La filière européenne du chanvre voudrait profiter de la nouvelle Pac et des ambitions actuelles en termes de bioéconomie pour se développer. Seulement, estime l’Association européenne du chanvre industriel (EIHA), il faut pour cela harmoniser la réglementation européenne et permettre l’utilisation de l’entièreté de la plante, y compris les feuilles et les fleurs – un domaine très porteur actuellement avec l’explosion dans certains pays européens de la vente de produits au cannabidiol. Pour l’EIHA, une des premières choses à faire serait de relever le taux maximal de THC autorisé dans le chanvre à 0,3 % contre 0,2 % aujourd’hui.
Multi-usage, durable, « zéro émission », le potentiel du chanvre est énorme mais pour pleinement se développer la filière a besoin d’un certain nombre d’adaptations de la réglementation européenne, estime l’Association européenne du chanvre industriel (EIHA) qui publie le 21 avril un « manifeste du chanvre » proposant à la Commission européenne dix grandes mesures à prendre.
La surface de chanvre en Europe progresse ces dernières années, atteignant 48 000 ha en 2018, soit une hausse de 3,3 % par rapport à 2017 et 70 % en cinq ans.
Cette hausse des surfaces est notamment portée dans certains pays d’Europe par l’explosion sur le continent de la vente de produits au CBD (cannabidiol), matière active légale en France aux effets relaxants (non stupéfiants). Pour l’EIHA, cette demande permet d’attirer les investisseurs et donc de développer toute la filière pour une triple utilisation : les fibres pour la construction ou le textile, les graines pour l’alimentation humaine et animale et les feuilles et fleurs pour notamment la production de produits au CBD mais aussi la pharmacologie ou les cosmétiques.
La question des fleurs et des feuilles
Mais les règles dans les États membres sur l’utilisation des fleurs et de feuilles ne sont pas harmonisées. L’association professionnelle estime que les États membres ne devraient pas appliquer les législations sur le contrôle des drogues au chanvre et à ses produits dérivés, tant que les limites fixées pour la teneur en THC sont respectées. À ce titre, l’EIHA considère que le taux maximal de THC autorisé dans le chanvre devrait être ramené à 0,3 % et non à 0,2 % comme c’est le cas aujourd’hui. Cela permettrait au secteur de s’aligner sur les normes internationales et de commencer à sélectionner des variétés nouvelles et mieux adaptées à l’utilisation de la plante entière pour satisfaire les pratiques des agriculteurs et les tendances des consommateurs.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Dans sa position sur la future Pac – encore en discussion –, le Parlement européen est en faveur du relèvement du taux de THC de 0, à 0,3 %. Les États membres sont, eux, plus divisés. La France en particulier, premier producteur européen de chanvre industriel avec près de 40 % des surfaces, y est opposée.
La véritable valeur ajoutée du chanvre est la possibilité d’utiliser la plante entière afin de maximiser la rentabilité de la culture, ce qui se traduit par des revenus plus élevés pour les agriculteurs et les autres opérateurs tout au long de la chaîne de valeur, estime-t-on à l’EIHA. La rentabilité de la production double quasiment entre une utilisation seulement des fibres et des graines, et une utilisation en plus des fleurs et des feuilles.
Profiter de la Pac
Au-delà de ces questions légales, le lobby européen demande que les États membres aient la possibilité d’allouer une partie de l’enveloppe des paiements directs de la Pac à des interventions sectorielles visant à encourager la production et la transformation du chanvre. Il souhaite également une simplification des nouvelles mesures d’écoconditionalité pour les producteurs de chanvre, par exemple en excluant cette production de l’obligation d’avoir des zones non productives.
Les producteurs de chanvre devraient recevoir une rétribution pour les externalités environnementales positives, éventuellement dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission existant ou d’un nouveau système. Enfin, l’EIHA voudrait que le chanvre et les préparations de chanvre contenant une teneur naturelle en cannabinoïdes ne soient pas considérés comme des nouveaux aliments au regard de la réglementation européen.