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Christian Pees : « Deux tiers de mon chiffre d’affaires sont fiscalisés »

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Le président d’Euralis, coopérative basée dans le Sud-Ouest, insiste : des groupes comme le sien sont avant tout des entreprises semblables aux autres qui peuvent apporter des solutions aux problèmes actuels de gouvernance d’entreprises.

 

Agra Industrie : Le nouveau statut de SCE va permettre de nouer des alliances plus facilement, au-delà des frontières de l’Hexagone. Avez-vous des projets ?

Christian Pees : Depuis longtemps, les coopératives peuvent nouer des partenariats en filialisant. Avec Euralis, nous l’avons fait. Il y a trente ans déjà, nous avons créé une alliance avec Géant Vert, puis Bonduelle. Nous avons constitué des filiales 50/50. Cela dit, il est très important de faciliter les partenariats entre coopératives européennes. Les SCE peuvent permettre de résoudre des problèmes, liés à la gestion des risques par exemple. Mais dans les deux cas, il faut éliminer la crainte selon laquelle les coopératives ramènent tout aux intérêts de leurs adhérents au détriment du développement des activités. Nous pouvons mesurer facilement les performances des filiales.

A.I. : Mais cette politique de filiale nécessite une gouvernance d’entreprise forte qui sache être réactive. Les coopératives sont-elles armées pour cela ?

Christian Pees : En termes de gouvernance d’entreprise, je crois que les coopératives peuvent apporter des solutions. Par exemple sur les questionnements actuels relatifs à l’équilibre des pouvoirs entre les actionnaires et les opérationnels, les coopératives ont depuis longtemps déjà montré leur efficacité. Il suffit que chacun fasse son métier.

Je m’élève d’ailleurs contre l’idée qu’une coopérative est nécessairement lente dans son processus de décision. Nous avons fait la preuve que nous savions être réactifs pour saisir les opportunités qui se présentaient sur le marché. Dans une coopérative comme ailleurs, il est possible de décider de plan d’actions en 24 heures ! Mais dans une coopérative plus qu’ailleurs, nous rendons compte, en toute transparence, de nos actions et des orientations que nous avons prises. C’est peut-être la lourdeur de la démocratie, parfois cependant une trop grande liberté conduit à des dérives.

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A.I. : N’est-t-il pas tout de même plus difficile de convaincre les adhérents de consentir à des investissements massifs pour la recherche-développement ou la promotion de marques nationales ?

Christian Pees : Aujourd’hui, il s’agit de transformer et de vendre, c’est l’évolution suivie et que continue de suivre la coopération agricole. Euralis possède des marques nationales, internationales même avec ses foies gras ou ses semences. Cela étant, il est certain qu’il n’existe pas assez de marques coopératives. Depuis 20 ans, certaines s’y sont mises, parfois timidement. D’autres n’ont pas encore franchi ce cap.

Que ce soit pour l’innovation ou le marketing, il faut aujourd’hui créer de la valeur sur les marchés pour pouvoir ensuite en faire profiter les exploitations. Notre spécificité, c’est notre lien au territoire : nous n’avons donc pas vocation à nous délocaliser. Mais nous sommes soumis aux mêmes lois du marché que toutes les entreprises.

A.I. : Justement, pour éliminer les différences de traitement entre les coopératives et les autres entreprises, certains envisagent de supprimer les avantages fiscaux. Quelles en seraient les conséquences pour vous ?

Christian Pees : Ces avantages fiscaux viennent, entre autres, en contrepartie des contraintes territoriales des coopératives qui nous empêchent de nous étendre au-delà. Quand nous le faisons, c’est dans le cadre de la fiscalité commune à toute entreprise. Les activités développées par la coopérative au sens strict sont de faible valeur ajoutée et donc fragiles. Rompre cet équilibre aurait des conséquences extrêmement négatives sur l’emploi dans ces territoires. Par contre, l’impact économique est à relativiser : les deux tiers du chiffre d’affaires du groupe Euralis se font par le biais de ses filiales, fiscalisés donc.

 

Les SCE peuvent permettre de résoudre des problèmes, tels ceux liés à la gestion des risques par exemple