APM, filiale à 50-50 de la coopérative franc-comtoise Interval et de l’équipementier automobile Faurecia, va plus que doubler sa production de résine composite de chanvre pour intérieurs de voitures, a annoncé Pierre Demortain, responsable des ventes, le 12 juillet dans l’usine dijonnaise d’APM. Cette montée en puissance est due à l’incorporation de résine composite dans bientôt trois modèles de voitures par Faurecia.
À peine sortie de l’étape de pré-industrialisation (2014) défrichée par la coopérative Interval, la société française Automotive Performance Materials (matériaux de performance automobiles - APM) va doubler la capacité de son usine de production de résine composite contenant du chanvre. L’usine, basée à Fontaine-lès-Dijon, produit déjà 3 000 tonnes d’une résine composée à 20 % de fibre de chanvre. Elle passera à 8 000 tonnes dans les deux à trois ans, du fait d’une demande des constructeurs d’automobiles en matériaux les plus légers possible et qui ne polluent pas en fin de cycle. La résine est ensuite livrée à Faurecia ou à des plasturgistes pour mouler des tableaux de bord et des garnitures de portières. La fibre de chanvre remplace entre autres la fibre de verre, plus lourde, et plus énergivore à produire et à recycler. Un allégement de 10 kilos d’un véhicule permet d’éviter l’émission d’un gramme de CO2 par kilomètre, a indiqué le porte-parole de Faurecia.
Après la fibre de chanvre, le propylène de sucres cellulosiques
Cette résine thermoplastique chargée de chanvre, appelée Nafilean (Natural Fibers for Lean Injection, fibres naturelles pour injection pauvre) est utilisée déjà en série dans la Peugeot 308, qui est sortie en 2013, et maintenant dans le modèle d’Alfa Roméo Giulia sortie en juin 2016. Le contrat entre Renault et Faurecia étant signé, le Nafilean équipera la Mégane 4 à partir de fin 2016, requérant cette montée en puissance de la production.
Après cette phase, APM vise le passage au 100 % biosourcé pour sa résine : le propylène, qui représente 80 % de la masse du produit, devrait être fabriqué à partir de sucres de cellulose comme ceux sur lesquels travaillent les chercheurs de Pomacle, près de Reims. Les sources de cellulose pourront être des pailles ou des cultures comme le miscanthus ou des arbres à rotation rapide (saules, peupliers, sapins).
La fibre de chanvre, une des matières premières de l’usine d’APM, est fournie par Eurochanvre, filiale à 100 % d’Interval. L’usine d’Eurochanvre, située à Arc-lès-Gray en Haute-Saône, traite 6 000 à 8 000 tonnes de paille de chanvre par an, selon son responsable industriel, Gilles Chanet. Le savoir-faire d’APM, destiné à fournir avant tout Faurecia (à 85 %), suscite des demandes diverses. Ainsi, le Nafilean est demandé (à environ 15 %) par des fabricants d’hélices d’éoliennes et par des fabricants de toiles servant à recouvrir des stades, a indiqué Raphaël Berthoud, directeur général d’APM.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Répondre à une demande pour des matériaux plus légers
Le chanvre, une culture multi-usages
Le chanvre est une plante dont la culture a des usages multiples. Son avantage le plus recherché est la production d’huile de ses graines riches en oméga 3. Les graines sont de plus en plus utilisées dans les pains et comme accompagnements aux salades, pour leurs qualités nutritionnelles et leurs arômes. « La graine représente la moitié du produit brut à l’hectare » de chanvre, a indiqué Philippe Guichard, directeur général d’Interval, coopérative à dominante céréalière, située en Arc-lès-Gray en Haute-Saône.
Après les graines, la partie recherchée est la fibre, contenue dans la tige. L’utilisation de la fibre en papier Bible et en papier à cigarette s’est érodée, mais l’utilisation en matériau composite se développe. La tige contient des éléments friables, qui ne sont pas de la fibre, la chènevotte. Elle est de plus en plus valorisée en paillages horticoles et en bétons de chanvre pour isoler les murs.
Le chanvre couvrait 100 000 hectares au XIXe siècle, avant tout pour le textile grossier (voiles, cordes, draps). La sole de chanvre est passée à mille hectares en 1960. Elle est remontée à 24 000 hectares. Le débouché de la graine est prometteur, estime Philippe Guichard, du fait de son marché en diététique et en cosmétique. Celui de la fibre progresse via les matériaux composites. Au champ, l’atout de cette plante est sa faible exigence en phytosanitaires, en fertilisants et en eau, et son action structurante sur les sols, a précisé le directeur général d’Interval.