En cédant à Fjord Seafood ses deux sites de découpe et de conditionnement de poisson ultra-frais, le groupe Charly Guennec poursuit la réorientation de son activité vers la distribution, entamée en 2005 avec la vente de ses 5 chalutiers. Ces deux usines réalisaient 60 % de leurs 21 millions d’euros de facturations dans la transformation de saumon. Daniel Tessier, p.-d.g. et fondateur de cette société qui affichait jusque-là 200 millions d’euros de chiffre d’affaires, n’entend pas s’arrêter là puisqu’il prévoit de céder encore ses usines de conserves et produits traiteurs pour ne conserver que ses unités logistiques et de mareyage.
Charly Guennec réorganise son activité. Le mareyeur breton vient de céder à Fjord Seafood ses deux filiales Charly Guennec Ultra-frais. Les deux sites de découpe et de conditionnement de poissons ultra-frais, basés à Lorient et Boulogne, intègrent donc le parc de cette société, qui deviendrait le leader du poisson frais emballé. Atteignant les 21 millions d’euros de chiffre d’affaires pour une production d’environ 3 000 tonnes chacune, l’activité de ces deux usines regroupait une centaine d’emplois, « tous intégrés dans Fjord Seafood » selon Daniel Tessier, p.-d.g. de Charly Guennec, et tenait une croissance de 14%.
Une concentration difficilement tenable
En cause tout d’abord, la concentration et l’intégration verticale très forte du secteur du saumon cf Agra alimentation n°1926, du 26 avril 2006, p.1. Puisque Fjord Seafood, en se faisant avaler il y a peu par le norvégien Pan Fish se retrouve dans le même groupe que Marine Harvest – leader mondial de l’élevage de saumon –, « notre concurrent découpeur était devenu lui-même notre fournisseur de matière première», explique Daniel Tessier. « Cette concentration nous a amenés à être en concurrence avec nos propres clients en RHF !», poursuit-il. « Fjord Seafood voulait gagner des parts de marché : s’il ne pouvait pas réaliser une opération de croissance externe, le groupe prévoyait de construire ses propres sites », poursuit-il. Seules solutions : le mariage, la cession d’usines… ou affronter une concurrence accrue.
80 % du CA total réalisé en GMS
Autre élément déterminant : le hausse du prix du saumon. L’activité de découpe et de conditionnement ultra-frais de Charly Guennec dépendait à 60 % de cette matière première. La flambée des cours de près de 40 % ces dernières semaines – difficilement répercutée en GMS – a rendu la situation délicate pour les transformateurs (1). La société, qui réalisait avant cette dernière cession 160 de ses 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en GMS, ne possède de surcroît pas de marque propre et commercialise ces produits sur ce circuit sous marque de distributeurs.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Se désengager de la production
Mais avant tout, ce désengagement de l’ultra-frais de Charly Guennec résulte d’un choix stratégique. Daniel Tessier entend repositionner son entreprise – dont il détient plus de 50 % du capital – et concentrer son activité sur la distribution. Après avoir déjà vendu en 2005 sa flotte de 5 chalutiers, le p.-d.g. compte également céder « lorsque une opportunité se présentera » son usine de produits traiteurs de Carhaix, ainsi que celle de conserve du Guilvinec, qui affichent chacune près de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ne devraient rester à l’actif de la société que ses activités de mareyage de Saint-Guenolé, Lorient, Boulogne et Rungis, ses trois plates-formes logistiques de Rungis, Lorient et Boulogne, ainsi que ses outils de transports et commerciaux.
Une entreprise en mutation
Constitué à partir de 1999 à la force du poignet de Daniel Tessier, le groupe s’est positionné dès 2004 de l’amont à l’aval de la filière. Mais « l’intégration verticale ne fonctionne pas sur notre cœur de métier, explique le dirigeant. En amont, la massification de la flotte était difficile. Sur la production, nous n’avons pas de taille critique. Et nous sommes aujourd’hui largement plus distributeur que producteur». Le choix s’est donc imposé de lui-même. Pour 2006, le chiffre d’affaires de cette entreprise en pleine mutation devrait donc s’élever à 180 millions d’euros pour un effectif de 420 personnes.