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Flambée des cours Chacun tente un effort pour éviter le scénario de 2008

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La situation actuelle sur les marchés alimentaires suscite des craintes quant à une crise similaire à 2007-2008. Le président de la République s’est même emparé du dossier et devrait proposer des solutions lors du salon Space à Rennes, auquel il se rendra le 11 septembre. En attendant, la solution d’une table ronde entre distributeurs, producteurs et transformateur semble se profiler sous l’égide du ministère de l’Agriculture. À sa manière, en tout cas, chacun fait son effort : les céréaliers proposent un fonds de solidarité pour les éleveurs, tandis que la distribution a engagé des discussions avec les volaillers.

Face à la flambée des prix, y’a-t-il urgence ? Aucune menace ne pèse à ce jour sur la sécurité alimentaire mondiale, a rapporté le ministère de l’Agriculture dans un communiqué daté du 28 août, à la suite d’une visioconférence tenue la veille, entre la France – présidente de l’Agricultural Market Information System (AMIS) et de son Forum de réaction rapide –, les États-Unis en tant que future présidence d’AMIS, le Mexique en tant que président du G20, la FAO, la Banque mondiale, l’OCDE et l’IFPRI (Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires). Ainsi, malgré une situation des marchés jugée « préoccupante », le consortium a décidé d’attendre, tout en restant « vigilant », comme ce fut le cas ces deux derniers mois marqués par la montée brusque de signaux forts. La grande sécheresse et la chaleur extrême aux Etats-Unis ont en effet poussé les prix mondiaux du maïs et du soja à des niveaux records, +25% pour le premier et +17% pour le second. La situation s’est détériorée pour le blé, principalement en raison d’un été particulièrement sec en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan. En revanche, le marché du riz est resté stable. « La conjoncture estivale (...) pèse sur la production et la disponibilité des stocks, a indiqué le 29 août le président de la FNSEA, à l’occasion d’une conférence de presse. On voit se profiler une situation un peu analogue à celle de 2007-2008. Mais nous ne sommes pas là pour affoler ou faire peur ». Pour l’heure, le gouvernement s’est fixé l’échéance du 12 septembre et la sortie d’un nouveau rapport du département américain à l’Agriculture (l’USDA).

Des propositions attendues au Space

En attendant, entre producteurs, distributeurs et transformateurs, les lignes bougent. Car de cette flambée des prix des matières premières devrait résulter une hausse inquiétante, à venir, des prix des produits alimentaires. Une situation exceptionnelle, a commenté le ministre de l’Agriculture, confirmée par l’intervention du président de la République sur le dossier. François Hollande « nous a demandé de faire en sorte que la profession propose des dispositifs entre le secteur végétal et le secteur animal pour passer ce cap difficile », a déclaré Xavier Beulin, à l’issue d’un entretien d’une heure, le 28 août, avec le chef de l’Etat. Ces mécanismes pourraient s’appuyer sur des « formes contractuelles » fondées sur la réciprocité entre céréaliers et éleveurs. La FNSEA s’est engagée à faire ses propositions tout en confirmant la venue de François Hollande lors du salon Space à Rennes, du 11 au 14 septembre, lors duquel, « il nous a dit qu’il reviendrait sur l’ensemble de ces sujets », a rapporté Xavier Beulin. Stéphane Le Foll a annoncé de son côté proposer un plan à la mi-septembre au sein duquel « chacun devra faire des efforts », a-t-il prévenu le 25 août, et qui visera à « assurer le maintien de la viabilité des élevages et en même temps d’éviter dans un moment où la consommation et le pouvoir d’achat sont dans une situation difficile de tout répercuter » sur le consommateur, a-t-il ajouté.

Des abattoirs remettent en cause leurs engagements

La contractualisation est appelée à grand renfort pour tenter d’amortir tout au long de chaîne les impacts de la volatilité des prix. Pourtant, des exemples ça et là montrent la limite du système. Les abattoirs de volailles ont notamment annoncé à la Confédération française de l’aviculture (CFA) leur intention de baisser les prix à la production : la Fédération des industries avicoles (FIA) et le Comité national des abattoirs et ateliers de découpe de volailles (CNADEV) estiment en effet, dans un communiqué du 30 août, que l’envolée des cours des matières premières utilisées pour alimenter les volailles sont à l’origine d’une « augmentation cumulée du prix de l’aliment de plus de 50% et des hausses des prix de revient de la volaille vivante de plus de 24% ». En conséquence, celles-ci n’ont « pas d’autre choix que de remettre en cause leurs engagements de contractualisation avec les éleveurs, accouveurs et fabricants d’aliments ». On peut dès lors s’interroger sur les suites
d’une ouverture probable des discussions tarifaires entre distributeurs et transformateurs dans la filière porcine, rapportée le 29 août par Guillaume Roué, président de l’interprofession porcine (Inaporc), à la suite d’une rencontre avec Stéphane Le Foll et un représentant de la Fédération du commerce et de la distribution. Une limite aussi que ne semble plus vouloir franchir le président de Système U, Serge Papin. Après avoir mené des discussions en juillet avec les volaillers, c’est désormais sous l’égide du ministère de l’Agriculture qu’il entend que les négociations se poursuivent. « Et le ministre commence à évoquer l’intérêt de cette table ronde », souligne le distributeur (voir interview page 7). Xavier Beulin anticipe : il a annoncé le 28 août inviter à une réunion, avant le 11 septembre, les signataires de l’accord du 3 mai 2011 (sur les négociations entre fournisseurs et distributeurs en cas de forte évolution des prix). Seulement, les distributeurs ont un préalable : éleveurs et céréaliers doivent mettre en place entre eux des dispositifs. Et l’horizon, ce 30 août, s’est enfin élargie avec l’annonce par les céréaliers de la création d’un fonds structurel de solidarité en faveur des éleveurs ainsi que de la volonté affichée de développer des relations contractuelles avec le secteur élevage.
D’autres solutions sont par ailleurs défendues : chaque pays devrait se doter de stocks couvrant entre une semaine et un mois de ses besoins, a plaidé le 27 août José Graziano da Silva, directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Une idée soutenue également par la FNSEA : « Il faut une gouvernance de stocks. On ne peut pas vivre durablement avec des politiques de court terme », a indiqué Xavier Beulin.

De la vigilance à l’urgence

En attendant, les signaux d’alerte sont à nouveau montés d’un cran ces derniers jours. « Les prix alimentaires ont encore augmenté brutalement et menacent la santé et le bien-être de millions de personnes », a déclaré le 30 août dans un communiqué le président de la Banque mondiale (BM), Jim Yong Kim. Au Mozambique, le prix du maïs a flambé de 113% en un mois tandis que le sorgho a vu son coût bondir de 220% au Soudan du Sud et de 180% au Soudan, selon la BM qui, face à la situation, s’est même dit « prête » à augmenter son programme d’assistance à l’agriculture, auquel elle consacre plus de 9 milliards de dollars en 2012.

Lire également page xx l’article sur la conférence de presse de rentrée de Xavier Beulin

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