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Distribution/Résultats Changement de cap en douceur pour Carrefour

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Les résultats du leader français de la distribution et numéro deux mondial étaient très attendus, le groupe ayant traversé une longue période de turbulences, au cours des derniers mois : profit warnings à répétition en Bourse, changement de dirigeant qui a vu George Plassat remplacer Lars Olafson en juin dernier à la direction générale et longue bataille au Brésil perdue face à Casino pour la prise de contrôle de Grupo Pão de Açucar (GPA). La veille de la présentation de ces résultats, le groupe, premier employeur privé dans l’hexagone, annonçait en outre la suppression de de 500 à 600 postes administratifs en France, via un plan de départs volontaires, pour poursuivre le redressement de sa rentabilité.

Les résultats publiés le 30 août ont plutôt constitué dans ce contexte une bonne surprise, immédiatement saluée par la Bourse de Paris, le titre s’offrant le jour même, la meilleure performance de l’indice CAC40, avec un rebond de 9,4%. En termes de ventes, le premier semestre présente un chiffre d’affaires en quasi stagnation, avec une progression de seulement 0,9% à 38 475 millions d’euros. En France, principal marché du groupe, le chiffre d’affaires est en baisse de 0,5% à 16 995 millions, affecté par « la baisse des ventes non alimentaires, notamment des produits saisonniers ». L’investissement continu dans les prix a eu un effet légèrement négatif sur la marge commerciale, note le communiqué. L’Europe, plus particulièrement la zone sud, a connu un environnement difficile et voit son chiffre d’affaires perdre 1,8% (-3,0% à change constant) à 10 114 millions. L’Espagne explique pour une large part cette baisse, alors que la Belgique enregistre une progression. Les résultats sont plus encourageants dans les pays émergents. La croissance des ventes est restée soutenue en Amérique latine (+8,3% à changes constants et +5,3% à changes courants), pour atteindre 7 682 millions, avec de belles performances au Brésil avec Atacadao. Les ventes en Asie augmentent de 0,7% à changes constants, à 4 031 millions, mais gagnent 9,5% à changes constants, marquées par des ventes stables en Chine et une progression soutenue en Indonésie. Dans la zone, la marge commerciale s’améliore, même si les coûts de distribution, affectés par l’inflation salariale en Chine, sont en hausse.
 
La situation financière évolue plus positivement
Sur les six premiers mois de 2011, Carrefour avait subi une perte nette de 249 millions d’euros, pénalisé par d’importantes charges non courantes, notamment des dépréciations d’actifs. Le semestre écoulé a réussi à limiter ces pertes nettes à 31 millions d’euros, profitant de la croissance de ses ventes en Amérique latine. Le résultat aurait même pu être bénéficiaire en excluant ses opérations en Grèce. Sans le désengagement du groupe en Grèce annoncé en juin, la perte nette sur le semestre aurait été de 230 millions d’euros. La fermeture de ses deux magasins à Singapour, annoncée en début de semaine, a également été intégrée dans les comptes. Le résultat net des activités poursuivies s’établit à 199 millions, comparé à des pertes de 879 millions pour la même période de 2011. Sur le semestre, le bénéfice opérationnel courant (Ebit) ressort à 769 millions d’euros, en baisse de 8,2%. L’objectif de résultat opérationnel courant est fixé par le groupe entre 2,03 et 2,09 milliards d’euros pour l’ensemble de l’année. La dette financière est également en nette amélioration, d’un milliard d’euros à 9629 millions au 30 juin 2012.
 
Reconquérir le marché français
Le PDG s’est donné trois ans pour remettre Carrefour sur les rails. Les grandes lignes de sa stratégie sont celles présentées juin, devant les actionnaires du groupe, passant notamment par le désendettement , la décentralisation, la réduction des frais généraux et, d’une façon plus générale, le retour au sens du client. Prudent, il se garde toutefois de tout objectif chiffré et demande « à ce que sa société puisse travailler dans le silence ». Il a également insisté sur la nécessité pour Carrefour de trouver des ressources supplémentaires pour pouvoir investir, via le désendettement. Ecartant pour l’instant une augmentation de capital, il n’exclut pas des cessions d’actifs pour dégager des ressources supplémentaires. Cela pourrait concerner de possibles changements de périmètre en Pologne, en Turquie ou en Indonésie. En revanche, il a réaffirmé l’importance pour Carrefour des marchés brésiliens et chinois. Georges Plassat a également insisté sur l’objectif que le groupe se fixait de reconquérir sa place en France, principal marché, où le chiffre d’affaires qui représente encore 43% du total est en baisse de 0,5%. Dans l’alimentaire, Carrefour ambitionne d’être « à nouveau le meilleur » dans les produits frais. Il rationalisera son offre d’épicerie en se concentrant sur des produits repères de marques nationales, intégrant des produits locaux dans les hypermarchés partout où le groupe est présent. Concernant la marque propre du groupe, il a évoqué la nécessité de la recentrer elle aussi. Il a exclu une sortie du non-alimentaire très durement concurrencé par les enseignes spécialisées et les sites internet. Enfin, sujet d’actualité oblige, il a assuré qu’aucun autre plan de départs volontaires n’était prévu en plus de celui qui a été présenté mercredi aux syndicats et qui porte sur la suppression de 500 à 600 postes dans les sièges et les fonctions support. Il n’a toutefois pas réussi à convaincre les syndicats qui estiment que la direction « a dans sa manche une deuxième vague de suppression des effectifs de 3 000 à 5 000 postes, cette fois dans les magasins ».

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