Abonné

RELATIONS COMMERCIALES/GUERRE DES PRIX Changement de ton des distributeurs

- - 5 min

Les industriels de l'agroalimentaire voulaient croire à un changement de ton de la distribution à l'issue de la réunion au sommet qui s'est tenue le jeudi 23 octobre. À cette occasion, Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, a prévenu qu'il allait intensifier les contrôles d'abus de position dominante et saisir l'autorité de la Concurrence sur les récentes opérations de rapprochements de centrales d'achat.

« On a clairement noté un changement de ton chez les distributeurs », résumait un des participants à la réunion du 23 octobre sur les relations commerciales, organisée par les ministres de l'Agriculture, de l'Economie et du Commerce. Ces distributeurs, venus très nombreux, n'ont pas annoncé d'engagement précis. Mais le ton était à la conciliation. La présence et les propos du ministre de l'économie, Emmanuel Macron, y étaient sans doute pour beaucoup. En annonçant qu'il allait demander à la DGCCRF (direction générale de la concurrence) de renforcer les contrôles sur l'application de la loi Hamon, en précisant qu'il allait saisir l'Autorité de la concurrence pour analyser les deux grandes associations de centrales d'achat récentes (Système U et Auchan, Intermarché et Casino), Emmanuel Macron a joué sur les cordes sensibles des distributeurs. Ceux-ci savent, également, que de nombreux contrôles ont eu lieu cet été, qu'un rapport au ministre est prévu pour mi-novembre qui pourrait préconiser des sanctions touchant les distributeurs. Autre argument d'Emmanuel Macron : la grande attention que ses services porteront à l'application du CICE (Crédit d'impôt compétitivité emploi). Pas question, dit-il, que l'impact du CICE chez les fournisseurs devienne un prétexte aux mains des distributeurs pour faire baisser les prix. Le CICE, c'est fait pour développer l'emploi et pas pour baisser les prix, affirme en substance Emmanuel Macron. Manuel Valls évoque des sanctions

RASSURÉS ET SANS ILLUSION

Coop de France s'est dite « rassurée du discours des ministres en faveur d'une application stricte de la loi, un renforcement des contrôles et des sanctions, mais également la mise en place d'un dialogue, visant à apaiser les relations commerciales ». Cependant, son président, Philippe Mangin estime nécessaire un soutien des pouvoirs publics « pour permettre aux producteurs de mieux s'organiser et développer des filières structurées et plus compétitives ». Apaisement est le mot général employé : « Les états d'esprit sont apaisés », affirme Xavier Beulin, le président de la FNSEA. « C'est une réunion d'apaisement au cours de laquelle nous avons rappelé que la situation de baisse des prix est à terme inquiétante pour tout le monde, car elle réduit les capacités d'innovation des entreprises », commente le président de la Fédération des entreprises de commerce et de distribution (FCD), Jacques Creyssel. « Il y a une volonté de changement d'état d'esprit », confirme Jean-Philippe Girard, président de l'Ania. Si tel n'était pas le cas, l'Ania a de toute façon d'ores et déjà annoncé qu'elle réclamerait une nouvelle loi à l'issue des négociations commerciales 2015. Une ligne partagée par Coop de France.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

concurrence
Suivi
Suivre

CONCENTRATION CHEZ LES DISTRIBUTEURS

Avec la table-ronde du 23 octobre, le gouvernement a voulu rassurer les entreprises agroalimentaires, inquiètes des récentes opérations de concentration opérées par les distributeurs ces dernières semaines. Système U et Auchan en septembre, suivis de Casino et Intermarché ont annoncé le rapprochement de leurs centrales d'achats avec un système de mandat qui évite un rapprochement capitalistique. L'objectif : peser face à leurs concurrents, Leclerc en tête, et à leurs fournisseurs les plus imposants. Les « quatre » premières centrales d'achats couvrent désormais 90% du marché, estimait l'Ania lors de ses assises du 21 octobre. Pour les fournisseurs, cet évènement vient d'annuler les effets de la loi sur la consommation (dite loi Hamon), qui devait rééquilibrer les relations commerciales.

L'OBLIGATION DE RENÉGOCIER LES PRIX EN CAS DE HAUSSE DES MATIÈRES PREMIÈRES DEVIENT EFFECTIVE

La clause de renégociation en cas de forte volatilité des matières premières prévue par la loi Hamon sera notamment applicable à la vente du lait et des produits laitiers, des produits de la pisciculture, de la viande, des œufs et des pâtes alimentaires (voir JO du 16 octobre). A noter, un arrêté doit encore définir les indicateurs à considérer. Si elle n'impose pas de se mettre d'accord, cette mesure pourrait accélérer les discussions, selon les plus optimistes. « Les clients nous mettent sous pression quand ça baisse, et ils freinent les discussions quand ça augmente. La clause de renégociation permettra d'éviter l'attitude de la grande distribution qui ralentit les discussions », estime Robert Volut, président de la Fict (industrie de la charcuterie). En revanche, pour le vice-président de l'Ania, Jérôme Foucault, président de Cofigeo (Raynal et Roquelaure, Zapetti), il s'agit d'une « complexification inutile », « qui ne pourra aller que dans un sens », celui de la distribution. Dans les allées du Sial, un industriel jugeait cette clause « inapplicable ».