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Charcuterie : le médiateur recommande une révision automatique des prix

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Saisi par l’interprofession porcine (Inaporc) du fait de la hausse des cours du porc, le médiateur des relations commerciales agricoles préconise une révision automatique du prix d’achat des produits charcutiers. L’objectif est de gagner en efficacité.

« Aujourd’hui, nous consacrons beaucoup trop de temps et d’énergie à négocier pour avoir de petits avantages sur les marchés. C’est un temps qu’on devrait utiliser pour organiser la filière, monter en gamme et gagner en efficacité industrielle », conseille Francis Amand, médiateur des relations commerciales lors de l’assemblée générale de l’Inaporc, qui s’est tenue le 3 juillet. Saisi par l’interprofession porcine (Inaporc) en avril, il « préconise une révision automatique du prix d’achat des produits charcutiers », dans un communiqué de presse du 1er juillet. La raison : une « hausse des prix appelée à se poursuivre au-delà de la fin de l’année du fait de la propagation probable de la peste porcine africaine (PPA) dans le monde ».

La révision automatique du prix devra passer, selon ses recommandations, par l’introduction d’une clause de révision du prix d’achat dans les contrats tant à marques propres qu’à marque de distributeurs. Dans cette clause, « librement négociée », devront être spécifiées les modalités de l’ajustement automatique du prix « qui devra fonctionner à la hausse comme à la baisse par référence à un ou plusieurs indicateurs de marchés », explique le médiateur. Une telle clause « éviterait de multiplier les renégociations du contrat en cours d’année, alors que la procédure de renégociation est longue et complexe », justifie-t-il. « Les indicateurs de prix de marché des pièces de porc destinées à la charcuterie, en cours de mise en place par FranceAgriMer » sont cités comme base pertinente.

Une solution pas toujours adoubée par la filière

« Il y a des milliers d’acteurs, 300 salaisonniers, comment voulez-vous aligner tout le monde ? », interpelle Emmanuel Commault, directeur de la Cooperl lors de l’AG de l’Inaporc. « Les acheteurs ont des objectifs de réduction des tarifs, on ne peut pas changer ça, c’est comme essayer de changer le cours d’un fleuve », poursuit-il.

Sur l’automaticité de la révision des prix, les distributeurs sont également réservés. Outre leurs interrogations sur la conformité au droit européen, Gérard Cladière, représentant du groupe viande de la FCD (distributeurs), assure que « ce mécanisme de révision des prix est destructeur de valeur et de compétitivité pour la filière. Il n’est ni réaliste, ni pratique, ni fonctionnel ».

Augmenter les prix d’achat

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Dans tous les cas, le médiateur enjoint les parties « à s’accorder d’ici mi-juillet pour relever les prix d’achat […] afin de prendre en compte le renchérissement de la matière première, à hauteur de son utilisation dans les fabrications des produits alimentaires ». Pour cela, il « engage les industriels à réaliser un effort de transparence à l’égard des distributeurs, permettant une prise en compte réaliste de la part des matières premières issues du porc dans les produits transformés ».

Une position que ne partage pas Bernard Vallat, président de la Fict (fédération des charcutiers). « Demander à un industriel de livrer tous ses secrets, c’est le mettre en difficulté, car les distributeurs sont aussi des fabricants de marques de distributeur, il faut être prudent », alerte-t-il lors de l’AG de l’interprofession.

Et à défaut d’accord sur une révision automatique, il encourage les distributeurs à relever les prix d’achat par « paliers successifs » en fonction de l’évolution du prix du porc vif sur le marché au cadran du porc breton ou tout autre marché choisi par les parties. Le médiateur souhaite également que l’interprofession s’implique davantage en proposant des clauses types de renégociation et des révisions de prix.

Une telle clause éviterait de multiplier les renégociations du contrat en cours d’année

« Ce mécanisme de révision des prix n’est ni réaliste, ni pratique, ni fonctionnel »