concurrence paraît relativement équilibrée entre les deux rives de l’Atlantique ; selon l’institut du porc français (Ifip), les coûts de production canadiens sont similaires à ceux des Européens à la sortie des élevages, néanmoins un peu meilleurs au Canada en sortie d’usine. « C’est un défi d’exporter en Europe, confirme Jean Larose. Nous le faisons avec beaucoup d’humilité. Les filières européennes sont très dynamiques et compétitives ». Selon Richard Davies, les investissements réalisés pour conquérir le marché européen seront « limités » ; ils consisteront à des investissements de prospection commerciale.

Pour les Canadiens, le Ceta arrive à point. Les États-Unis, leur principal client pour le porc, deviennent un partenaire commercial de plus en plus instable en ces temps de renégociations de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) avec l’administration Trump. Le Ceta est un moyen de diversifier les débouchés du pays en cas de crise ; la production porcine canadienne est deux fois plus exposée que l’Europe aux marchés internationaux : deux tiers sont exportés, contre un tiers en France.

Deux tiers de la production canadienne est exportée, dont 40 % vers les États-Unis