Le groupe américain Chiquita Brands International et son concurrent irlandais Fyffes, connu pour la marque Sol, ont annoncé le 10 mars leur fusion, qui va donner naissance à la société ChiquitaFyffes, numéro un mondial de la banane, avec un chiffre d'affaires cumulé de 3,3 milliards d'euros.
CHIQUITAFYFFES, dont le capital sera détenu à 50,7 % par les actionnaires actuels de Chiquita et le reste par ceux de Fyffes, sera présente dans plus de 70 pays et emploiera environ 32 000 personnes. Elle sera également un poids lourd dans les salades emballées, les melons et les ananas, devenant par exemple le premier importateur de melons aux États-Unis et le troisième distributeur mondial d'ananas. Son siège social sera situé en Irlande.
Près de 30 % du marché européenDans l'UE, premier consommateur mondial de bananes, Fyffes est déjà en tête avec une part de marché d'environ 16 %, suivie de Chiquita avec quelque 12%. « « Ils vont quand même détenir les clés du marché européen », s'est inquiété Philippe Ruelle, directeur général de l'Union des groupements des producteurs de banane de Guadeloupe et Martinique.
En 2012, la banane dollar (latino-américaine) représentait 68,3 % de la consommation de l'UE, la banane ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) 19,1% et la production communautaire 12,6%.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Un accord conclu en décembre 2009 a mis fin à une « guerre de la banane » qui durait depuis des dizaines d'années. Il planifie la diminution progressive des droits de douanes communautaires sur les importations en provenance des pays producteurs d'Amérique latine (1).
Pour Philippe Ruelle, le président de l'Union des groupements de producteurs de bananes de Guadeloupe et de Martinique (UGPBAN), « les conséquences ne seront pas directes » Le marché européen est approvisionné par trois catégories de bananes: la banane dollar (Amérique du Sud, Centrale et Caraïbes), la banane ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) et la banane européenne en provenance de la Martinique, la Guadeloupe et des Canaries. Seulement 15 % du marché français est fourni par la banane dollar. « Ce regroupement aurait pu être une bonne nouvelle s'il ne se faisait pas dans un contexte de baisse de tarif douanier et de dollar fort. Chaque année la banane dollar gagne en compétitivité par rapport à la banane de la zone euro », explique Philippe Ruelle. Pour le président de l'UGPBAN, les conditions d'accès au marché ne sont pas les mêmes selon la catégorie de bananes. « Nous, nous travaillons dans un respect des lois sociales et environnementales », fait-il valoir. La France s'approvisionne à hauteur de 40 % de bananes provenant de Guadeloupe, de Martinique et des Canaries, 45 % de bananes ACP et le reste en banane dollar. La consommation de banane française est en dessous de la moyenne européenne (10,2 kg hab/an) avec 7,9 kg par habitant et par an. Alors, comment les producteurs de français résisteront-ils ? « En défendant le fait qu'on produise une banane différente », répond Philippe Ruelle. « Nous avons la seule banane qui respecte des règles françaises et européennes en matière de traçabilité. Nous sommes sur un type de production durable et nous comptons travailler avec les distributeurs dans ce sens », conclut-il.
(1) Voir n° 3373 du 12/11/12 et n° 3232 du 21/12/09