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Réactions syndicales Choc de la compétitivité : les minoritaires sont déçus

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Le crédit d’impôt concédé par le plan Gallois de Jean-Marc Ayrault ne suffit pas à satisfaire les syndicats minoritaires. La Coordination rurale dénonce la réduction des exonérations des charges patronales qui a été votée en parallèle et recommande une hausse de la TVA. Pour la Confédération paysanne le coût du travail est de toute façon un faux débat. La filière agricole doit plutôt se concentrer à mieux valoriser ses produits pour accroitre ses revenus.

«Sur quel pied danse-t-on ? », réagit François Lucas, vice-président de la Coordination rurale, face au plan Gallois présenté par Jean-Marc Ayrault le 6 novembre dernier. « D’un côté, on rabote une partie de l’aide sur les exonérations des charges patronales, et de l’autre, on nous annonce un crédit d’impôt sur les entreprises », s’étonne-t-il. La réduction de l’assiette des exonérations des charges patronales sur l’emploi saisonnier, voté à l’Assemblée nationale le 6 novembre, « va relancer le travail au noir et puis c’est tout », croit, de son côté, Bernard Lannes, président de la CR. Le crédit d’impôt du plan Gallois lui-même est jugé insuffisant par la Coordination rurale. « Il n’y a pas de crédit de charge pour les chefs d’exploitation », souligne François Lucas. Or, « les problèmes de compétitivité ne sont pas dûs qu’à la main-d’œuvre, les plus gros créanciers des agriculteurs c’est la MSA », assure-t-il. Pour la Coordination rurale, le gouvernement est en effet passé à côté du « vrai levier de compétitivité », à savoir une hausse de la TVA. Le syndicat milite depuis de nombreuses années pour un financement de la protection sociale par cet impôt afin d’abaisser les coûts de production. Mais aujourd’hui, une telle orientation paraît peu envisageable. « Les membres du gouvernement sont paralysés par les positions dogmatiques qu’ils ont prises quand ils étaient encore dans l’opposition », analyse François Lucas.

« La compétitivité ne se résume pas au coût du travail »

Pour la Confédération paysanne, ce ne sont de toute façon pas les allégements fiscaux qui peuvent aider l’agriculture française. « Si on se figure que des exonérations vont remettre la France en concurrence avec des pays comme la Chine ou la Roumanie on se trompe lourdement », déclare Philippe Collin, porte-parole du syndicat. En effet, la Confédération paysanne estime que la notion de compétitivité n’est pas abordée sous le bon angle. L’amélioration des coûts de production peut aussi « passer par des investissements, une meilleure valorisation de la qualité des produits, et une réglementation tant communautaire que nationale », assure Philippe Collin. Il défend ainsi « une harmonisation européenne des régimes de protection sociale, des protections tarifaires aux frontières européennes et des investissements dans la recherche pour avoir un étalement de la récolte et des travaux ». La Confédération paysanne réfute par ailleurs la pertinence de calculer le coût du travail via un ratio salaire/heure travaillé. « La productivité horaire du travailleur français est supérieure à celle des travailleurs d’un bon nombre de pays », énonce Philippe Collin. Et justement, pour améliorer cette productivité horaire, le porte-parole de la Confédération paysanne préconise de prendre exemple sur l’industrie allemande : « son excellence, sa valeur ajoutée, sa notoriété ». Une partie de l’agriculture française s’en tire bien grâce à ces qualités rappelle d’ailleurs Philippe Collin : « les pays du monde entier s’arrachent les vins et spiritueux et les fromages qui ont des couts de productions plus élevés que la moyenne mais largement compensés par le prix de vente. Inspirons-nous de ces modèles vertueux » conseille-t-il.

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